Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

les cousins éloignés – baptême – 3 mars 2013 2 avril 2013

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 11 h 31 min

1 Corinthiens 12, 12-13 ; Matthieu 22, 35-40

Vous savez, on a l’habitude de dire que le protestantisme est comme un grand plat de spaghettis : on en tire un et tous les autres viennent avec. Une façon de caricaturer un peu les lignées familiales de pasteurs, les familles engagées dans l’Eglise depuis la Réforme. Bien sûr, aujourd’hui, avec les couples mixtes, les nouveaux convertis, les spaghettis se sont transformés en vermicelles et dans sa famille on est parfois l’électron libre protestant.

Le protestantisme est donc comparable à un plat de pâte (pas de lasagne !!!), mais l’Eglise au sens large est quant à elle une grande famille. Et dans une famille, tous les sentiments s’entremêlent : il y a la tante Berthe qui n’est pas ‘fut fut’ mais qu’on aime bien quand même, il y a le cousin Philibert qu’on préférerait voir moins souvent, sans parler de l’oncle Arthur et de l’oncle Gérard qui passent leur temps à se disputer. Mais c’est la famille, c’est notre famille, tout n’est pas parfait, on le sait, on essaie de ne pas trop idéaliser pour ne pas être déçu. Et il y a les cousins éloignés qu’on apprécie beaucoup, mais qu’on ne voit que trop rarement.

 

Il est vrai que lors des baptêmes, nous avons souvent cette réflexion : « ce sont des gens qu’on ne voit jamais et il faudrait qu’on ouvre nos portes comme si de rien n’était ». C’est vrai, c’est parfois fatigant d’être pris pour des prestataires de service. Mais nos propos ne reflètent qu’une seule réalité : la nôtre ! Et que savons-nous de la vie de ces gens, de leur vie privée, professionnelle, familiale ? Bien souvent, rien, nous ne faisons que fabuler et nous râlons : quand même, ces cousins éloignés, ils pourraient faire l’effort de venir nous voir plus souvent… et si nous, nous faisions cet effort !

Et vous savez très bien qu’en connaissant, on comprend mieux ! Connaitre l’autre, c’est comprendre ses difficultés à intégrer une communauté, à être présent aux célébrations… connaitre l’autre, c’est aussi se faire connaitre et se faire comprendre. Nous ne devons pas avoir peur de nous laisser bousculer par un regard extérieur parce que souvent ce regard est juste, mais comme nous avons toujours fait comme ça, nous avons du mal à changer.

Lorsque je suis en vacances et que je vais incognito dans une autre paroisse, lorsque je pousse la porte du temple, j’ai toujours une appréhension : comment sera l’accueil ? Non pas que j’ai peur d’être mal reçu, mais parce qu’un mauvais accueil est un mauvais témoignage. Et il en va de même lorsque nous recevons des familles pour des baptêmes : pourquoi mal les accueillir … parce qu’ils n’ont jamais mis les pieds au temple ? Non, il n’y a aucune raison, et ces familles ont tout autant leur place au milieu de nous que nous tous qui sommes réguliers !

Et accueillir des familles pour un baptême, c’est toujours une grande joie, célébrer un baptême dans un de nos temples, est une grande joie (ne vous inquiétez pas, Aix recevra son lot de baptêmes dans les mois à venir !!). Et un baptême, c’est avant tout un signe d’amour posé sur un enfant ou un adulte, une bouffée d’amour pour la communauté toute entière.

 

En tout cas, aujourd’hui, c’est avec une grande joie que j’accueille (et j’espère vous aussi) cette famille pour le baptême du petit Alban. Parce que pour vous, paroissiens de Savoie, il s’agit peut-être de cousins éloignés, mais pour moi, ce sont des frères et sœurs à part entière ! Car nos chemins se sont déjà plusieurs fois croisés dans les Baronnies !

Et oui, c’est ça la famille : on peut ne pas se voir pendant un certain temps, on est toujours heureux de se retrouver. Et le baptême, c’est bien cela : marquer l’entrée d’un enfant (ou d’un adulte) dans cette grande famille.

Et aujourd’hui, c’est Alban que nous recevons dans la famille, comme un membre à part entière. Et c’est bien un signe d’amour que nous avons posé sur lui ! Un amour immense, éternel : l’amour de Dieu.

