Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Les noces de Cana – 20 janvier 2013 18 février 2013

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 14 h 48 min

1 Corinthiens 12, 4-11; Jean 2, 1-12

La sagesse, la foi, les dons de guérison, la capacité d’opérer des miracles ou de parler en prophète… La 1ère Epitre aux Corinthiens nous expose toute l’étendue des dons de l’Esprit à nous, humains : une diversité de dons, de services, d’opérations, mais un seul Esprit et surtout un seul Dieu. Nous pouvons donc nous demander légitimement quel don l’Esprit nous a envoyé. Mais s’il en est un qui regroupe à lui seul tous ces dons, c’est bien Jésus et l’Evangile de Jean commence avec ce miracle : les noces de Cana.

C’est un passage connu de l’Evangile et même à l’extérieur de nos Eglises, de nos communautés, on connait cet extrait où Jésus change l’eau en vin. On ne trouve cependant ce miracle que chez Jean et c’est le premier miracle retranscrit par l’Evangéliste.

 

Quand on parle de ces noces, nous avons l’impression de tout connaitre d’elles, comme si nous y étions. Mais pourtant en s’y replongeant, nous nous rendons compte que nous ne savons rien : qui sont les mariés, pourquoi Jésus y est invité avec sa mère et les disciples ?

En fait, le contexte reste assez flou. Cana ne se situe qu’à quelques km de au nord de Nazareth, il pourrait alors s’agir de membres de la famille de Jésus. Toujours est-il que Marie y est invitée avec son fils et le plus surprenant, c’est que ses disciples aussi. Pourtant, Jésus ne les connait que depuis un ou deux jours, mais ils sont présents. On peut peut-être reconnaitre là la fameuse hospitalité de la région : qui que vous soyez, venez partager le repas avec nous, soyez les bienvenus.

 

Mis à part l’eau changée en vin, on retient de ces Noces l’invective de Jésus envers sa mère : « Femme, qu’avons-nous de commun dans cette affaire ». D’autres traductions nous proposent de façon plus crue : « Femme qu’y a-t-il entre toi et moi ? ». Jésus n’est pas tendre avec sa mère. D’ailleurs, rappelez-vous de ses propos à 12 ans dans le temple : lorsqu’au bout de 3 jours certainement d’inquiétude ses parents le retrouvent au Temple en train d’interroger les prêtres, il a cette phrase : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que j’ai à faire chez mon Père ? » Deux paroles dures à entendre pour des parents aimants, inquiets. Mais peut-être pouvons-nous donner une autre teneur aux mots de Jésus lors des noces de Cana.

 

Nous pouvons très bien nous imaginer la scène en focalisant notre regard sur Jésus. Il est à table avec ses nouveaux amis, les disciples. Ils discutent, ils rigolent, ils mangent, ils boivent : de vraies noces réussies ! Jésus est là en tant qu’invité, il pourrait presque passer inaperçu. Il est invité et n’est pas venu comme serviteur pour gagner un peu d’argent, non, il est venu pour entourer les mariés et passer un bon moment. Et pourtant, tout à coup, Marie s’approche de son fils et lui dit : « ils n’ont plus de vin ». On serait certainement tenté, à la place de Jésus de lui répondre : « et alors, en quoi cela me concerne ? Ils n’avaient qu’à prévoir ! ». On a en effet l’impression que Jésus réagit de la sorte lorsqu’il répond à Marie « Femme, qu’avons-nous de commun dans cette affaire ». Et pourtant, il va agir ! C’est que dans les paroles de Marie, le message principal  nous a échappé, mais n’a pas échappé à Jésus.

 

Car Marie est à ce moment-là inspirée, inspirée par l’esprit de discernement : elle sait que le moment est venu et cette annonce pour le moins pratico-pratique « ils n’ont plus de vin » est en quelque sorte un signal, le top départ de l’activité de Jésus, car n’oublions pas la seconde partie de la réponse de Jésus : « Mon heure n’est pas encore venue ». En effet, à défaut d’avoir voulu déranger son fils pendant la fête, au milieu de ses amis, Marie lui a simplement rappelé sa mission, lui a rappelé qui il était : le Fils de Dieu.

