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Épître de Jacques – une épître controversée (introduction) 9 décembre 2013

Classé dans : Etudes bibliques — pastourelle @ 19 h 10 min

Introduction

L’Epitre de Jacques a fait couler beaucoup d’encre et en fait encore couler, tant les avis sont partagés à son sujet et elle continue d’intriguer les exégètes : quelle est l’origine de cette Epitre ? Qui est son auteur ? Quand a-t-elle été écrite ? Quelle est sa théologie, sa christologie ? Comment a-t-elle été intégrée au canon biblique ?

Beaucoup d’interrogations auxquelles nous allons tenter de répondre.

Nous pouvons tout d’abord dire qu’il s’agit d’une des épitres catholiques, c’est-à-dire universelle, qui ne s’adresse pas à un destinataire particulier, ni à une communauté en particulier, mais à tous. (Jean, Pierre, Jude)

  • Qui est Jacques

On trouve plusieurs hypothèses

Tout d’abord, on peut dire qu’il s’agit d’un théologien, d’un écrivain audacieux et inventif. Il est certainement maitre de sa communauté ou même enseignant (selon Jacques 2, 1 : Ne soyez pas nombreux à devenir des maîtres, mes frères : vous le savez, nous recevrons un jugement plus sévère.

 

Pour certains, il s’agit de Jacques, le frère du Seigneur. La rédaction aurait donc eu lieu avant 62, car en cette année, Jacques est arrêté, condamné et exécuté par le Sanhédrin.

D’autres pensent qu’il s’agit d’un pseudépigraphe, autour de la figure de Jacques, ce qui permet de légitimer et appuyer les propos.

L’auteur a une bonne éducation, une bonne maitrise du grec, une connaissance de la rhétorique grecque et de la syntaxe (ce qui pourrait rejeter l’idée d’un auteur de langue araméenne… mais Jérusalem était à l’époque une ville bilingue !). On constate aussi un grand enracinement dans la tradition juive avec les références aux personnages de l’Ancien Testament.

C’est un disciple de Jésus qui s’adresse à des communautés de disciples autour de la méditerranée (juifs et païens).

 

Défenseurs du Pseudépigraphe : les préoccupations de Jacques dans les actes des Apôtres ne sont pas explicitées dans cette Epitre, comme si il s’agissait de 2 personnes différentes. Les préoccupations théologiques dont Jacques est le représentant par sa prise de paroles dans les Actes ne sont pas présentes (shabbat, règles alimentaires, circoncision)

Actes 15, 19-21 : « C’est pourquoi, moi, je suis d’avis de ne pas créer de difficultés aux non-Juifs qui se tournent vers Dieu, 20mais de leur écrire qu’ils s’abstiennent des souillures des idoles, de l’inconduite sexuelle, des animaux étouffés et du sang. 21Depuis les générations anciennes, en effet, Moïse a dans chaque ville des gens qui le proclament, puisqu’on le lit chaque sabbat dans les synagogues. »

Défenseur de Jacques : Jacques a inspiré Paul (Gal 2, 9-10 : « et lorsqu’ils ont reconnu la grâce qui m’avait été accordée, alors Jacques, Céphas et Jean, qui étaient considérés comme des colonnes, nous ont donné la main droite, à Barnabé et à moi, en signe de communion : nous irions, nous, vers les non-Juifs, et eux vers les circoncis ; 10nous devions seulement nous souvenir des pauvres, ce que j’ai fait avec empressement. »  ) avec son insistance sur les pauvres. Paul reprend le sujet à son compte. Mais ce sujet est également beaucoup développé dans l’Epitre de Jacques.

 

La 3ème hypothèse serait qu’il s’agit d’un 3ème Jacques, inconnu aujourd’hui, mais reconnu à l’époque.

Toujours est-il qu’associer l’Epitre à un personnage important du 1er siècle a du aider pour la faire entrer dans le canon.

 

Les Jacques du Nouveau Testament et de la Tradition

 

Jacques, forme francisée de Jacob, est un nom très fréquent chez les juifs. Rien d’étonnant à ce que plusieurs Jacques apparaissent dans le Nouveau Testament.

