Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Le pain du partage – 2 juin 2013 29 juin 2013

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 22 h 00 min

Genèse 14, 18-20; 1 Corinthiens 11, 23-26; Luc 9, 10-17

Comme vous avez pu le remarquer, dans les textes du jour, il est question de pain !

Voyez Melki Tsedeq, le roi de Salem, ce prêtre du Très Haut qui apporte l’offrande du pain et du vin. On ne sait rien de plus sur ce personnage des plus énigmatiques. Mais peut-être n’est-il qu’un symbole : Melki Tsedeq = roi de justice ; roi de Salem = la paix ; le pain et le vin = offrandes hautement symboliques.

 

Et il y a l’institution de la cène reprise par Paul dans sa 1ère lettre aux Corinthiens. D’ailleurs, pourquoi Paul reprend-il les propos de Jésus ? Et bien à cause d’une division, ou plus exactement à cause d’un comportement inadmissible. Certains chrétiens participent à la cène comme s’ils participaient à une orgie : buvant jusqu’à l’ivresse, s’empiffrant jusqu’à l’indigestion. Un comportement indigne, irrespectueux : honteux ! Paul cherche donc à mettre les choses au clair en rappelant l’institution du repas : prendre ce repas indignement c’est se rendre coupable envers le corps et le sang du Christ. L’auto discernement est la réponse apportée par Paul : que chacun se juge soi-même.

 

Avec Melki Tsedeq nous avions le pain de l’union ; ici, avec les Corinthiens, c’est le pain de la discorde.

Et avec le texte que nous appelant la multiplication des pains, de quel pain s’agit-il ? Nous allons nous y pencher.

 

Tout d’abord cette scène est reprise par les 4 évangélistes… L’Evangile de Marc raconte même 2 scènes de multiplications des pains : l’une en pays juif, l’autre en pays païen : une façon de dire que le message du Christ est universel !

4 récits avec une importance donnée aux mêmes chiffres : 5000 personnes, 5 pains, 2 poissons et enfin, 12 corbeilles restantes. 12 corbeilles, comme les 122 tribus d’Israël : le Messie qui rassasie son peuple pour le rassembler. Pour information, dans la multiplication des pains ayant lieu de terre païenne, ce sont 7 paniers qui sont récupérés : 7, le chiffre de la complétude de Dieu, l’intégralité, l’achèvement).

 

Mais reprenons cette histoire depuis le début : Jésus a envoyé ses disciples en mission pour proclamer le règne de Dieu et guérir les malades. Les disciples sont de retour et se précipitent auprès de Jésus pour lui raconter leurs aventures. Certainement pour être plus au calme, Jésus leur propose de s’éloigner par bateau vers la ville de Betsaida. Mais les foules se demandent pourquoi ils s’éloignent et décident de les retrouver. Et Jésus se met à les enseigner : voyez tout de même la disponibilité de Jésus que ce soit avec les disciples ou avec la foule : il se laisse déranger, il accueille les foules. Son but était certainement d’être un peu tranquille puisqu’il souhaitait se retirer à l’écart. Mais il change ses plans, il ne s’en offusque pas, il laisse faire.

 

Les disciples ne sont pas vraiment dans le même état d’esprit. Vous me direz, ils reviennent de mission à travers le pays, ils doivent être bien fatigués et ne souhaitent qu’une chose : être tranquilles !

Alors, sans ménagement, ils demandent à Jésus : « Renvoie la foule ». Et oui, ils ne sont pas idiots non plus, quand ils sont partis avec Jésus, ils n’ont emporté de quoi manger que pour 13… pas pour 5000 ! Donc ils s’inquiètent et ils ont de quoi : imaginez le mouvement de foule que la faim pourrait produire !

 

Mais c’est à croire que les affaires bassement matérielles ne sont pas un souci pour Jésus : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! ». Heureusement que ce n’est pas lui qui tient les cordons de la bourse !

Mais la suite lui donnera raison… C’est la multiplication des pains et des poissons.

 

Mais quelle étrange idée d’appeler ce récit ainsi : pas une seule fois il y ait question de multiplication. Jésus ne multiplie pas, il rompt, il donner. Et rompre, c’est diviser, tout le contraire de multiplier, il me semble (même si les maths n’ont jamais été ma tasse de thé !)

Peut-on pour autant parler de division des pains ? Non, car parler de division aujourd’hui, c’est parler de guerre, de querelle… mais déjà à l’époque puisque Paul évoque les divisions au sein de la communauté de Corinthe.

Parlons alors de multiplication… mais la multiplication nous fait dévier vers l’abondance (abondance des biens, des denrées) et cette abondance vers le gaspillage, le trop plein. Et ce n’est pas faux : voyez ces 12 paniers remplis…. J’espère qu’ils ont été redistribués !