Bien sûr, Jésus le sait, il le savait déjà à 12 ans au Temple de Jérusalem. Mais l’heure serait-elle vraiment déjà venue ? Il sait que son ministère va être semé d’embuches, d’obstacles, de haine, de passion et que très certainement la mort est au bout du chemin. Peut-être souhaiterait-il repousser le plus tard possible son entrée en mission, d’autant plus que là, il passe du bon temps entouré d’amis et ne veut certainement pas penser à de sombres desseins.

 

Et pourtant, il va prendre conscience de son devoir, il saisit que son ministère commence ici et maintenant : grâce à la fête, il va entrer de plein pied dans son ministère. Et le miracle va se produire : l’eau se transforme en vin et quelle quantité de vin : 6 jarres de 2 ou 3 mesures, soit à peu près 600l de vin !

 

Mais c’est à croire que ce miracle n’étonne personne ! Pour une entrée en matière, c’est quelque peu raté : les serviteurs, témoins direct du miracle n’ont pas l’air surpris… personne ne sait d’où vient le vin, mais personne ne cherche à le savoir. Seul l’organisateur du repas s’étonne, mais pas sur le miracle, sur la qualité du vin : « Tout homme sert d’abord le bon vin, puis, quand les gens sont ivres, le moins bon ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent ». D’ailleurs, autant dire que servir du bon vin à des gens ivres, ça ne sert strictement à rien, c’est comme jeter des perles aux pourceaux !

 

Mais Jésus n’interfère pas, il ne s’impose pas comme celui qui a transformé l’eau en vin, non, tous ont été au bénéfice de la grâce, mais seuls quelques-uns vont s’en rendre compte, car ce miracle n’a pas été vain, puisque l’Evangile nous dit : « Il manifesta sa gloire, et ses disciples mirent leur foi en lui ». Je vous rappelle que cela ne fait que quelques jours que Jésus les connait et là, il leur présente sa réelle identité, il est le Fils de l’Homme, le Fils de Dieu.

Les disciples mirent leur foi en lui, mais aussi Marie. Elle qui a su faire surgir en Jésus sa messianité. Elle que l’Esprit a poussé à bousculer Jésus. A partir de ce passage, on peut dire que Marie, mère de Jésus est devenue Marie, mère du Christ.

 

Cette péricope de l’Evangile de Jean est capitale pour nous, elle représente un appel à la foi et au témoignage.

Lors des noces de Cana, ceux qui ont été témoins du miracle de l’eau changée en vin n’ont pas eu conscience d’être privilégiés, ils n’ont pas vu que là s’était posé un geste de Dieu, un signe. Seuls quelques-uns ont cru.

Pour notre part, nous n’avons pas la chance de vivre au temps de Jésus, de le voir guérir un lépreux ou un aveugle, de manger le pain multiplié par lui, ni les poissons, ni de gouter ce fameux vin des noces. Nous n’avons pas de preuves matérielles de ce que nous avançons, nous avons que notre profonde et intime conviction que nous essayons de partager tant bien que mal avec ceux qui nous entourent. La tâche n’est pas facile, les obstacles sont nombreux. Nous avons du mal à mettre des mots sur notre foi, sur ce que nous ressentons lorsque nous lisons un texte biblique.

 

Ah, ce serait si facile si Jésus était présent au milieu de nous, s’il pouvait encore une fois nous donner des preuves : un miracle par ci, un miracle par là… Mais ces signes pour ma part, je ne suis pas sûre qu’ils soient complètement absents de notre époque : le Père nous a envoyé l’Esprit, cet Esprit qui opère en nous, distribuant à chacun dons et charismes, comme nous le rappelle Paul en écrivant aux Corinthiens, cet Esprit par lequel tous les dons sont égaux, il n’y en a pas de plus ou moins honorables : ils sont tous de la même nature, souhaités par Dieu pour l’utilité commune : et parmi ces dons, aux côtés de la sagesse, de la connaissance, il y a les miracles et les guérisons, alors, ne les reléguons pas trop vite au placard sous prétexte que seul Christ serait en mesure de guérir et de réaliser des miracles.

 

Toujours est-il que nous n’avons pas vu Jésus durant son ministère, mais il faut nous rappeler cette phrase de Jésus à Thomas lors de la résurrection. A Thomas qui doutait, Jésus dit : « Parce que u m’as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! »

Heureux sommes-nous donc ! Amen.

 

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