Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Un peu d’humilité – 6 octobre 2013 9 décembre 2013

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 13 h 35 min

2 Timothée 1, 6-14; Luc 17, 5-10

Etonnantes ces paroles de Jésus concernant les esclaves. Bien sûr, l’esclavage n’est pas le sujet central, mais en l’entendant, on peut tout de même être surpris. On pourrait penser qu’allant avec le « aime ton prochain comme toi-même », il appellerait ses disciples à considérer leurs serviteurs avec un peu plus d’humanité, voire d’égalité.

Non, pas de traitement de faveur pour cet esclave cité par Jésus : il a travaillé tout le jour dans les champs, il lui faut encore préparer le repas et attendre que son maitre ai mangé pour enfin d’attabler. Le maitre va-t-il le remercier d’avoir fait tout le travail qu’il devait faire : Non ! Pas de remerciement, pas de reconnaissance. L’esclave agit simplement sans attendre les honneurs après une bonne récolte ou encore après le sauvetage d’un agneau.

Après tout, cela fait partie de son travail, cela doit bien être mentionné dans son contrat de travail ou plutôt dans son contrat passé implicitement avec son maitre… Est-ce que vos employeurs vous remercient du travail effectué à la fin de chaque journée ? Et vous, employeurs, remerciez-vous vos employés pour le travail fourni ? Après tout, il y a un contrat de travail, il y a un salaire et cela pourrait s’arrêter là ! Mais Jésus nous dit que cela DOIT s’arrêter là : si l’esclave fait son travail pour atteindre les honneurs, ce n’est même pas la peine qu’il s’attèle à la tache !

 

Vous le savez, le terme grec qui est ici traduit par esclave est le même que celui que l’on traduit par serviteur. Et les serviteurs aujourd’hui, ce sont nous !

Nous qui aimons briller, qui aimons que l’on reconnaisse nos mérites, nos capacités, nous qui aimons être remerciés, même si c’est pour tout de suite balayer ces remerciements d’un « oh, ce n’est rien, je n’ai fait que mon devoir. »

Non, il faut l’avouer, ça fait du bien un merci, un signe de reconnaissance.

 

Pourtant, Jésus nous dit : vous ne deviez même pas en avoir besoin, ni même y tendre. Ces paroles de Jésus, je les trouve dures, pour vous, pour nous, pour moi. Oui, j’avoue que lorsque je me casse la tête à préparer quelque chose, j’apprécie qu’on me remercie ; si je prépare un bon repas, j’aime qu’on me le dise (par contre, lorsque c’est raté, les commentaires peuvent rester de l’ordre de la pensée) ; lorsqu’au volley, je marque un beau point, j’apprécie qu’on reconnaisse mon bon jeu.

Et j’avoue parfois me rendre presque malade en me demandant si j’ai remercié untel ou untel ou si je l’ai assez bien remercié… et si cela n’est pas le cas, j’espère qu’il ne m’en tiendra pas rigueur ! En fait, ces remerciements sont assez vicieux, voire totalement viciés !

 

Finalement être en attente de remerciement est totalement humain. Mais Jésus me dit de remballer mon besoin de reconnaissance et de faire les choses sans rien espérer en retour : « Nous sommes des esclaves inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire ».

Esclaves inutiles, voire même bons à rien selon les traductions. Pas très réjouissant, ni vraiment porteur d’espérance ! D’ailleurs, il n’est pas dit de quelle façon les disciples ont pris ce « compliment ».

 

Que signifie cette inutilité ? Certes Dieu peut se passer de nous. Regardez la graine semée par le paysan, il peut dormir, elle va pousser ! Mais il a décidé de nous faire confiance et, en quelque sorte, de nous prendre comme partenaires. Nous avons une loi, des commandements, ou plus exactement un commandement, celui de l’amour : à nous de semer, à lui de faire germer… alors nous sommes quand même un peu utiles.

Tout comme cet esclave qui sert son maitre, il lui est utile !

Mais parfois il l’encombre ou l’agace. Tout comme lorsque les disciples demandent à Jésus : « Donne-nous plus de foi ! ».

Leur requête est-elle en lien avec le passage précédent sur le pardon : « Si ton frère pèche contre toi sept fois par jour et que sept fois il revienne à toi, en disant : je vais changer radicalement, tu lui pardonneras ».

