Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Epitre à Philémon – 8 septembre 2013 9 décembre 2013

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 13 h 27 min

Épître à Philémon Une fois n’est pas coutume, c’est une Épître entière qui sera au centre de la prédication de ce jour. Vous me direz : quelle Épître ! Et oui, cette Épître à Philémon est tellement courte qu’elle n’a pas de chapitre, juste des versets, 25 en tout et pour tout ! Mais attention, ce n’est pas le livre le plus court de la Bible : la 2ème et la 3ème épîtres de Jean ne comportent qu’une douzaine de versets chacune.   Mais heureusement qu’il y a ces petits livres dans la Bible : ils nous permettent de cerner la pensée d’un auteur sur un thème particulier en seulement quelques phrases. Et je trouve que ces petits livres nous rendent plus proches leurs auteurs. C’est pourquoi aujourd’hui, j’ai décidé de vous lire la totalité de l’Epitre à Philémon et non pas seulement les quelques versets qui étaient prévus. Cela nous permet d’avoir à l’esprit le développement complet de Paul sur un thème : l’esclavage.   Paul écrit à Philémon, un chrétien de Colosse au sujet d’Onésime, l’esclave de Philémon. Paul n’écrit pas seulement à Philémon comme on peut s’en rendre compte dans la salutation : « à Philémon, notre collaborateur bien-aimé, 2à Appia, notre sœur, à Archippe, notre compagnon d’armes, et à l’Eglise qui est dans ta maison. » Mais même si Paul s’adresse à plusieurs personnes, il se dévoile. Les exégètes s’accordent pour dire que cette épitre a été écrite de la main même de Paul et qu’il s’agit de la lettre la plus personnelle rédigée par l’apôtre : il y met tout son cœur !   Alors, pourquoi écrit-il à Philémon ? La réponse est : Onésime, cet esclave que Paul a recueilli et converti et qu’il veut maintenant renvoyer à son maitre, non sans donner quelques conseils à Philémon. Rappelez-vous des propos de Paul dans l’Epitre aux Galates : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ. » Pourtant, dans cette Epitre, Paul ne condamne pas l’esclavage : il renvoie Onésime à son maitre sans demander pour autant qu’il soit affranchi.   Mais reprenons l’histoire depuis le début : Onésime, esclave de Philémon, s’est enfui de chez son maitre. On ne sait pas vraiment pourquoi. Certains ont avancé le fait qu’Onésime aurait volé Philémon, d’autres pensent qu’il n’en est rien et qu’Onésime se serait enfui suite à de potentiels mauvais traitements de la part de son maitre. Tout ce que nous savons c’est qu’Onésime s’est enfui de Colosse pour se réfugier à Ephèse où il a rencontré Paul, lui-même prisonnier et s’est attaché à lui au point de se convertir au christianisme. Mais Paul, en gardant Onésime à ses côtés puis en le renvoyant à son maitre s’oppose aux règles en vigueur à l’époque : dans la législation romaine, si on recueillait un esclave fugitif on se rendait coupable  comme l’indique cette inscription datant du début de notre ère : « Que personne ne reçoive des esclaves fugitifs, ne les nourrisse, ne leur donne de l’ouvrage. Si quelqu’un agit contrairement à ces dispositions, qu’il soit tenu de payer au maitre deux fois la valeur de l’esclave et une amende de 500 drachmes. ». D’un autre côté, le Deutéronome incite les personnes recueillant des esclaves fugitifs à les garder auprès d’eux : « Tu ne livreras pas à son maître un esclave qui s’est sauvé de chez son maître pour se réfugier chez toi. 17Il habitera chez toi, en ton sein, au lieu qu’il choisira, dans l’une de tes villes, où bon lui semblera ; tu ne l’exploiteras pas. » (deut 23, 16-17). Paul, déjà prisonnier, se met une nouvelle fois hors la loi mais il ne lui en sera pas tenu rigueur car Philémon est un chrétien, converti par Paul !   Mais Paul nous choque car il ne demande pas la libération d’Onésime : « Peut-être, en effet, a-t-il été séparé de toi pour un temps, afin que tu le retrouves pour toujours, 16non plus comme un esclave, mais, ce qui est mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé ». Il n’est aucunement question d’affranchir Onésime, mais Paul sait user de pédagogie pour que Philémon accueille Onésime de la meilleure façon, lui qui est devenu un frère bien aimé de par sa conversion. En fait, le message de Paul n’est pas tant centré sur l’esclavage que sur la force transformatrice de l’Evangile.   