Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Aumonerie synodale – les 5 sens – la vue (prédication) 9 décembre 2013

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 18 h 43 min

Au début de ce synode, notre Président, Pierre Grossein, nous a parlé des enfants, ces enfants que nous tentons d’éduquer de la même manière, auxquels nous faisons gouter les mêmes saveurs, auxquels nous transmettons les mêmes valeurs, pourtant, il n’y en a pas deux pareils !

Il parait que les ainés des fratries sont des petits chefs. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les psychologues. Ils seraient ambitieux et perfectionnistes : qualités ou défauts, à vous de voir…. Ils sont responsabilisés très vite et encore plus vite si des petits frères et des petites sœurs arrivent. Ils seraient légalistes, stricts quitte à faire la parole à leurs propres parents, voire à adopter un comportement totalement tyrannique : leurs idées sont forcément les meilleures.  Alors, maintenant que je me suis mis la moitié d’entre vous à dos, je vais vous avouer que la cadette que je suis aurait réagi comme le frère ainé de la parabole : face à l’injustice, tous solidaires !

Les cadets, parait-il, sont rebelles et ont tendance à rejeter l’ordre établi… et bien nous sommes en présence d’un spécimen très intéressant dans cette parabole : un vrai rebelle qui veut prouver qu’il peut se débrouiller seul (avec l’argent de papa tout de même) et surtout qu’il existe une autre voie que celle de son ainé qui se résume à rester sur le domaine familial et endosser à son tour le rôle de propriétaire terrien.

Il voulait vivre sa vie, avec ses propres codes, ses propres valeurs, il voulait expérimenter : il avait faim de découverte, d’expérience, faim de vie et il s’est retrouvé à avoir tout simplement faim !

Cette histoire aurait pu être celle d’une fin de vie dans la déchéance et la misère. Mais il y a eu un sursaut, l’appel de la vie a été plus fort et, tous les sens en éveil, le cadet s’est levé et a pris la direction de la demeure familiale, prêt à s’humilier devant son père : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi ; 19je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes employés.”

Et toi, forcément, incrédule comme tu es, tu te laisses berner par ce ‘fils prodigue’ ! Regrets, humilité, honte, repentance : que nenni ! Il a juste besoin de se refaire un peu, de retourner un certain temps chez son père pour mieux repartir. Il n’y en a qu’un qui a compris son petit manège, c’est le frère ainé et c’est pour cela qu’il ne veut pas participer à la fête, il sait ce que son frère est en train de manigancer.

Alors, pour toi, pas de possibilité de laisser une seconde chance. Ce fils a un mauvais fond et rien ne le fera changer. Pour ma part, je pense que son repentir est vrai, profond. Sinon, c’est jeter la suspicion sur quiconque entreprend ce genre de démarche, une sorte de nouveau départ avec les leçons tirées d’une première expérience. Et lorsqu’une main est tendue, les choses sont plus faciles à recommencer. Alors, oui, je pense, je crois même qu’il est possible de tout recommencer même et peut-être, surtout, si on est descendu au plus bas.

Mais revenons-en à notre fil rouge d’aumônerie. Nous avons abordé le toucher avec la femme qui a une perte de sang, l’ouie avec ce sourd guéri par Jésus, l’odorat avec le parfum de grand prix versé sur la tête de Jésus et le gout avec le bon vin des noces de Cana. Cette parabole nous amène à dévoiler le 5ème sens : la vue. Cette vue, ce regard, c’est celui du Père. Ce Père qui, pendant un temps indéfiniment long, n’a pas vu son fils et l’aperçoit soudainement sur la route, le texte nous dit que le fils était encore loin sur la route. Pourtant, il le reconnait. Depuis combien de temps ne l’a-t-il pas vu : 6 mois, un an, 2 ans, peut-être plus, mais il sait que  c’est lui. Il sait que cette ombre au loin est la chair de sa chair, le sang de son sang. Il y a la vue, mais il y a bien plus. Il y a cette intime conviction que toute cette histoire est finie : la vie va pouvoir reprendre son cours normal : le père et ses 2 fils vont se mettre ensemble à travailler la terre et la famille sera enfin réunie.