 

Nous aimons bien cette idée d’un Jésus quelque peu magicien, grand prestidigitateur qui ne sort pas des lapins de son chapeau, mais des pains de ses manches ! Mais comme tout magicien, il lui fallait bien un « truc »… Et bien son truc est tout simple et nous le connaissons : il est Fils de Dieu. Vous me direz, nous aussi nous sommes enfants de Dieu. Oui, mais lui est le Fils Unique de Dieu. Ce qui lui confère des pouvoirs : guérir des infirmes, des lépreux, faire se calmer une tempête ou encore multiplier des pains et des poissons. Oui, Jésus est très fort… Mais est-ce là le fond du message de l’Evangile ? de ce récit ?

 

Alors, si nous changions d’optique : laissons de côté la multiplication dont il n’est même pas question dans ce texte et parlons du partage.

Alors que multiplier dépendait de la magie, du surnaturel, partager est du ressors de tous. Partager ce qui a été reçu, partager ce qui a été donné par un autre. Les 5 pains et les 2 poissons ne sont pas tombés du ciel. Dans l’Evangile de Luc nous pouvons imaginer que ce sont les disciples qui les avaient apportés, dans l’Evangile de Jean, il nous est dit que c’est un garçon qui a accepté de partager ce qu’il avait.

 

Mais bien évidemment, ce ne sont pas 5 pains et 2 poissons qui peuvent rassasier 5000 personnes. Mais c’est un commencement et Jésus va partager ce qui déjà était destiné au partage. Jésus est un des maillons de la chaine de partage. Précédé par le don du pain et suivi par les disciples qui le distribuent et par la foule qui poursuit le partage. Alors, dans cette chaine, au milieu de la foule, qui peut dire à quel moment ou entre quelles mains les pains sont devenus assez nombreux, assez nourrissants pour tout ce monde ? Qui a fait le miracle ? D’ailleurs ce miracle n’est pas même localisable ! Le miracle en tant que signe de l’amour de Dieu n’apparait pas à tel ou tel moment de la distribution. En fait, le miracle apparait rétrospectivement : croyez-vous vraiment que les 5000 personnes étaient au courant qu’il n’y avait que si peu de nourriture ? Non, elles se sont passés les aliments et ont mangé, sans se poser de question. D’ailleurs, personne ne s’étonne : ni la foule, ni les disciples qui sont pourtant aux 1ères loges. Ce n’est qu’à la fin du récit, lorsque nous récupérons ces 12 paniers pleins que nous pouvons nous interroger : comment est-ce possible ? Et si nous avions été présents au milieu de cette foule, nous aurions passé le pain à notre voisin sans même nous rendre compte qu’un miracle avait lieu à ce moment-là !

 

Si nous ne nous lassons pas du Jésus « faiseur de miracles », ici, nous sommes en présence du Jésus pleinement humain : qu’a-t-il fait ? Il a prononcé la bénédiction sur les aliments… ce n’était pas une nouveauté : au début des repas, il était de coutume de rendre grâce à Dieu. Il a rompu le pain ce qui est tout à fait normal. Dans le judaïsme, on ne coupe pas le pain, le couteau servant à l’action étant signe de division, on rompt le pain, on le partage.

Rien de nouveau sous le soleil dans les actes de Jésus : il a agi en bon juif de son époque, il a agi comme un homme, tout simplement. Il n’a pas fait de grands gestes, il n’a pas prononcé de formules magiques incompréhensibles, il a agi en humain. A ce moment précis, il faisait partie de la foule, il était un des nôtres… il est l’un des nôtres.

 

C’est peut-être ce que beaucoup ne comprennent pas dans la figure de Jésus… c’est d’ailleurs ce que les autorités juives de l’époque n’ont pas compris : s’il est vraiment fils de Dieu, pourquoi se comporte-t-il comme un humain… jusqu’à la mort ?

Et j’avoue : s’il avait été un de ces supers héros bravant tous les dangers, tellement supérieurs, tellement trop… et biens on message ne m’aurait certainement pas touchée : trop lointain surement ! Mais il a partagé notre humanité, toute notre humanité, il a partagé la vie de ses contemporains. Il a partagé le pain et aujourd’hui encore nous partageons ce pain, qui nous rappelle qu’il a partagé nos vies et qu’il est avec nous tous les jours. Nous partageons ce pain qui n’est autre que du pain ; nous partageons ce vin qui n’est autre que du vin, mais qui nous rappelle tant ! Car là aussi, c’est dans le partage que nous sentons sa présence ; dans le fait de passer le pain et la coupe à notre voisin nous revivons en quelque sorte ce grand diner sur l’herbe au milieu de 5000 personnes. Nous ne voyons pas le miracle et pourtant nous en sommes au bénéfice : le miracle d’amour, le miracle du partage fraternel et sincère.

 

Certains vous diront : 5 pains et 2 poissons… c’est ça ! Chacun avait apporté à manger mais n’osait pas le sortir, de peur d’être dépouillé ! Mais qu’en voyant certains sortir leur nourriture, tous ont sorti leur repas ! Quand bien même… si le partage est au cœur de ce récit et si c’est la peur qui était présente dans le cœur des gens… voyez comme le partage a été plus fort que la peur, plus fort que les craintes ! Car Jésus nous dit simplement : n’ayez pas peur, faites-moi confiance, faites-vous confiance mutuellement ! Amen

 

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