Peut-être ne se sentent-ils pas capables de pardonner et donc demandent à Jésus une dose supplémentaire de foi pour agir dans ce sens. Car la tâche est d’une ampleur incommensurable, il leur faut une dose renouvelée de confiance en Dieu.

 

En première réponse, Jésus use d’une image bucolique : la graine de moutarde que l’on connait bien dans l’Evangile, dont Magali vous a parlé lors de notre culte de rentrée, dont Claude Baty a parlé lors du culte de Protestants en Fête à Bercy et que l’on retrouve aujourd’hui encore dans les textes du jour. Mais ici, on ne nous parle pas du futur arbre que deviendra la graine, on insiste justement sur sa petite taille : si vous aviez un minimum de foi, aussi petit qu’un grain de moutarde, vous seriez capables de grandes choses comme de déraciner un murier et de le planter dans la mer… Vous me direz, il n’y a pas grand intérêt à déraciner un arbre pour le planter, ou plutôt le noyer dans la mer. Mais voila, c’est un exemple de ce que la foi peut faire, comme ailleurs, déplacer les montagnes.

 

Les disciples ont la foi, ils ont reçu toute la foi nécessaire et possible, ils ont tout reçu mais pourtant manquent de confiance, certainement pas en Dieu, mais en eux-mêmes. Ils se demandent s’ils vont trouver les forces, mais ces forces sont en eux-mêmes et nécessitent un minimum d’effort.

En entendant la question des disciples, une interpellation m’a saisie : peut-on mesurer la foi ? Vous savez comme nous jugeons parfois la foi des autres : untel avait une foi tellement grande, mais untel si petite. Mais même Jésus juge la foi des disciples lorsqu’il les interpelle ainsi : « hommes de peu de foi ». Et nos prières reprennent également cette demande des disciples : augmente en nous la foi ! Alors Dieu s’amuserait à distiller à certains des doses homéopathiques de foi et à d’autres des containers ?

Cela m’interroge. Car dans cette logique Dieu serait responsable du peu de foi des disciples. Mais bien évidemment, la foi n’est pas quantifiable, il n’y a pas d’échelle de Richter de la foi, imaginez un peu : une foi force 5 fait rendre la vue aux aveugles, une foi force 7 déplace les muriers dans la mer, une foi force 9 fait bouger les montagnes !

 

En fait, ce qui est en cause ici, c’est la conscience que nous avons de cette foi : avons-nous pleinement conscience du don que Dieu nous a fait ? Et l’autre question légitime qui va avec est : aujourd’hui que nous avons la foi, que faisons-nous ? Si nous voulons nous glorifier de cette foi qui nous est donnée, nous faisons fausse route : c’est ce que Jésus explique avec sa parabole du serviteur et de l’esclave.

Cette foi ne doit pas nous servir à nous enorgueillir, à récolter des lauriers, des honneurs. Cette foi, au contraire, doit nous pousser à nous mettre au service sans rien attendre en retour. Et pour reprendre les propos des disciples, je demanderai plutôt à Dieu : augmente en nous l’humilité.

 

Je voudrais terminer avec un peu de poésie exégétique en reprenant les propos d’Albert Le Grand qui, au 13ème siècle était frère dominicain, évêque, professeur, théologien, philosophe et maitre de Thomas d’Aquin :

Les versets sur la graine et le murier nous parlent de puissance et d’humilité de toute foi.

La foi est semblable à un grain de moutarde : petit, le grain évoque l’humilité ; fin, il suggère la sagesse ; fort de gout, il signale la percée du cœur ; chaud (on en faisait des cataplasmes), il désigne l’amour qui accompagne la foi. Quant au murier, perçu de façon négative, il fructifie grâce au diable. Ses fruits sont noirs. Les larves qui se nourrissent de ses feuilles produisent la soie qui confirme l’arrogance du monde. Les mouches qui se posent sur ces fruits symbolisent les tentations charnelles. Il faut donc que la foi déracine cet arbuste et le jette dans l’amertume de l’enfer, ou, mieux, de la pénitence.

La botanique médiévale nous ouvre à de belles interprétations ! Amen.

 

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