Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Avent – généalogie de Jésus (Mat 1, 1-17) 11 janvier 2013

Classé dans : Etudes bibliques — pastourelle @ 10 h 37 min

Introduction

 

Aujourd’hui nous connaissons l’Avent sous la forme de 4 semaines, 4 dimanche de préparation à l’accueil de la naissance du Messie.

Le temps de l’avent, c’est donc cette période de préparation de noël. Le terme avent vient du latin adventus, qui veut dire avènement et qui est la traduction du grec parousia qui annonce la venue du Christ.

Au 4ème siècle, en Italie, en Gaule et en Espagne, il était habituel de faire une ascèse de plusieurs jours par semaine pour préparer noël.

A Rome, au 6ème siècle, ce sont 4 semaines de préparation qui permettent d’attendre joyeusement la venue du Seigneur. Cette pratique s’impose en France à partir du 8ème siècle.

Le 1er dimanche de l’Avent marque l’entrée dans l’année liturgique. La 1ère personnalité que l’on aborde pendant le temps de l’Avent est le prophète Esaie qui symbolise l’espérance messianique, lui qui annonce la naissance de l’Emmanuel.

Le 2ème dimanche se porte sur Jean-Baptiste, lui qui annonce la venue proche du Messie et qui invite au baptême, à la conversion pour cette attente. Il est le précurseur du Christ.

Le 3ème dimanche est consacré à Marie qui accepte d’être la mère du Messie.

Le 4ème dimanche célèbre la venue imminente du Christ Roi.

Les bougies de la couronne de l’Avent ont elles aussi leur signification propre.

Ainsi, la 1ère bougie symbolise le pardon accordé à Adam et Eve.

La 2ème : la foi des patriarches dans la promesse de la terre promise.

La 3ème : la joie de David célébrant l’alliance avec Dieu.

La 4ème : l’enseignement des prophètes annonçant un règne de justice et de paix.

 

Mais il est impossible de comprendre Jésus sans une préparation qui fait le lien avec l’AT.

Les 2 Evangiles relatant la nativité sont truffés de références vétérotestamentaires comme pour crédibiliser encore plus la naissance de Jésus et pour l’inscrire dans une histoire, celle d’Israël. Nous trouvons de nombreuses paroles tirées des prophètes, mais également des parallèles entre des événements vétérotestamentaires et les événements entourant la naissance de Jésus. Nous pouvons noter l’histoire de Zacharie et Elisabeth qui nous fait penser à celle d’Abraham et Sarah. Tous, confrontés à la stérilité, se voient devenir parents sur leurs vieux jours. Dans les 2 cas, l’ange du Seigneur annonce la venue d’un enfant et donne même le nom qu’il faudra donner à cet enfant.

Il y a aussi Joseph s’enfuyant en Egypte avec Marie et le petit Jésus que l’on peut rapprocher de l’autre Joseph qui est vendu comme esclave en Egypte. Le massacre des innocents commandité par Hérode est à rapprocher du massacre des enfants hébreux par le pharaon. Jésus et Moïse sont alors mis en parallèle comme sauveur du peuple.

Les cantiques que l’on retrouve dans l’Evangile de Luc peuvent être rapprochés de divers psaumes et cantiques prophétiques.

La présentation de Jésus au temple ressemble à celle de Samuel au sanctuaire (2 Sam 1, 24-28).

 

Celui que nous attendons pendant ce temps de l’Avent est à la fois l’héritier d’une histoire et l’initiateur d’une nouvelle histoire, d’un temps nouveau.

 

Le temps de l’Avent, c’est le temps de l’attente, c’est le moment de se remettre à la place du peuple d’Israël qui attend son Messie, ce Messie annoncé par les prophètes. Pour qu’Israël accepte Jésus comme Messie, il faut qu’il le reconnaisse clairement comme l’un des siens. Ce n’est pas pour rien, ce n’est certainement pas pour enquiquiner le lecteur, que Mathieu dresse la généalogie de Jésus : oui, Jésus est un juif parmi les juifs, il peut être le Messie tant attendu par le peuple.

L’Avent c’est aussi connaitre et reconnaitre celui qui vient. Alors pour comprendre le projet de Dieu, pour mieux connaitre Jésus, le Messie attendu, je vous invite à vous pencher sur cette généalogie. En quelque sorte, je vous invite à découvrir l’Avent de Jésus car les origines de Jésus remontent à Abraham. C’est cet attachement à l’AT qu’il faut retenir : l’Avent est ce temps où A et NT se greffent l’un à l’autre pour ne former qu’une seule histoire, ce temps où l’histoire arrêtée par les juifs se poursuit.

