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La naissance de Jésus – les visiteurs du soir (Matthieu 2, 1-12; Luc 2, 8-20) 18 février 2013

Classé dans : Etudes bibliques — pastourelle @ 14 h 56 min

Introduction

Comme nous l’avons vu précédemment, seuls les Evangiles de Matthieu et Luc relatent les évènements liés à la naissance de Jésus et d’ailleurs leur récit n’est pas en rien identique. Aujourd’hui, nous mettons les événements décrits les uns après les autres, mais ils sont issus d’Evangiles différents. On ne trouve qu’une seule référence aux bergers, une seule référence aux savants, une seule référence faite à la fuite en Egypte et au massacre des innocents…

Avant d’aller plus loin dans l’étude des textes concernant ces visiteurs, je voudrais faire une petite introduction sur le pourquoi l’existence de ces récits de nativité. Car ces récits, ces précisions ne sont pas anodines pour la construction de l’identité de Jésus.

En fait, si les deux évangélistes Luc et Matthieu insistent autant sur la naissance c’est parce qu’ils sont dans une logique de légitimation toujours plus forte de l’identité de Jésus comme fils de Dieu. On ne sait pas précisément les dates de rédaction des livres du Nouveau Testament, mais nous savons que certaines épitres de Paul ont été écrites avant les Evangiles, que le 1er Evangile rédigé fut celui de Marc puis ceux de Matthieu et Luc et enfin celui de Jean. Et avec cette chronologie s’ensuit une théologie christologique particulière.

Ainsi, avec Paul dans son Epitre aux Romains (57), l’identité messianique de Jésus n’apparait qu’à la résurrection : « mais selon l’Esprit Saint, il a été manifesté Fils de Dieu avec puissance quand il a été ressuscité d’entre les morts. » (Rom 1, 4). La résurrection est l’acte qui le légitime.

Avec Marc (70), c’est le baptême qui est le commencement de l’Evangile, il est le moment de la révélation par Dieu de l’identité de Jésus.

Avec Matthieu et Luc (80-90), le moment de l’Evangile est reculé avant la naissance de Jésus avec les annonces, les révélations : à sa naissance, nous savons déjà que Jésus est fils de Dieu, fils du Très Haut.

Quant à Jean (90-100), il fait remonter cette certitude christique au commencement, à l’origine : Christ a toujours été.

Voila donc l’évolution chronologique d’une certaine légitimation de l’identité de Jésus par la révélation divine.

 

Voici donc deux textes qui relatent les événements suivants la naissance de Jésus et qui suivent chacun le même schéma : une révélation destinée à un auditoire particulier : les mages païens ou les bergers juifs ; chaque groupe est mené jusqu’à Bethléem, ils y trouvent l’enfant : les mages lui rendent hommage et lui offrent des présents, les bergers chantent les louanges de Dieu et pour finir, chacun retourne d’où il vient… et on n’en entend plus parler !

 

Luc 2, 8-20 : les bergers

Des bergers, nous en trouvons tout au long de la Bible : les patriarches étaient des bergers d’Abraham à Jacob, David était un berger, le Psaume 23 nous présente Dieu comme le berger, Jésus parle du bon berger qui va chercher sa brebis perdue. Autant de références et pourtant les bergers avaient assez mauvaise réputation. On disait d’eux qu’ils étaient malhonnêtes car faisant paitre leurs troupeaux sur des terres ne leur appartenant pas. Ici les bergers représentent et symbolisent le peuple d’Israël.

On peut donc retenir de cette référence aux bergers 2 aspects :

- tout d’abord, la référence vétérotestamentaire : ces bergers ne sont pas loin de Bethleem : un clin d’œil à David, petit berger de Bethleem, devenu roi, David dont la lignée donnera naissance au Messie.

- une annonce du ministère à venir : Jésus ne rejette pas ceux qui viennent à lui, même ces personnes mal considérées dans la société sont accueillies. Au contraire même, c’est à eux que Dieu s’adresse en premier.

