Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Dieu universel – 3 février 2013 18 février 2013

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 14 h 51 min

1 Corinthiens 12, 31 – 13, 13; Luc 4, 21-30

Nous voici, avec ce court séjour à Nazareth relaté par Luc, au tout début du ministère de Jésus. Qu’a-t-il fait depuis l’épisode du Temple de Jérusalem à ses 12 ans lors de la fête de Pâques, nous n’en savons pas grand-chose : Jésus a été annoncé par Jean-Baptiste, il a été baptisé, il a été tenté au désert et le voilà, au sortir du désert se rendant à Nazareth, son village, le lieu d’origine de ses racines. Luc ne retrace pas de miracles, il nous annonce seulement que Jésus enseignait dans les synagogues et qu’il était glorifié par tous, ce qui est déjà beaucoup.

Voici donc Jésus, qui n’est pas encore entouré de ses disciples, parcourant la Galilée de villes en villages, empli de la puissance de l’Esprit. Et ses pas le mènent à Nazareth, son petit chez lui, qu’a priori il n’a pas quitté depuis bien longtemps… et c’est certainement cela qui perturbent les habitants, ses voisins, ses amis, sa famille : c’est qu’ils connaissaient bien le Jésus charpentier qui travaillait avec son père Joseph. Et aujourd’hui, ils le  découvrent transformé, c’est une toute autre personne : à la fois prêtre, prophète et savant, il prend la parole dans la synagogue et les enseigne. Le changement est radical et très difficile à accepter, c’est pourquoi, au sein de la synagogue, ils s’interpellent : « Mais celui-ci, c’est bien Jésus, le fils de Joseph ? »

Certains ont certainement dû être agréablement étonnés : ce petit enfant qu’ils ont vu grandir est devenu un homme rempli de sagesse. C’est aussi une façon d’en tirer une certaine gloire : même de leur petit village de Galilée peut se lever quelqu’un d’important… Nazareth, qui a déjà entendu parler de Nazareth ? C’est une grande joie pour eux ; une fierté et une gloire par procuration à travers la personne de Jésus.

Mais d’autres, et ce sont certainement eux qui auront le dernier mot ou tout du moins le dernier geste, ont dû être agacés : mais pour qui se prend-il ? Faut-il lui rappeler qu’il n’est que le fils de Joseph, le charpentier du village ? De quel droit se permet-il de venir enseigner dans notre synagogue ?

Jésus a senti le vent tourner et il prend les devants en leur disant cette phrase : « Sûrement vous allez me citer le dicton : ‘Médecin, guéris-toi toi-même… Amen, je vous le dis : aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays. »

Mais Jésus va aller plus loin et vraiment choquer ses auditeurs car le message qu’il leur transmet, ils ne sont pas encore prêts à le recevoir. Jésus, en citant Elie et Elisée marque une distance d’avec ses contemporains : ce Dieu auquel les juifs croyaient, il le présente comme un Père, son Père, mais encore comme le Père de tous les hommes. Le Dieu d’Israël, dans les propos de Jésus, devient le Dieu de tous, le Dieu universel.

Nous pouvons nous arrêtez encore un instant sur les paroles prononcées par Jésus au sein de la synagogue de Nazareth :

« En toute vérité, je vous le déclare : Au temps du prophète Élie, lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie n’a été envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien à une veuve étrangère, de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon.
Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; pourtant aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien. »

Que fait Jésus, si ce n’est reprendre les écrits de la Torah ? Il n’invente rien, il retranscrit simplement deux épisodes de l’histoire d’Israël. Ceux qui sont là et qui l’écoutent savent qu’il ne divague pas, ils savent qu’il dit la vérité.

Mais Jésus met tout simplement le doigt là où ça fait mal. Vous savez, nous avons tous, dans la Bible, dans les Evangiles, des passages qui ne nous plaisent pas, que l’on aimerait pouvoir sauter parce qu’ils ne correspondent pas tout à fait à notre conception des choses. Et bien j’imagine que pour les juifs de l’époque, ce devait être sensiblement la même chose : des récits sur lesquels on passe sans s’arrêter. Parce que nous savons pertinemment qu’esn s’y arrêtant, en se penchant dessus, en y réfléchissant un peu, nous n’allons pas en ressortir indemne et nous avons peur de l’électrochoc que nous pourrions recevoir. Alors, nous glissons dessus pour ne pas être perturbés dans notre foi routinière, dans nos traditions si bien ancrées. Nous glissons dessus, mais bien souvent nous ratons alors l’essentiel.

Quel est donc l’essentiel que les nazaréens ne souhaitent pas entendre ? Et bien, en écoutant les propos de Jésus, ses auditeurs découvrent que Dieu ne se limite pas au peuple d’Israël : Dieu n’offre pas des avantages à certains et les refuse à d’autres, non. Le Royaume de Dieu est pour tous : juifs et païens, israélites et étrangers. Voici une première raison de s’offusquer !

Mais il y a pire car ils apprennent que le Royaume ne se résume pas à des miracles spectaculaires. Certes les guérisons existent, certes la nourriture peut être multipliée, mais cela ne suffit pas ! Car c’est une conversion personnelle intérieure et profonde qui doit résulter de cette grâce accordée par Dieu. Si Dieu opère, l’homme ne reste pas inactif : sa coopération, c’est-à-dire sa volonté profonde de se transformer, de se convertir est nécessaire et c’est certainement cela le plus difficile à accepter. Voici donc la seconde raison de s’offusquer et les nazaréens vont exprimer violement leur révolte : ils souhaitent tout simplement tuer Jésus !

Car ils ont compris qu’ils n’ont aucun privilège devant Dieu. Ils doivent donner de leur personne pour entrer dans un processus de conversion : une conversion intérieure, mais également une conversion vers l’autre. Car il faut dorénavant considérer l’autre comme un enfant de Dieu, même si celui-ci est étranger, même si on ne le connait pas. Car Dieu aime les autres autant que nous.

Alors, nous chrétiens du 21ème siècle, nous nous scandalisons du comportement des nazaréens, nous pointons du doigt leur difficulté à croire, à se convertir. Mais faisons-nous mieux ? Mettons-nous vraiment tout en œuvre pour convertir notre cœur, notre regard ? Considérons-nous vraiment ceux qui nous sont étrangers comme des enfants de Dieu ? Je n’en suis pas si sûre. Je pense que nous avons encore des efforts à fournir pour qu’enfin nous puissions adresser cette prière à notre Seigneur : Donnes-nous chaque jour notre pain quotidien et permets-nous chaque jour de rencontrer des prochains à aimer. Amen.

 

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