 

Lecture du texte – réflexion personnelle de qq minutes sur ces personnages.

 

Nous allons aborder cette généalogie selon les 3 parties proposées à la fin du passage.

 

 

1ère partie : de Abraham à David, les patriarches

 

Abraham, Isaac, Jacob… et leurs descendants, que dire de ces figures vétérotestamentaires ?

 

Abraham : le 1er monothéiste, celui qui a répondu à l’appel de Dieu, qui a eu confiance en sa promesse.

 

Isaac : l’enfant de la promesse. Etonnant cependant qu’Ismael ne soit pas cité, lui, l’enfant maltraité et malaimé auprès de sa mère chassée.

 

Jacob : il ne s’agit que du frère cadet. Aucune référence n’est faite à l’ainé, à Esau. Esau est pourtant celui à qui on a volé la bénédiction de son père par un subterfuge de Jacob aidé par Rebecca, sa mère. C’est donc un usurpateur, un voleur qui figure dans cette généalogie, un fuyard qui s’enfuit loin de la colère d’Esau… et pourtant, celui-ci ne lui en voudra pas comme en témoigne son comportement lors de leurs retrouvailles bien des années plus tard :

« Alors Ésaü courut à sa rencontre, se jeta à son cou et l’embrassa. Ils se mirent tous deux à pleurer. » (Gen 33, 4).

 

Juda : quel étonnement de trouver Juda cité comme successeur de Jacob. Nous avons plus l’habitude de parler de Joseph ou encore Benjamin, les 2 enfants de Rachel et Jacob. Pourquoi est-ce Juda que l’on retrouve ici ? Pourquoi cet homme fait-il partie de la généalogie de Jésus ? En effet, rappelez-vous, Joseph avait reçu de Dieu le don de faire des rêves visionnaires, ce qui suscita la haine de ses frères ainés. Et ses frères, dont Juda, cherchèrent à le tuer en le jetant dans un puits, puis finalement le vendirent comme esclave sur le conseil de Juda qui sauvera donc la vie de son frère : « Juda dit à ses frères : « Quel intérêt avons-nous à tuer notre frère et à cacher sa mort ? 27Vendons-le plutôt à ces Ismaélites, mais ne touchons pas à sa vie. Malgré tout, il est de notre famille, il est notre frère. » Ils donnèrent leur accord. » (Gen 37, 26-27). D’ailleurs, on nous dit par la suite que Juda s’éloigne de ses frères, peut-être par honte, par dégout de l’acte commis contre Joseph. La suite de son histoire nous laisse supposer qu’il fréquentait des prostituées puisqu’en voyant sa belle-fille, le visage couvert, ne la reconnait pas et lui propose : « Laisse-moi venir avec toi. » (Gen 38, 14). Suite à cet épisode, Tamar, la belle fille donna naissance à Pets et Zerah. Juda est enfin celui qui prend la parole pour protéger Benjamin en Egypte, ce qui émeut Joseph qui se fait reconnaitre de ses frères.

 

S’en suit une liste de noms quasi inconnus, en tout cas de personnes n’ayant pas marqué leur temps bien qu’étant cités dans certaines généalogies vétérotestamentaires. Nahchon est par exemple le prince de la tribu de Juda au temps de Moïse.

 

Rahab : elle est cette prostituée qui a aidé les espions israéliens lors de la préparation de la prise de Jéricho. Elle fut épargnée en attachant un cordon écarlate à sa fenêtre (Josué 6, 22-27). Elle épousa donc par la suite un israélien et donna naissance à Booz.

 

Booz : on trouve ce personnage dans le livre de Ruth. Ruth, cette moabite, cette étrangère, veuve, qui s’attache à sa belle-mère Noémie, veuve elle aussi. Booz, ce parent de Noémie qui prend Ruth sous sa protection jusqu’à la prendre pour femme. Obed naquit de cette union et enfin Jessé, de Bethléem, père de David, futur roi.

 

Juste un mot sur les femmes nommées jusqu’à présent : Tamar, Rahab, Ruth, des femmes qui auraient pu / du être rejetées et pourtant elles sont bien là, présentées comme les aïeules de Jésus alors que les matriarches, Sarah, Rebecca, Rachel et Léa ne sont pas même citées.

 

Que retenir de cette première partie de généalogie ?

Et bien que Dieu ne choisit pas forcement les meilleurs, les plus nobles, les plus saints ou les plus méritants. Dieu a choisi comme héritage humain pour son fils des voleurs, des menteurs, des gens de peu de morale. Sans parler de ces quelques femmes citées : une qui se fait passer par une prostituée, l’autre, vraie prostituée cananéenne et une moabite, encore une étrangère !

