Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Pour faire advenir le règne de Dieu – 8 décembre 2013 9 décembre 2013

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 19 h 06 min

Esaie 11, 1-10; Romains 15, 1-13; Matthieu 3, 1-12

Comme à l’accoutumée, le texte de l’Evangile de ce 2ème dimanche de l’Avent met à l’honneur Jean, lui qui prépare le chemin du Seigneur.

Cet étrange personnage qui vivait au désert n’était pas habillé à la dernière mode et mangeait uniquement du miel sauvage et des criquets… on peut dire que, pour le coup, il était en avance sur son temps puisqu’aujourd’hui les insectes arrivent dans nos assiettes. Oui, ce Jean est particulier.

Mais rappelez-vous qu’il est destiné depuis le ventre de sa mère et même avant qu’il ne soit conçu, on sait que sa destinée va être bien particulière. Et sa destinée devient sa mission : préparer le peuple à l’arrivée du Seigneur. Voici les propos de l’Ange du Seigneur, Gabriel lorsqu’il annonce cette future naissance à Zacharie : « N’aie pas peur, Zacharie ;

car ta prière a été exaucée.

Ta femme, Elisabeth, te donnera un fils,

et tu l’appelleras du nom de Jean.

14Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse,

et beaucoup se réjouiront de sa naissance.

15Car il sera grand devant le Seigneur,

il ne boira ni vin ni boisson alcoolisée,

il sera rempli d’Esprit saint depuis le ventre de sa mère

16et il ramènera beaucoup d’Israélites au Seigneur, leur Dieu.

17Il ira devant lui avec l’esprit et la puissance d’Elie,

afin de ramener le cœur des pères vers les enfants

et les rebelles à l’intelligence des justes, et de former pour le Seigneur un peuple préparé. » (Luc 1, 13-17). Oui, cet enfant est prédestiné.

 

Et voilà donc Jean qui harangue les foules : « Changez radicalement, car le règne des cieux s’est approché ! » (3, 2). Il a beau crier et ne pas être des plus accueillants, les foules viennent à lui pour être baptisées, pour se confesser publiquement. La semaine passée, l’Evangile proposé à la lecture parlait des contemporains de Noé qui n’ont pas compris ce qui leur arrivait lorsque la grande inondation a déferlé sur la terre. Aujourd’hui les paroles de Jean me font penser aux propos de Jonas en direction des ninivites : «  Il proclamait : Encore quarante jours, et Ninive est détruite ! » et les ninivites ont converti leur cœur.

Les israélites décident donc également de convertir leur cœur en commençant par confesser leurs péchés et en recevant le baptême.

 

Et voici que beaucoup de pharisiens et de sadducéens viennent près de Jean non pas pour le critiquer, ni le juger, ni lui tendre un piège comme ils le feront souvent avec Jésus. Non, ils viennent tout simplement, eux aussi, pour recevoir le baptême.

Eux ne disent rien, mais Jean va s’acharner sur eux : « ne pensez pas pouvoir dire : « Nous avons Abraham pour père ! » Car je vous dis que de ces pierres Dieu peut susciter des enfants à Abraham. 10Déjà la hache est prête à attaquer les arbres à la racine : tout arbre donc qui ne produit pas de beau fruit est coupé et jeté au feu. » (9-10) : Quel accueil !

 

Sans connaitre la réputation ni le comportement des pharisiens ou des sadducéens, on peut se dire que Jean n’y va pas avec le dos de la cuillère. Que lui ont-ils fait pour qu’il se déchaine ainsi ? Et bien, ils sont pour les uns pharisiens et pour les autres sadducéens et cela suffit à Jean pour s’enflammer. Ces deux partis juifs avaient des théologies assez différentes, voire même totalement opposées (en particulier concernant la résurrection ou la prédestination), mais ils s’accordaient sur un point : la stricte observance de la loi. Pour les pharisiens, il s’agit plutôt de la loi orale, c’est-à-dire des commentaires des docteurs juifs ; pour les sadducéens, c’est la loi écrite qui compte, celle que l’on trouve dans les Ecritures. Pour eux, Dieu n’accorde sa grâce qu’à ceux qui respectent scrupuleusement toutes ces ordonnances. Finalement, qu’importe les dispositions du cœur pourvu que les actes extérieurs soient justes, soient en lien avec la loi.