 

Concernant le lieu de naissance, puisqu’il a son importance, il fallait que le Christ naisse dans la ville de David : « Toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que je ferai sortir celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, à l’aube des siècles. » (Michée 5, 1). Cela a du poser problème à Luc qui pose comme ville d’origine, Nazareth (ville qui n’apparait que dans le Nouveau Testament). Luc fait donc référence à ce recensement qui, malheureusement, historiquement ne tient pas. Hérode n’a pas régné durant la gouvernance de Quirinus, il n’était pas nécessaire de se rendre dans la ville de ses ancêtres pour se faire enregistrer lors d’un recensement et si il y a bien eu un recensement vers 6-7 après JC, c’était un recensement de la Judée et non de la Galilée, tout cela reste donc très flou.

 

Les anges

La première intervention des anges est très pratique : elle indique le lieu, le moment, le personnage. Elle plante quelque peu le décor. Ils indiquent que l’enfant se trouvera dans une mangeoire.

Cette mangeoire est importante dans cette histoire car elle fait référence à un passage d’Esaie. Lors que nous voyons la crèche nous voyons la pauvreté du lieu, la méchanceté de l’aubergiste, mais il y a cette référence vétérotestamentaire : « Un bœuf connaît son propriétaire, et un âne le maître qui lui donne à manger. Mais Israël ne veut rien savoir, mon peuple ne comprend rien. » (Esaie 1, 3). Esaie relate la colère de Dieu face à son peuple, mais avec cette naissance, la colère s’efface, les bergers qui ici symbolisent Israel, vont écouter les anges, se diriger vbers le lieu indiqué, trouver le bébé dans la mangeoire et louer Dieu. Pour reprendre les propos d’Esaie, on peut donc dire que le peuple de Dieu s’est mis à connaitre la mangeoire chez son maitre : Israel reconnait enfin son Dieu.

La seconde intervention des anges est une doxologie. Il n’y a pas vraiment de rapport avec le contexte immédiat. Ce passage nous fait penser à l’entrée de Jésus à Jérusalem : « Ils disaient : « Que Dieu bénisse le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire à Dieu ! » (Luc 19, 38). Ce refrain pourrait être issu d’hymnes des premiers chrétiens.

On retrouve également une similitude avec le livre d’Esaie : « « Saint, saint, saint, le Seigneur de l’univers !

La terre entière est remplie de sa glorieuse présence. » (Esaie 6, 3). Dans les prières juives traditionnelles, chaque « saint » était étendu : saint au plus haut des cieux, saint sur la terre… Ce sanctus est chanté par les séraphins dans le Temple de Jérusalem, comme si les anges s’étaient déplacés de Jérusalem à Bethleem pour louer la présence du Seigneur.

 

Quelle réaction suite à ces interventions angéliques ?

- les bergers découvrent la scène comme on le leur avait annoncé. S’ils symbolisent Israel, le peuple reconnait enfin son Seigneur, ils repartent en louant et glorifiant Dieu.

- « tous ceux qui les entendirent » : on découvre qu’aux pôtés des bergers et de la famille, il se trouve d’autres personnes : qui, nous n’en savons rien,  ils sont tout simplement étonnés… mais cela semble s’arrêter là pour eux.

- Marie, qui retient toutes ces choses et y réfléchit.

On peut faire une comparaison ici avec la parabole du semeur : ces personnes sont à comparer au sol pierreux : « D’autres sont comme un sol pierreux : ils entendent la parole et la reçoivent avec joie. Mais ils ne la laissent pas s’enraciner, ils ne croient qu’un instant et ils abandonnent la foi au moment où survient l’épreuve. » (Luc 8, 13). Marie quant à elle est comme la bonne terre : « La semence qui tombe dans la bonne terre représente ceux qui écoutent la parole et la gardent dans un cœur bon et bien disposé, qui demeurent fidèles et portent ainsi des fruits. » (Luc 8, 15). Marie a retenu toutes ces choses, y a réfléchit et en est devenue convaincue, elle a été un modèle de foi.

 

Matthieu 2, 1-12 : Les mages

On trouve de nombreuses références vétérotestamentaires dans ce début d’Evangile :

- l’annonciation faite à Jospeh fait penser à celle de la naissance d’Isaac (Genèse 17, 15-21) ou encore à celle de la naissance de Samson (Juges 13).