Ce tableau qui peut sembler peu flatteur annonce pourtant le ministère à venir du Christ, lui qui ira vers les pécheurs, ceux qui sont montrés du doigt comme les collecteurs d’impôts, accueillant les prostituées et se laissant approché par des étrangères. Cette généalogie nous dit qu’il y a autant de pécheurs que de justes dans l’histoire de Jésus. Cette histoire n’est pas écrite de lignes droites, sans défaut, parfaites, non, ces lignes sont courbes, biscornues, un peu comme nos histoires à nous.

 

 

2ème partie : de David à Yekonia

 

Continuons avec les 14 générations suivantes qui commencent par David, le bon roi David.

 

David : En général David laisse une bonne impression pour le lecteur de la Bible : il est choisi par Dieu bien que n’étant pas le plus fort ; il est un petit berger qui terrasse le géant Goliath suscitant l’admiration de tous ; il est celui qui est persécuté et pourchassé par Saül ; il est celui qui épargne son ennemi ; il est celui qui fait de Jérusalem le centre de la vie spirituelle en y amenant le coffre de Dieu ; il est celui qui chante et danse au nom de Dieu. Mais il est aussi un grand pécheur dont les actes trahissent parfois le peu de confiance qu’il a en Dieu (comme le recensement du peuple d’Israël (2 Sam 24). Et il y a aussi et surtout cette histoire avec Urie, le Hittite. D’ailleurs dans la généalogie de Matthieu, Bethsabée, n’est pas nommée, elle est la femme d’Urie comme pour renforcer encore plus la faute de David, lui qui a fait tuer Urie pour épouser sa femme. La punition : la mort du 1er né de cette union. Mais c’est tout de même de David et Bethsabée que naitra Salomon.

 

Salomon : le roi sage qui prend les bonnes décisions. Pourtant sa conduite ne sera pas non plus parfaite : il aura 700 épouses et 300 maitresses, souvent étrangères, poussant Salomon à se détourner petit à petit de Dieu et à construire des autels, des temples aux dieux étrangers suscitant la colère de Dieu.

 

Puis, bien d’autres rois sont cités. Certains sont de bons rois, d’autres auraient mieux fait de s’abstenir de gouverner : on y trouve un mélange assez hasardeux d’infidèles, d’incompétents, d’ambitieux.

Pour commencer par exemple de bon roi, Josias : « Josias fit ce qui plaît au Seigneur ; il se conduisit tout comme son ancêtre David, sans jamais s’écarter de son exemple. » (2 Rois 22, 2)

Et les autres :

Roboam : « Les gens de la tribu de Juda firent ce qui déplaît au Seigneur. Ils provoquèrent sa colère par leurs péchés encore plus que ne l’avaient fait leurs ancêtres. » (1 Rois 14, 22)

Abiam : « Abiam commit les mêmes péchés que son père avant lui, et contrairement à son ancêtre David, il n’aima pas le Seigneur son Dieu de tout son cœur. » (1 Rois 15, 3)

Joram : « Il fit ce qui déplaît au Seigneur ; il imita Jéroboam, fils de Nebath, qui avait poussé le peuple d’Israël à pécher ; il ne cessa pas de commettre les mêmes péchés que lui. » (2 Rois 3, 2)

Manassé : « Il fit ce qui déplaît au Seigneur, imitant toutes les pratiques abominables des nations que le Seigneur avait chassées du pays pour faire place au peuple d’Israël. Il rétablit les lieux sacrés que son père Ézékias avait détruits, il dressa des autels en l’honneur du dieu Baal, fabriqua un poteau sacré, comme l’avait fait autrefois Achab, roi d’Israël, et rendit un culte aux astres. Il dressa d’autres autels païens dans le temple de Jérusalem, au sujet duquel le Seigneur avait déclaré : ‘C’est là que je manifesterai ma présence.’ » (2 Rois 21, 2-4)

Amon : « Amon fit ce qui déplaît au Seigneur, comme son père Manassé. 21Il se conduisit aussi mal que lui ; comme lui, il adora les idoles. Il ne se conduisit pas comme le Seigneur le désire ; au contraire, il se détourna du Seigneur, le Dieu de ses ancêtres. » (2 Rois 21, 20-22)

 

La royauté, qui n’était pas souhaitée par Dieu, a montré ses limites : quand le pouvoir est entre les mains des hommes, il peut arriver du bon, mais surtout et souvent du mauvais. Et tous ces hommes sont les aïeux du Christ, celui qu’on appelle le Christ Roi. Roi, oui, mais d’un royaume qui n’est pas de ce monde… comment pourrait-il être de ce monde quand on voit ce que le monde est capable de faire ! Ces rois, dans la généalogie de Jésus annoncent donc une royauté à venir. Ces rois ont leur faiblesse, annonçant également la faiblesse de Dieu fait homme.