Voyez : nous étions en présence d’un vieillard (Paul se défini lui-même ainsi), emprisonné et perdant son titre d’apôtre puisque n’étant plus en capacité de mener son activité de prédication apostolique, et à ses côtés, un esclave fugitif, païen, Onésime. Qui pouvait croire que quelque chose de fort allait pouvoir se passer ? On pourrait dire : c’est un miracle ! Paul, vieillard va engendrer cet enfant en prison (ce sont ses propres mots). Paul privé de liberté va quand même pouvoir agir pour Christ ! Onésime de son côté, inutile auparavant, comme le décrit Paul, va devenir bien utile à son entourage : à Paul et à Philémon. Paul vient de faire une expérience particulière qui sera à l’origine de ce petit billet à Philémon, un billet tellement personnel et rempli d’émotion : l’expérience de la puissance bouleversante et libératrice de l’Evangile qui fait être même ce qui n’est pas ! Onésime a changé et a été libéré et Philémon doit changer, se libérer de sa potentielle colère, de ses préjugés… en fait, de tout ce qui l’enferme et de vivre des relations apaisées. Onésime, qui était esclave fugitif et fautif, va devenir, avec l’aval de Paul, messager, apôtre de l’Evangile de Jésus Christ pour son propre maitre. Paul souhaite que la fraternité prenne le pas sur les rapports conflictuels et hiérarchiques. En fait, Paul ne demande pas explicitement l’affranchissement d’Onésime, car à l’époque, s’affranchir coutait cher pour l’esclave et en général l’homme ou la femme affranchi restait finalement au service de son maitre pour subvenir à ses besoins.   Paul ne parle donc pas d’affranchissement, mais demande à Philémon de considérer Onésime comme un frère, mieux, comme un messager, un apôtre, autant dire de faire sauter tous les verrous de la hiérarchie ! Paul n’impose rien, mais se fie à la responsabilité de Philémon et instaure un ordre nouveau, celui de la réciprocité et de la fraternité.   Mais en lisant les épitres pauliniennes, on se rend compte que liberté et esclavage vont parfois de pair, ainsi dans l’épitre aux Romains : « Libérés du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice. » (6, 18) Il faut prendre ici le terme esclave dans le sens serviteur. Mais effectivement, il semble contradictoire d’être libéré pour devenir esclave. Mais en fait, tout cela est logique.   Cette semaine, je discutais avec un ami, je ne sais même plus sur quel sujet, c’est la réflexion qui a suivi qui m’est restée. Il me dit, sur l’air de la plaisanterie : « ma religion ne me l’interdit pas » et je lui réponds du tac au tac : la mienne non plus ! Et en y réfléchissant, je lui dis, qu’effectivement ma religion ne m’interdit rien ! Bien évidemment il y a les interdits que l’on retrouve dans les 10 commandements et qui sont finalement une règle pour le vivre ensemble qui a été intégré dans notre société : pas de meurtres, pas d’adultère,  pas de vol. Cela semble le minimum vital pour vivre ensemble !   Mais sinon, ma religion, ou plus exactement ma foi, ne l’interdit pas de manger tel ou tel aliment, de m’habiller de telle ou telle manière, d’exercer tel métier… Elle ne m’interdit rien, mais elle m’oblige par le commandement d’amour prononcé par Jésus : aime ton prochain comme toi-même. Et de ce commandement découle logiquement mon comportement : si j’aime mon prochain comme moi-même, je ne peux pas le tuer, si j’aime mon prochain comme moi-même, je ne peux pas le voler… Et finalement, en étant libéré d’interdictions, d’obligations rituelles et précises, je deviens effectivement esclave, serviteur de la justice ! Mais tout cela en appelle à la responsabilité personnelle, à une certaine éthique. Cette prise de conscience, elle vient de l’intérieur, elle ne m’est pas imposée par d’autres qui auraient pensé à ma place !   Voila, je crois, ce qu’il faut retenir de cette petite lettre de Paul à Philémon : se libérer des chaines futiles de ce monde pour n’être esclave que du Christ et de sa justice. Je crois que cela est atteignable, mais nous pouvons demander de l’aide à notre Seigneur lorsque nous ne savons plus trop où nous en sommes, pour nous envoyer un Onésime qui nous permette de vivre toujours à nouveau l’expérience transformatrice de l’Evangile, celle qui fait émerger des possibles là où rien ne semble pouvoir advenir. Amen.

 

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