Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 
  • Accueil
  • > Etudes bibliques
  • > David & Jonathan: une histoire d’amour et d’amitié (1 Samuel 18, 1-5; 2 Samuel 1, 17-27)

David & Jonathan: une histoire d’amour et d’amitié (1 Samuel 18, 1-5; 2 Samuel 1, 17-27) 17 septembre 2012

Classé dans : Etudes bibliques — pastourelle @ 11 h 16 min

Introduction

J’ai volontairement choisi un sous titre polémique : histoire « d’amour et d’amitié ». Amour et/ou amitié, nous n’allons pas forcément trancher, mais nous allons étudier la question et surtout essayer de comprendre pourquoi ce duo est devenu un symbole des associations homosexuelles (lorsqu’on tape David et Jonathan dans Google, le moteur de recherche nous dirige tout de suite vers des sites gays, chrétiens ou pas) ou le duo de chanteurs des années 80 « David et Jonathan »)

Dans la Bible, il n’est pas rare d’avoir à faire à des duos ou des duels. Dès le début, parce qu’il s’agit d’un couple, nous avons à faire à Adam et Eve, puis Caïn et Abel, Abraham et Sarah, Isaac et Ismaël, Moïse et Aaron et, se rattachant plus à notre histoire : David et Saül, David et Urie le Hittite (le mari de Betsabée qui deviendra la femme de David après la mort d’Urie), Jonathan et son fidèle porteur d’armes… Mais tous ces duos formés par David ou Jonathan ont des buts particulier : pouvoir, guerre, complot, histoire de femme.

Mais cette relation entre David et Jonathan est vraiment particulière car elle est durable et surtout elle est profitable aux deux. Et les termes hébreux employés pour parler de cette relation sont assez uniques dans la Bible concernant une relation entre 2 hommes.

 

Présentation des protagonistes

Jonathan : il est le plus âgé des fils de Saül, l’héritier légitime du trône. Il s’est illustré dans la guerre contre les philistins en s’attaquant seul avec son serviteur à un poste philistin alors que les troupes de Saül se trouvaient sans armes (1 Sam 14)

David : il est quant à lui le plus jeune des fils de Jessé. Il est berger et on sait de lui qu’il « était roux, avait de beaux yeux et une belle apparence » (1Sam 16). Il s’est lui aussi illustré face aux philistins alors que ces derniers narguaient les troupes de Saül. David ne devait qu’apporter des vives pour ses frères eux-mêmes soldats et s’est de lui-même proposé pour combattre le géant Goliath.

 

Entre l’héritier du trône et l’élu de Dieu il aurait pu y avoir une haine farouche car en définitive, il n’y avait qu’une place pour deux. Et pourtant, c’est une toute autre relation qui va se nouer entre les 2.

è distribution du plan de l’histoire de David

 

Topo sur l’homosexualité

Quelle que soit notre position quant à la nature des relations entretenues par David et Jonathan, il peut être intéressant de faire un point sur la question de l’homosexualité au temps de l’Ancien testament.

Tout d’abord si on aborde le sujet de l’homosexualité au sujet de David et Jonathan sur surtout à cause d’un verset qui a lancé la polémique : « Shaoul parle à Iehonatân, son fils, et à tous ses serviteurs de tuer David.

Mais Iehonatân, le fils de Shaoul, désire fort David. » (Traduction Chouraqui, 1 Sam 19, 1)

: prendre plaisir, désirer, souhaiter. Avec une notion d’appropriation. Jonathan est poussé par une force non maîtrisable vers David.

 

Mais il faut tout de même faire attention aux anachronismes et aux projections de notre monde sur le monde biblique : alors qu’en était-il réellement ?

On retrouve des références à l’homosexualité dans les codes de lois assyriennes, mésopotamiennes ou encore hittites (s’étalant du 18ème siècle au 10ème siècle avant notre ère). Il s’agit uniquement de relations entre 2 hommes, jamais entre 2 femmes.