 

 

3ème partie : de Yekonia à Jésus

 

Voici une partie des plus étranges : mis à part Yekonia, Chéaltiel et Zorobabel, aucun des noms qui suit ne se trouve dans les textes vétérotestamentaires. C’est une série de gens inconnus  qui ne sont pas entrés dans l’histoire comme des gens ayant fait quelque chose de significatif. Et à quoi mène cette liste de gens ‘sans intérêt’ ? Et bien à la naissance du Christ !

Alors que les grands monarques avaient mené le pays à sa perte et comme cela est précisé dans la généalogie : « ce fut alors la déportation à Babylone » : ils ont mené le peuple de Dieu à la décadence et bien ce sont des inconnus, certainement avec autant de justes que de pécheurs, qui restaurent la dignité du peuple.

C’est encore un signe du caractère imprévisible de la grâce de Dieu : il accomplit son histoire à travers ceux que d’autres considèrent comme insignifiants et négligeables.

Négligeables et insignifiants comme Marie et Joseph qui seront rejetés de l’auberge, devant se contenter d’un peu de paille dans une étable. Négligeable et insignifiant comme cet enfant qui va naitre au milieu des animaux.

 

 

Conclusion

 

Alors, que retenir de toute cette généalogie ? Ce texte est une rétrospective des origines du Christ. Elle nous montre que le ministère du Christ sera en cohérence avec le passé du peuple d’Israël : des pécheurs seront appelés, des prostituées, des étrangères, des gens sans importance, des gens biens, des justes aussi.

Il en a été ainsi du commencement de l’histoire, durant le ministère terrestre du Christ et il en est également pour la suite. Il y a eu Pierre qui a renié Jésus, Paul qui l’a persécuté, mais aussi tous les autres dont on ne connait pas les noms.

Si la généalogie proposée par Matthieu contient un assortiment aussi bigarré de gens, il en est aussi ainsi pour la suite. Nous faisons partie de cet assortiment bigarré, même étrange, nous tous avec nos forces, nos faiblesses, nos incompétences et nos réussites.

Ce texte qui est régulièrement lu au temps de l’Avent nous rappelle donc que, qui que nous soyons, nous avons de l’importance aux yeux de Dieu, qui que nous soyons, nous entrons dans le projet de Dieu, que la grâce de Dieu peut se servir de personne comme nous, à 1ère vue, à l’échelle du monde, sans peu d’importance !

 

« Une réflexion sur l’ ‘histoire des origines de Jésus Christ – Abraham engendra Isaac… Jessé engendra le roi David… Achim engendra Elioud…’ – devrait nous convaincre tous que la véritable suite de l’histoire de Jésus Christ est que Jésus appela Pierre et Paul… Paul appela Timothée… quelqu’un vous appela… et vous devez appeler quelqu’un d’autre. » (E. Brown, Lire les Evangiles au temps de l’Avent et de Noel, p. 33)

 

 

Prière

 

Pas étonnant dit Dieu

que notre histoire soit tissée
de rendez-vous manqués!

Vous m’attendez
dans la toute-puissance
et je vous espère
dans la fragilité d’une naissance!

Vous me cherchez
dans les étoiles du ciel
et je vous rencontre
dans les visages qui peuplent la terre!

Vous me rangez
au vestiaire des idées reçues
et je viens à vous
dans la fraîcheur de la grâce!

Vous me voulez
comme réponse
et je me tiens
dans le bruissement de vos questions!

Vous m’espérez comme pain
et je creuse en vous la faim!

Vous me façonnez
à votre image
et je vous surprends
dans le dénuement d’un regard d’enfant!

Mais, dit Dieu,
sous les pavés de vos errances,
un Avent de tendresse se prépare
où je vous attends
comme la nuit attend le jour…

F.C.
Source: Lytta BASSET, Francine CARRILLO et Suzanne SCHELL, Traces vives, Genève, Labor et Fides, 1997.

Oui Seigneur, ouvre notre esprit et notre cœur pour nous préparer à la rencontre. Ils sont tellement encombrés de préjugés, de jugements et de fatalisme. Donne-nous ce cœur d’enfant qui nous manque afin que tout devienne nouveauté, surprise, étonnement et ravissement. Amen.

 

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