- le rêve de Joseph nous fait bien evidement penser à l’autre Jospeh de l’AT qui est l’homme des songes.

- le massacre des innocents commandé par Hérode mis en parallèle avec le massacre des enfants juifs exigé par le pharaon. (un développement populaire au cours du 1er sicèle ap JC notait que pharaon a été averti par des scribes de la naissance d’un enfant qui pourrait être une menace pour la couronne (// Mat 2, 4)

- les mages et l’étoile sont à mettre en rapport avec un passage de Nombres 22-24 : Balaq, roi de Moab, méchant roi de Mob !, veut faire du tort à Moise dans le désert avec le peuple. Il demande l’aide de Balaam, un voyant qui doit utiliser son art pour contrer Moise et Israel (c’est ce qu’au temps de Jésus on appelera un mage, magois). Mais au lieu de maudire Moiser, il a une révélation positve :

« Je vois ce qui arrivera, mais ce n’est pas pour aujourd’hui,

je discerne un événement, mais il se produira plus tard :

Un astre apparaît parmi les descendants de Jacob,

un souverain surgit au milieu du peuple d’Israël ;

de son sceptre, il frappe les Moabites à la tempe,

les nomades du pays sur la tête. » (Nombres 24, 17)

 

Les mages sont des paiens venus d’autres contrées éloignées : la bonne nouvelle est pour tous : juifs (bons ou mauvais avec les bergers), paiens (avec les mages.)

Qui étaient-ils ?

Avec le texte biblique, on ne peut que les appeler les mages d’orient.

Ce sont diverses traditions tardives qui ont fixé leur nombre et leur nom. Ainsi, c’est le théologien Origène, au 3ème siècle, qui fixe leur nombre à 3 en se basant sur le nombre de présents offerts par ces mages : or, encens et myrrhe. Et ce n’est qu’au 6ème siècle que des noms leur sont donnés, comme dans l’Evangile arménien de l’enfance, ainsi apparaissent Balthazar, Gaspard et Melchior. Quant au titre de roi, ce sont plusieurs pères de l’Eglise qui l’ont adopté en se référant à un passage du psaume 72 : « Les rois de Tarsis et des îles paieront des tributs, Les rois de Séba et de Saba offriront des présents. Tous les rois se prosterneront devant lui, Toutes les nations le serviront. »

Ainsi Melchior serait le roi des perses et aurait apporté l’or, Balthazar, le plus âgé à la peau noire, roi d’Afrique aurait apporté la myrrhe et enfin Gaspar, le plus jeunes aux traits asiatiques, roi en Inde, serait venu avec l’encens.

 

La légende des 3 rois-mages va même plus loin puisqu’au 12ème siècle, on invente plus ou moins des reliques à Milan. Et aujourd’hui, la châsse de ces mages, le reliquaire dans lequel seraient déposés leurs restes se trouve dans la cathédrale de Cologne. Quant aux présents qu’ils ont offerts à l’enfant Jésus, figurez-vous qu’on les a retrouvés !!! Ils sont conservés au monastère du mont Athos en Grèce.

 

Enfin, pour l’anecdote et parce que cela s’est passé pas très loin de chez nous, et bien, figurez-vous que Balthazar, le mage venu d’Afrique, après son périple en Palestine est arrivé en Provence et plus exactement aux Baux de Provence. Les Seigneurs des Baux en ont fait leur ancêtre et on retrouve sur le blason de la ville une étoile représentant l’astre suivi par les mages et la devise de ces Seigneurs étaient : « Au hasard Balthazar ! ». Et la légende dit qu’en arrivant dans cette région, Balthazar n’avait pas les mains vides : il avait en sa possession une tablette d’argile portant l’empreinte du pied d’un nouveau-né… celui de Jésus. Le mage aurait caché cette relique dans une crypte et tous les ans, à l’Epiphanie, il allait vénérer cette empreinte… mais aujourd’hui, cette tablette reste introuvable.