 

Et c’est bien d’amour dont il est question dans le texte de l’Evangile que nous avons lu aujourd’hui : « Les pharisiens apprirent qu’il avait réduit au silence les sadducéens. Ils se rassemblèrent et l’un d’eux, un spécialiste de la loi, lui posa cette question pour le mettre à l’épreuve : Maître, quel est le grand commandement de la loi ? Il lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence. C’est là le grand commandement, le premier. Un second cependant lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

2 commandements : qu’il est étrange de se dire que pour aimer il faut être commandé ! Et vous savez de quelle façon nous réagissons lorsqu’on nous oblige, lorsqu’on nous impose : nous sortons les griffes, nous nous méfions, prêts à dégainer arguments et contre-arguments pour ne pas être obligés. Et lorsque nous obéissons, nous le faisons à contre cœur, sans aucune joie.

Alors effectivement, « commandement » et « amour », cela parait totalement antinomique.

 

Mais c’est parce qu’aujourd’hui nous considérons la loi et les commandements comme des carcans qui nous enferment… alors qu’en y regardant de plus près et en étant objectif, les lois sont normalement faites pour que l’être humain puisse vivre au mieux. Il en est de même avec ce fameux commandement d’amour et finalement avec tous les commandements divins. Ils ne sont pas là pour nous enfermer, mais au contraire pour nous libérer. En fait, on peut prendre cela comme une pédagogie bienveillante de la part de Dieu. Exactement comme des parents apprennent à leurs enfants les choses que l’on peut faire et celles que l’on ne peut pas, soit parce qu’on peut se mettre soi-même en danger, soit parce que l’on peut faire du tort à autrui, soit parce qu’il en va ainsi pour que le vivre ensemble soit vivable !

 

Voila donc en quelque sorte réglée la question du commandement et l’on comprend mieux maintenant l’idée d’aimer son prochain.

Mais quel est donc l’interet d’aimer Dieu ? Et ce n’est pas du petit amour que l’on nous demande, mais un amour total : « : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence. ».

Je prenais tout à l’heure l’exemple des parents qui expliquent à leurs enfants ce que l’on peut ou ne peut pas faire… j’imagine mal ici des parents tenter d’imposer à leurs enfants de l’amour ! : « Avant toute chose, tu m’aimeras ! »… pauvre enfant. Même si, sans être autoritaire, ni même en en ayant conscience, nous cherchons bien évidemment à être aimés de nos enfants, on est d’ailleurs parfois maladroit, on est parfois stratégique, comme dans ces couples qui se déchirent et qui cherchent plus que tout à être aimés par leurs enfants, quitte à jouer la surenchère.

 

Mais on ne peut espérer être aimés de nos enfants qu’à une condition : les aimer en premier. Non pas parce qu’il y aurait une sorte de retour sur investissement : « j’aime mon enfant comme ça il est bien obligé de m’aimer en retour… sinon je lui ferai bien comprendre qu’il est une mauvais enfant, sans aucune reconnaissance ! » Non, l’amour que l’on porte à nos enfants est tout à fait désintéressé : nous les aimons parce que ce sont eux, un point c’est tout.

Mais ce n’est qu’en sentant cet amour qu’ils pourront à leur tour aimer, car ils sauront ce que c’est. Dans une relation saine, il n’y a donc aucun intérêt à aimer ses enfants ou ses parents, il s’agit d’un amour gratuit, qui se donne, sans attente d’un retour. Il en est de même dans notre relation à Dieu : y-a-t-il un intérêt à aimer Dieu ? Aucun ! Il ne va pas pour autant nous aimer plus, puisque même ses ennemis il les aime ! Nous ne serons pas plus méritants puisque dans notre théologie il n’y a pas de mérite qui compte. Il n’y a donc strictement aucun intérêt à aimer Dieu . Et pourtant nous l’aimons. Tout comme des enfants peuvent aimer leurs parents et tout comme des enfants peuvent être amenés un jour à rejeter leurs parents (crise d’ado), nous pouvons nous aussi être en rébellion contre Dieu, lui faire endosser tous les torts du monde, lui tourner le dos… et bien figurez-vous qu’il nous aimera encore et toujours. Mais si nous pouvons l’aimer c’est bien parce qu’il nous a aimé en premier. Comment ? et bien c’est écrit dans le Bible, dans l’Evangile de Jean : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que quiconque met sa foi en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. ». Ce n’est pas rien !