1. Jacques, fils de Zébédée et frère de Jean. Il figure dans toutes les listes d’apôtres et apparait avec Simon-Pierre et son frère comme participant à des événements exceptionnels : résurrection de la fille de Jaire (Marc 5, 37-40), transfiguration (Marc 9,2), agonie (Marc 14, 33). Avec Jean, il aspirait aux premières places dans le Royaume. En raison de leur caractère impétueux, ils reçurent le surnom de Boanerguès (« fils du tonnerre », Luc 9, 54). Ce Jacques fut le premier des apôtres à subir le martyre (en l’an 44), par ordre du roi Agrippa Ier (Actes 12, 8). La tradition le dénomme Jacques le Majeur. Au VIIème s., on crut découvrir son tombeau à Compostelle, ce qui provoqua le célèbre pèlerinage.

 

2. Jacques, fils d’Alphée, chef de file du troisième groupe dans les listes d’apôtres (Mat 10,3 ; Marc 3, 18…). Nous n’avons pas d’autres renseignements sur lui, sauf si on l’identifie avec le suivant, ce qui semble bien improbable.

 

3. Jacques, le frère du Seigneur. Mentionné en Mat 13, 55 dans la liste des frères de Jésus, il reçoit le surnom de Petit en Marc 15, 40, d’où sa dénomination traditionnelle de Jacques le Mineur. Il ne fait pas partie du groupe des Douze ; d’ailleurs le groupe des « frères » a d’abord fait preuve de défiance à l’égard de Jésus. Par contre, dans la liste des témoins officiels de la Résurrection, après les Douze et les cinq cents frères, Paul mentionne Jacques, puis tous les apôtres (1 Co 15, 7). On s’accorde à voir en ce Jacques le « frère du Seigneur » (Ga 1, 19), le chef de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem (Ac 12, 17 ; Ga 2, 9). Il fut partisan d’un maintien de la Loi pour les juifs convertis (Ac 21, 18-25), mais à l’assemblée de Jérusalem il admit que les païens convertis ne soient astreints qu’à un minimum d’exigences rituelles (Ac 15, 13-21). Des partisans trop zélés de Jacques n’en provoquèrent pas moins l’incident d’Antioche (Ga 2, 12).

L’auteur de l’Epitre de Jacques ne répond pas au signalement de Jacques le Juste, frère du Seigneur. C’est un chrétien cultivé de langue grecque qui se place sous son patronage, pour montrer en quoi consiste vraiment la fidélité à la Loi.

 

Issu de Les dernières épitres : Hébreux, Jacques, Pierre, Jean, Jude, Albert Vanhoye, Edouard Cothenet, Michèle Morgen, Bayard Ed., 1997.

 

  • Date

Il y a les adeptes du avant 70 et ceux du après 70 (destruction du Temple).

Ceux qui estiment que l’auteur est Jacques, le frère du Seigneur penchent donc pour une datation antérieure à 62.

Pour d’autres, il pourrait s’agir de l’année 66 : il y a alors des tensions sociales entre riches et pauvres (question qui est au cœur de l’Epitre). Il s’agit de la première guerre des juifs contre les romains.

 

  • Destinataires

Jacques 1, 1 : « 12 tribus qui sont dans la dispersion »

Si il s’agit du Jacques frère de Jésus, il écrit de Jérusalem à destination des disciples de Jésus de la première génération.

Si c’est un pseudépigraphe, on ne peut pas déterminer le lieu de rédaction. Les destinataires sont la diaspora, l’ensemble des communautés juives et païennes. Il s’agit de ceux qui sont éloignés de la terre sainte, car, les autres, Jacques pouvait les enseigner oralement.

 

  • Style

Certains imaginent que cette Epitre ainsi que la 1ère de Pierre auraient pu servir de lettre préface à une collection de paroles de Jésus. Un projet apparemment tombé à l’eau et reléguant ainsi ces Epitres à la fin du Nouveau Testament.