La Nouvelle Bible Segond nous dit que le père est ému. Mais il n’est pas ému, il est carrément touché aux entrailles !

Ca y est, voilà le pathos qui arrive et nous allons tous essuyer une larme devant ces belles retrouvailles. Alors que finalement, cet enfant est un bon à rien : il a abandonné sa famille, fui le domaine familial, dilapidé l’héritage de son père en s’abandonnant dans une vie de débauche ! Et aujourd’hui, il revient la bouche en cœur. Mais je peux comprendre qu’un père puisse être touché par le retour d’un fils, surtout lorsqu’il pensait l’avoir perdu pour toujours.

Ah, ça y est, tu commences à ouvrir ton cœur et ton esprit… Bientôt, toi aussi, tu te réjouiras du retour du fils !

Finalement, le père de la parabole doit éprouver le même soulagement qu’un autre père cité dans l’Ancien Testament : Abraham. Alors prêt à sacrifier son fils, il est retenu par l’appel du messager du Seigneur, mais ce qui va totalement libéré Abraham (et donc Isaac), c’est encore la vue : il va voir le bélier coincé dans le buisson et ce sera la libération. Dans ces deux histoires, le regard lancé va marquer un tournant dans la vie d’une famille.

Mais je crois qu’il y a bien au-delà des sens, tous ces sens que nous avons évoqués durant ces 3 jours de synode. Il y a quelque chose qui éveille ces sens et qui leur donne justement sens.

 

Je crois deviner où tu veux en venir… et cette fois, j’approuve. Les sens sont mis en éveil et révèlent la réalité parce qu’ils sont nourris par quelque chose de bien plus profond : la foi, la confiance, l’espérance. Le père de la parabole avait gardé l’espoir d’un retour, il avait gardé son cœur disponible à cette possibilité pour accueillir avec joie et sans jugement. Au contraire, le fils ainé avait tout fermé, tout verrouillé, il avait tiré un trait sur son frère : il n’existait plus. Le choc est donc brutal pour lui, comme une claque mêlant jalousie, ressentiment et amertume.

Abraham était-il vraiment résigné en montant au lieu du sacrifice. Il avait foi, foi en Dieu, en ce Dieu qui le guidait depuis tant d’années. Ce Dieu ne peut pas vouloir pour lui le malheur, celui de la perte d’un fils. Au fond, il sait, il espère, il a confiance et sa confiance ne sera pas déçue.

Oui, certains appellent cela l’intuition, une intime conviction. Tout cela est pour moi de l’ordre de la foi.

Abraham n’a pu aller au bout de sa démarche que grâce à cette foi, sinon, il aurait fui avec Isaac sous le bras. Le père de la parabole n’a pas perdu espoir tout ce temps parce qu’il avait la foi chevillée au cœur, sinon, il aurait fait comme le fils ainé, baissé les bras et son regard lancé vers la route aurait été un regard vide. Il a toujours su que la vie allait être la plus forte.

Ces deux pères ont été confronté à la mort, celle de leurs enfants, mais la mort a reculé. Ils n’ont pas esquivé la mort, il ne l’ont pas occultée, ils lui ont fait face. Un face à face, dont ils sont sortis vainqueurs !

Et rappelez-vous cette femme qui touche le manteau de Jésus, elle est guérie parce que son désir était vrai, profond et qu’elle avait foi en cet homme, Jésus. Son geste était désespéré, mais inspiré.

Oui, dans toutes ces histoires, la vie a le dernier mot et elle est fêtée avec joie : le fils était mort et il a repris vie, il était perdu et il a été retrouvé. Alors, ne restons pas sur le bas-côté, prenons également part à la fête de la vie. Que l’esprit nous inspire jour après jour en éveillant nos sens, donnant sens à nos vies.

Oui, rejoignons la fête : entendez les cris de joie, sentez le repas qui se prépare, voyez les habits chamarrés de la fête, tendez les mains à ceux qui vous invitent dans la ronde et enfin, goutez la vie, cette vie que Dieu vous a donnée pour le bonheur et la joie.

Amen.

 

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Youssef ALLOUCHA |
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