Tout d’abord, l’homosexualité n’est condamnée que lorsqu’elle fait acte de violence (inceste, relation entre 2 personnes qui ne sont pas du même rang). Lorsqu’elle est consentie, elle n’est pas condamnée : elle n’est pas considérée comme un acte immoral, ni comme un acte socialement répréhensible. Une condition à cela toutefois : que cette histoire soit secondaire : les 2 hommes doivent avoir une relation principale avec une femme, dans le mariage et ainsi pouvoir assurer une descendance. En dehors de cela, elle tombe sous le coup de l’opprobre et les hommes sont alors considérés comme prostitués.

 

Dans la Bible également, on trouve des références à l’homosexualité masculine, mais pas féminine.

Dans le Lévitique se trouve le code de sainteté qui énonce les règles à suivre pour vivre en communauté (Lec 17-26). On trouve la condamnation de l’homosexualité en Lev 18, 22 : « Vous ne devez pas coucher avec un homme comme on couche avec une femme ; c’est une pratique monstrueuse ».

 

On peut aussi faire référence à l’épisode de Sodome et Gomorrhe : les sodomites cherchent à faire sortir les visiteurs de chez Loth avec véhémence. Cependant, les exégètes relèvent que le terme employé est  : connaître (traduction NBS : pour que nous ayons des relations avec eux ; traduction Français courant : nous voulons prendre notre plaisir avec eux). Effectivement ce verbe peut signifier « avoir des relations sexuelles » (cf. Gen 4, 1 : Adam connut Eve). Cependant ce terme n’est utilisé que pour parler de relations hétérosexuelles. Pour les relations homosexuelles, il existe un autre terme : shakan. Les sodomites auraient donc simplement souhaiter faire connaissance avec les visiteurs, pour voir si leurs intentions n’étaient pas hostiles.

Attention cependant car pour calmer les sodomites, Loth leur propose ses 2 filles vierges. Il s’agit donc d’une agression sexuelle. Mais pour certains, ce n’est pas l’homosexualité qui est condamnée mais la violence qui l’accompagne et qui ne respecte en rien le devoir d’hospitalité (cf. Abraham et les 3 visiteurs, Gen 18)

 

Selon Thomas Römer, l’homosexualité « de cour » est attestée aux temps bibliques. Elle correspond à une civilisation particulière.

 

Voilà donc où nous en sommes pour étudier l’histoire de David et Jonathan. Car pour cette relation particulière, certains exégètes rejettent d’un bloc l’idée même d’une relation amoureuse entre les deux hommes ; les autres s’appuient sur de très courts passages pour appuyer l’homosexualité de David et Jonathan : ils extirpent des passages de leur contexte perdant ainsi tout leur sens. D’un côté comme de l’autre, les avis sont tranchés et pue nuancés. A nous de nous faire notre avis…

 

La rencontre – 1 Samuel 18, 1-5

Cet épisode se situe juste après que David a terrassé Goliath. A peine Jonathan voit-il David qu’il s’attache à lui et l’aime comme lui-même.

Tout d’abord s’est l’âme de Jonathan qui s’attache à l’âme de David et non le cœur. C’est le terme·, néphèsh qui est ici utilisé. Le souffle vivant, vital, le principe de vie, l’âme. Il l’aime comme lui-même.

C’est le terme  (ahab) qui est utilisé pour parler de cet amour. Ce mot, on le retrouve de nombreuses fois dans l’histoire de David car David est aimé par de nombreuses personnes : Saül (1 Sam 16, 21), Milka (1 Sam 18, 20 & 28), le peuple (1 Sam 18, 16 & 22). D’ailleurs le texte qui introduit l’arrivée de David à la cour de Saül en tant que musicien semblerait être assez proche des récits d’introduction de la fiancée chez son mari.

De même le terme  (rapetz) que l’on ne trouve pas dans ce passage est tout de même régulièrement repris pour parler de ce que David soulève comme sentiment auprès de ceux qui l’entourent. David a plu à Jonathan (1 Sam 19, 1) mais aussi au roi Saül, mais dans un registre militaire et politique (1 Sam 18, 22).

Il est assez rare de voir autant d’attrait pour une même personne de la part de tant de personnes. Est-ce du au charisme de David, à son physique qui nous est explicité par 2 fois (1 Sam 16, 12 ; 1 Sam 17, 42).