 

Voila donc un aperçu de tout qui a pu être dit sur ces mages d’orient. Toutes ces légendes, histoires inventées, pseudo-reliques vénérées demeurent un mystère d’incompréhension pour les protestants qui ont souhaité un retour au texte biblique qui, pour le coup, reste assez flou sur ces mages, mais tout cela a tout de même permis à l’histoire biblique de se frayer un chemin à travers les siècles.

Pourtant, à côté des légendes, il existe bien une visée théologique à l’événement des mages. Ces astrologues ont tout quitté pour suivre une étoile qui les a menés au Roi des juifs, au Fils de Dieu et les cadeaux présentés à l’enfant ne sont pas anodins.

Déjà par leur présence, ces gentils, comme on pouvait les appeler, ces païens signifiaient l’universalité du règne de Jésus, de son message. Le fait, par la suite, de les avoir fait venir des différents continents connus à l’époque annonçait un message destiné à toute la terre habitée et non pas aux seuls juifs de Palestine.

 

Ensuite, ces fameux présents se rapportent symboliquement à 3 aspects de la personne de Jésus.

- L’or, le plus précieux des 3 pose Jésus comme Fils de Dieu

- L’encens symbolise la capacité d’entrer en relation avec Dieu. Cette fumée qui s’envole au ciel permet cette relation. D’ailleurs, l’encens est utilisé dans de nombreux rites religieux, qu’ils soient asiatiques ou même catholiques. L’encens offert à Jésus fait de lui un prêtre.

- La myrrhe est un rappel de la double nature de Jésus-Christ. Si l’or représente son aspect divin, la myrrhe le raccroche au monde des vivants, des humains. On s’en servait pour nettoyer les souillures que la vie humaine implique, mais également pour embaumer les morts, comme un baume de vie éternelle. Et effectivement, Jésus-Christ a pleinement vécu sa vie sur terre et a même souffert dans sa chair.

 

Cette symbolique peut même aller plus loin car en offrant ces 3 présents, les mages insistent sur le fait que tous les pouvoirs s’inclinent devant la majesté du Christ : l’or, symbolisant le pouvoir royal, l’encens le pouvoir sacerdotal et la myrrhe le pouvoir spirituel. C’est donc véritablement un geste de soumission et d’adoration que posent les mages d’orient.

Malheureusement, certains refuseront ce pouvoir comme Hérode qui cherchera à tout prix à faire disparaitre cet enfant susceptible de lui prendre sa place.

 

 

Prière

Chanson de Noel Colombier : Comme les mages

« comme les mages, comme les mages,

De tout notre cœur, de toute notre foi
Comme les mages, comme les mages
Seigneur, nous marchons vers toi !

1 – Comme une étoile sur notre route,
Comme une lampe pour nos pas
Pour ceux qui cherchent, ceux qui t’écoutent
La vraie lumière, Jésus, c’est toi.

2 – Le roi du monde qui vient de naître
Il ne faut pas aller le chercher
Auprès des princes que l’on vénère
Parmi les pauvres, il veut demeurer.

4 – Quand tu nous parles, bonne nouvelle
Tu nous apportes une grande joie.
Par ta Parole, Dieu se révèle
Et nous voyons son visage en toi.

 

Seigneur, inspire-nous comme les mages, éclaire-nous dans nos ténèbres et nos obscurités, sois notre étoile, notre guide dans notre vie, au quotidien. Que seule ta parole nous dirige, ta parole d’amour universel, ta parole de pardon, ta parole de partage et de fraternité.

Seigneur, nous voulons chacun te prier, dans le secret de nos cœurs ou à voix haute pour des sujets qui nous tiennent à cœur, dans le respect des convictions de chacun :

… En ces périodes de conflits armés, nous voulons te remettre toutes celles et tous ceux qui sont au milieu de la haine et de la terreur, mets leur au cœur l’espérance, la confiance et l’amour.

En ces périodes de débats sociaux intenses, permets-nous de rester dignes dans la confrontation et dans le débat, de ne pas nous faire tomber dans l’injure, la haine et la stigmatisation. Nous n’avons pas le monopole de ton amour, nous savons qu’il s’étend sur tous nos frères et sœurs, quelques soient leurs choix de vie, même si ces choix ne sont pas les nôtres. NP

 

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