 

C’est exactement ce que Jésus pointera en prenant pour exemple le respect du sabbat : alors que ses disciples arrachent des épis de blé un jour de sabbat, les pharisiens s’emportent et Jésus aura cette phrase mémorable : le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. C’est en ce sens que Jésus a accompli la loi. Il ne l’a pas abolie, il l’a accomplie en lui donnant un sens, en la rendant humaine. Oui, le sabbat est important car il permet un temps de repos pour l’homme, un temps où il peut penser à son Dieu. Le sabbat n’est pas important pour lui-même, il est important pour que la vie de l’homme s’accomplisse au mieux.

 

Mais revenons aux berges du Jourdain et à Jean apercevant les pharisiens et les sadducéens venir à lui pour recevoir le baptême. Jean prêche un baptême de changement radical et pour lui, ces hommes qui se présentent à lui ne sont en rien dans cette démarche de conversion du cœur puisque pour eux tout passe par le faire et pas par l’être. Jean ne leur fait pas confiance. Pour lui, les pharisiens et les sadducéens n’ont même pas le bénéfice du doute, c’est pourquoi il les attaque car pour lui, il est facile d’agir en respectant des commandements : «  de ces pierres Dieu peut susciter des enfants à Abraham.… ».

Certes, ils agissent, mais les fruits qu’ils portent ne sont pas beaux. On pourrait dire, sans employer les mots violents de Jean, que leurs actes ne sont pas habités. Si par exemple une action concerne un autre homme, ils la feront parce qu’il faut la faire, mais ne se soucieront finalement aucunement de l’être humain qui se trouve en face d’eaux : pas d’empathie, pas d’intérêt, mis à part un intérêt doctrinal et légaliste.

 

Sachant cela, Jean n’est pas du tout convaincu : pour eux ce baptême n’est qu’un simulacre. Vous me direz, ce n’est pas très gai de se dire que ces hommes ne sont pas en capacité de changer, de s’ouvrir. Bien évidemment, Jean met tout le monde dans le même panier et nous savons qu’il y a des pharisiens qui se comportaient bien et étaient tout à fait sincère comme Nicodème. Certains exégètes et théologiens pensent même que Jésus était très certainement un pharisien lui-même et c’est certainement pour cela que les rapports étaient plus que houleux entre eux.

 

Et Jean alerte son auditoire : lui ne baptise que d’eau, ceux qui s’approchent de lui avec des pensées hypocrites en seront quitte pour un baptême inutile. Mais il en sera autrement avec celui qui vient et qui baptise dans l’esprit et le feu car l’hypocrisie et les fausses intentions ne lui résisteront pas.

Et avec cette interpellation de Jean, nous pouvons nous interroger : qu’avons-nous fait de notre baptême ? Bien sûr, pour la plupart d’entre nous, il ne s’agissait pas d’un baptême de changement radical puisque nous n’étions pas vraiment acteurs de ce sacrement puisque trop jeunes. Mais pourtant, ce signe a été posé sur nous et le baptême n’est pas un acquis, des lauriers sur lesquels nous pourrions nous reposer. Au contraire c’est un engagement pour la vie, un engagement à mettre notre vie en cohérence avec les enseignements du Christ.

Jean annonce la venue du Christ et le temps de l’Avent nous invite à penser à la nouvelle venue du Christ, la venue du Royaume de Dieu. A propos de ce Royaume de Dieu, je voulais vous lire quelques lignes d’un petit ouvrage qui reprend des rencontres avec 3 théologiens protestants libéraux et voilà ce que dit André Gounelle lorsqu’on lui demande en quoi la figure d’Albert Schweitzer est une référence pour lui :

« Pour Albert Schweitzer, l’annonce de la venue du Royaume de Dieu se trouve au cœur du Nouveau Testament et en constitue le message essentiel… Nous ne pouvons plus voir dans le Royaume de Dieu un monde qui se situe au ciel ou qui viendra       après la fin des temps. Il est d’ordre éthique ; il s’approche, surgit, fait une percée, opère une avancée chaque fois que quelqu’un agit selon la volonté de Dieu au service du prochain. Il arrive aussi parfois qu’il recule et régresse. Il est un immense chantier où chacun de nous doit, pour sa petite part, travailler ».

 

Pour moi, cette réflexion d’Albert Schweitzer rejoint l’interpellation de Jean : si nous ne changeons pas radicalement pour opérer le bien, le Règne de Dieu, ce règne d’Amour pour tous reculera. Nous savons donc ce qu’il nous reste à faire car ce règne d’amour, je souhaite qu’il prenne vie dans nos cœurs et qu’il émerge en plein jour dans nos vies. Amen.

 

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