 

Jonathan s’attache peut-être à David car il se reconnaît en lui, il reconnaît son attitude au combat, il se reconnaît dans sa foi à Dieu. Tous 2 se ressemblent (pourtant il semblerait que 30 années les séparent). Jonathan aime David, David lui plait parce qu’il fait partie de ces personnes qui luttent pour la libération du peuple, qui marchent avec Dieu et surtout qui ne ménagent pas leurs efforts. C’est pourquoi il conclut tout de suite une alliance avec lui.

 

Mais quelle façon de conclure une alliance ! Jonathan se dépouille de sa tenue royale, de ses armes et les offre à David. A-t-il déjà compris que c’est David qui montera sur le trône et pas lui ? Toujours est-il que l’on retrouve une belle mise en pratique du commandement du Lev (19, 18) « aime ton prochain comme toi-même ». Alors même que ce prochain aurait pu être haï comme un imposteur ! En quelque sorte, Jonathan fait entrer David dans son destin royal et David de son côté reçoit les marques que son ami lui donne.

On trouve également le terme  (qashar) : lier, s’attacher. Verbe qui est utilisé dans la relation particulière de Jacob avec son fils Benjamin. C’est un lien vital, un amour profond et fort. Une relation qui va au delà de la relation politico-sociale que David et Jonathan aurait pu nouer. Cependant c’est aussi un acte politique qui est utilisé pour signifier : comploter, conspirer. Dans ce passage il y a les 2 : un acte d’amour et un acte politique : on n’a jamais vu un héritier du trône se dévêtir et donner ses attributs militaires à un jeune berger : il y a quelque chose d’irrationnel et pourtant aussi un geste politique qui place David sur le trône.

 

C’est une alliance que David et Jonathan concluent : . Ce terme en général renvoie soit :

- à un traité politique entre différents représentants de leurs sujets

- à un contrat entre Dieu et son peuple ou un de ses représentants (cf. Abraham)

- à un contrat de mariage

Il n’est jamais utilisé pour parler d’un pacte entre 2 personnes « morales ». L’aspect sentimental est présent, qui souligne la confiance absolue entre les deux amis.

 

La complainte de David – 2 Samuel 1, 17-27

Saül et Jonathan sont morts au combat et David s’écroule devant tant de douleur. Nous comprenons qu’il soit atterré par la disparition de son ami, mais pourquoi Saül prend-il une telle place dans cette élégie ?

Mais si l’on reprend l’histoire, David et Jonathan n’ont jamais cherché à porter atteinte à Saül. C’est lui, le roi jaloux qui a cherché à tuer David et même son fils. Pourtant, David a eu par deux fois l’occasion de tuer Saül, mais il ne l’a pas fait car c’est tout de même Dieu qui a mis sur le trône Saül.

D’ailleurs, Saül meurt au combat aux côtés de ses fils et en particulier de Jonathan : malgré tout ce que son père lui aura fait subir, il ne l’aura pas abandonné.

 

Les insultes de Saül envers son fils – 1 Sam 20

Les mots qu’emploie Saül sont durs. Il traite son fils d’efféminé (erwah), c’est la seule acception de ce mot dans la bible hébraïque. Saül estime que son fils ne se comporte pas en digne héritier. Mais cette relation ne prend de sens que dans l’idée d’une relation homosexuelle entre David et Jonathan… mais peut-être que Saül lui-même ne comprend pas cette relation particulière qui uni les 2 hommes et pour lui elle ne peut être que d’ordre sexuel.

 

David parle de Jonathan comme de son frère. Leur relation transcende les frontières de la famille et les liens du sang et d’un certain côté peut ici représenter leur père. C’est sous le regard de ce dernier que Jonathan et David ont fait alliance. Tous les deux avaient cette confiance totale en Dieu.

 

Il existe un mot en hébreu qui signifie ami, camarade :  (re’a). Mais ce terme n’est jamais utilisé pour parler de David et Jonathan. Ce terme sera utilisé plus tard pour qualifier la relation entretenue entre David et Houshaï (2 Sam 16)

David parle de l’amour que Jonathan lui portait. Même si nos traductions cherchent absolument à utiliser d’autres termes et surtout à différencier l’amour de Jonathan de celui des femmes, il n’en demeure pas moins qu’en hébreu, il s’agit du même mot : amour !