C’est une lettre avec une salutation destinée à un grand nombre. C’est une parénèse (prédication, exhortation morale) qui expose des valeurs, des choses à ne pas faire, une éthique.

 

Cette lettre ressemble à 2 styles particuliers : la sagesse (//AT) ; le catéchisme. Toujours est-il qu’il est plus poétique qu’intellectuel. C’est une épitre didactique prévue pour l’enseignement de la communauté.

 

Proposition de plan

Adresse (1, 1)

Endurer les épreuves (1, 2-18)

Rôle providentiel de l’épreuve (1, 2-11)

Dieu ne tente personne (1, 2-11)

Réaliser la Parole (1, 19 – 3, 18)

Ecouter et accomplir (1, 19-27)

Pas de discrimination entre riches et pauvres (2, 1-13)

La foi et les œuvres (2, 14-26)

Dompter sa langue (3, 1-12)

La sagesse d’en haut et la sagesse terrestre (3, 13-18)

Choisir entre Dieu et le monde (4, 1 – 5, 6)

Les passions opposées à Dieu (4, 1-10)

Le respect du frère (4, 11-12)

Dénonciation de l’injustice des riches (4, 13 – 5, 6)

Exhortations finales (5, 7-20)

Courage, car la venue du Seigneur est proche (5, 7-12)

Prière persévérante et onction des malades (5, 13-18)

Ramener le frère égaré (5, 19-20)

(Issu de Les dernières épitres : Hébreux, Jacques, Pierre, Jean, Jude, Albert Vanhoye, Edouard Cothenet, Michèle Morgen, Bayard Ed., 1997.)

 

Quelle réception ?

L’Epitre a mis du temps à s’imposer dans le canon, en particulier ç cause du flou entourant son auteur. Eusèbe de Césarée, vers 300, en parle comme d’une épitre qui est lue et connue mais qui fait l’objet de beaucoup de réserves de la part de certains.

La première apparition de l’Epitre a lieu vers le milieu du 4ème siècle avec le Codex Vaticanus. Il s’agit du plus vieux manuscrit de Jacques. Il faut savoir que pour le Nouveau Testament, il existe à peu près 25000 manuscrits en grec ou en latin et que le texte de l’Epitre de Jacques est à peu près stable dans tous les manuscrits qui la contiennent.

 

Saint Augustin, au 4ème siècle, est le premier a beaucoup utiliser Jacques. Il prend sa défense en disant qu’elle est mal interprétée : Certes, Jacques contredit parfois Paul, mais Paul lui-même se contredit dans certains passages.

Lorenzo Valla, qui est au 15ème siècle un humaniste et philosophe italien, nous dit qu’elle ne mérite que très peu d’autorité pour ne pas dire pas du tout. Et tout cela à cause de l’identification de l’auteur.

 

Au 16ème siècle, Luther rejette Jacques à cause de sa non apostolicité : elle n’enseigne pas sur la passion, ni sur la résurrection, ni sur le ministère du Christ et de l’Eglise… Pourtant, c’est bien là le rôle d’un apôtre.

Luther reconnait en Jacques un homme plein de foi, mais son Epitre n’a rien à faire dans le canon !

Pourtant, il reconnait que Jacques parle bien de la prière, ce qui est très important pour Luther : «  La prière du juste, mise en œuvre, a beaucoup de force. » (Jacques 5, 16)

Luther l’appelle l’épitre de paille, elle n’a pas d’intérêt !

Pour Bucer, cette Epitre n’est vraiment pas importante.

Zwingly en prend la défense et s’oppose ouvertement à Luther.

Pour Calvin, Jacques ne s’oppose pas à la justification. Il prend donc sa défense. Il ne veut surtout pas opposer Jacques à Paul. Il critique alors les sophistes qui opposent les deux et s’en prend donc à Luther.

 

Conclusion

Jacques, quel qu’il soit, s’oppose aux pauliniens qui caricaturent la pensée de Paul.

Différentes hypothèses sont faites sur les rapports entre Paul et Jacques.

 

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