Donc le point de départ de l’amour ce n’est pas nous, mais Dieu : c’est un don gratuit, c’est ce don dont nous voulons nous rappeler avec le geste du baptême

Je suis désolée de vous l’apprendre, mais Alban n’a strictement rien fait pour mériter son amour, malgré sa bonne bouille et sa gentillesse et bien Dieu l’aime… pour rien et le considère comme son enfant !

 

Alors, si nous récapitulons :

- aimer son prochain est une sorte d’impératif moral, une question de vivre-ensemble. Mais aimer son prochain, ce n’est pas un amour cul cul la praline, ce n’est pas vivre dans un monde de bisounours : c’est tout simplement avoir conscience de l’autre et le considérer lui aussi comme un enfant de Dieu, lui aussi comme étant aimé de Dieu.

- Ensuite, aimer Dieu et bien c’est un amour désintéressé. Comment l’aimer ? On peut dire qu’aimer Dieu en pratique, c’est par exemple mettre en actes ses paroles et ses commandements et donc aimer, aider son prochain serait une façon d’aimer Dieu.

Mais il reste un point à voir dans ce commandement d’amour : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence… Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Voici encore une énigme ! De quelle façon aimer l’autre comme soi-même ? Cela voudrait dire que si nous nous aimons beaucoup, que nous avons une très haute estime de nous-mêmes, nous allons devoir aimer de ce très grand amour tous les autres… Je crois que cela est impossible, car vous le savez, si nous nous aimons plus que tout, il n’y a pas de place pour les autres. Et si nous nous aimons très peu, voire pas du tout, imaginez les relations humaines que nous aurions avec les autres : et bien, aucune !

La bible ne nous invite pas à surévaluer ni à minimiser notre valeur, non, elle nous invite à avoir une juste idée de nous-mêmes. Dieu a fait à chacun des dons particuliers, ils nous appartient de les reconnaitre, mais de n’en tirer aucun mérite car ces dons ne viennent pas de nous.

Il ne s’agit donc pas d’amour de soi, ni d’amour propre, non, il s’agit de s’aimer tel que l’on est, de s’accepter et surtout de se reconnaitre soi-même enfant de Dieu.

 

Il y a une règle d’or que l’on trouve dans le Nouveau Testament et qui peut exprimer autrement ce commandement d’amour du prochain et de soi-même : « Tout ce que vous voulez que les gens fassent pour vous, vous aussi, faites-le de même pour eux : c’est là la Loi et les Prophètes. » C’est ce qu’on appelle aussi l’éthique de réciprocité et que l’on retrouve en philosophie et dans d’autres grandes religions : ne pas faire à autrui ce que l’on aimerait pas que l’on nous fasse… mais je préfère la version plus optimiste et positive du nouveau testament : faire à autrui ce que l’on aimerait qu’on nous fasse.

 

Voila ce qu’est ce fameux commandement d’amour : c’est un commandement sans fin, qui ne s’achève jamais, pour lequel on ne pourra jamais dire « voila, c’est fait, j’ai validé ce commandement ». Nous suivons tout simplement la pédagogie mise en place par Dieu, un cheminement qui n’a d’autre but que notre bonheur. Que le baptême soit le signe de cet amour et l’espérance de ce bonheur, ne peut être que vivifiant et se souvenir de notre baptême, du fait qu’un jour, ce signe d’amour a été posé sur nous devrait jour après jour nous remettre sur ce chemin d’amour qui mène au bonheur.

Certes nous avons été baptisés il y a plus ou moins longtemps, certes le baptême ne se célèbre qu’une seule fois, mais nous sommes tout de même toujours au bénéfice de la grâce de Dieu. Ce Dieu qui a souhaité, par amour pour nous offrir son fils en sacrifice. Alors, nsous ne pouvons faire qu’une chose : vivre de son amour et le propager autour de nous : En route, il y a du travail… car tant de personne ont besoin de cet amour.

Amen.

 

Commenter

 
 

Youssef ALLOUCHA |
Hassan al Banna |
école islamique |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Procuresdbate
| Greencoffee
| sac lancel