Il existe d’autres mots pour décrire une relation d’affection que David aurait pu choisir : amitié (reout)                      ou encore fraternité (haroua)            . Mais c’est bien le terme amour qu’il a choisi.

Un amour précieux, , merveilleux, presque miraculeux puisqu’il s’agit d’une racine qui fait référence aux merveilles de Dieu. On détecte donc une présence, une action de Dieu dans cette relation particulière entre David et Jonathan. Et effectivement, leur relation n’est vécue et pensée qu’en référence à Dieu.

D’une certaine façon, dans ce passage, David répond à l’amour/amitié de Jonathan déclaré de nombreuses fois auparavant.

Ce poème de David fait référence aux chants funèbres de l’époque généralement réservés aux femmes dans le Proche Orient Ancien.

 

Conclusion

Peut-on donc parler de relation homosexuelle ? Nous ne saurons probablement jamais la vérité, mais ce qui est sûr c’est que cette relation est très particulière.

Ce n’est qu’en 1978 que la question a été soulevée suite à la rédaction d’un livre intitulé « Jonathan aimait David, l’homosexualité dans les temps bibliques » de Tom Horner.

Au fond, est-ce que cela est très important ? Pour les communautés homosexuelles oui, puisqu’elles peuvent s’appuyer sur un personnage biblique et quel personnage puisqu’il est élu par Dieu pour devenir roi de son peuple !

Il faut dire que par la suite, le Nouveau Testament a rajouté une couche pour condamner l’homosexualité : Rom 1, 26-27 ; 1 Co 6, 9 (accolé à d’autres péchés comme l’ivrognerie ou les insultes !)

La question reste toujours tabou dans certains milieux religieux : peut-on dire que 2 hommes s’aiment ?

Nicole Roulland-Rupp

Bibliographie :

Thomas Römer, L’homosexualité dans le Proche Orient et la Bible, Labor et Fides, Genève, 2005.

Régis Courtray (ss la dir), David et Jonathan, histoire d’un mythe, Beauchesne, Paris, 2010.

 

Réflexion : L’ami derrière la porte

Il nous arrive à tous de nous enfermer chez nous,
de ne plus vouloir voir personne,
de ne plus supporter les questions
les mots d’encouragement, ni les regards.

Il nous arrive à tous de souhaiter
qu’on nous « fiche la paix »,
pour rester seuls avec nous mêmes,
avec nos rancœurs sans cesse alimentées,
avec nos blessures jamais cicatrisées,
avec nos chagrins jamais consolés
avec nos révoltes toujours impuissantes,
avec nos peurs jamais supportées
avec notre désir de pureté jamais assouvi,
avec le passé qui nous colle à la peau,
avec un cœur durci qui souhaiterait s’attendrir…

…Pourtant, il y a en chacun de nous un désir profond
de s’ouvrir,
d’être accueilli et d’accueillir,
de parler et d’écouter,
de recevoir et de donner,
mais un désir si souvent déçu
et habité par la crainte d’être déçu encore,
d’être agressé et d’agresser,
de déranger et d’ennuyer
et c’est cette crainte là qui souvent l’emporte…

Le Christ frappe à nos portes,
il n’entrera pas par effraction
dans notre forteresse.

Le Christ, l’Ami, frappe à ta porte
Il a peut-être le visage,
d’un ami, d’une amie,
d’un frère ou d’une sœur de l’Église.

Tu as le désir d’ouvrir, mais la crainte aussi
et si tu te dépliais pour aller ouvrir?

Alain Arnoux

 

1 Commentaire

  1.  
    Anthony
    Anthony écrit:

    Merci pour cette analyse intéressante.
    Dans tous les cas difficile pour les gays de concilier foi, vie d’église dans une société qui tend a stigmatiser, juger. Le débat de société actuel ravive les blessures. Heureusement le protestantisme a permis d’apprendre a construire la relation avec Dieu, en marge de l’Eglise.

Commenter

 
 

Youssef ALLOUCHA |
Hassan al Banna |
école islamique |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Procuresdbate
| Greencoffee
| sac lancel