Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Une nouvelle chance – 15 septembre 2013 9 décembre 2013

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 13 h 31 min

Exode 32, 7-14; Luc 15, 1-32

Honnêtement, qui, à la place du frère ainé n’aurait pas eu la même réaction. Imaginez : depuis des années vous travaillez avec votre père, dans les champs, un métier dur. Depuis toujours vous êtes même à son service puisque le vrai maitre de maison, c’est lui. Vous agissez toujours selon sa volonté et voilà qu’un jour, votre petit frère revient à la maison, lui qui avait abandonné la famille, fui le domaine, voulant vivre sa vie. Des échos vous arrivaient aux oreilles : il vivait la grande vie, enfin, plus exactement, une vie de débauche en dilapidant tout l’héritage. Et le voilà, aujourd’hui, qui revient la bouche en cœur… Le pire : votre père l’accueille comme si de rien était… non, pire encore : il fait une grande fête pour son retour, lui, le frère indigne. Alors que pour vous, rien, jamais une fête. Oui, c’est une injustice.

 

Jésus, par cette parabole ne nous dit pas que cela peut être injuste, mais que la justice de Dieu ne colle pas toujours avec la justice des hommes. Il nous fait comprendre que les choses ne sont pas figées une fois pour toute : il n’y a pas les bons et les mauvais ; il y a des hommes et des femmes qui tentent de cheminer dans ce monde avec ses tentations et ses pièges, il y a des hommes et des femmes qui tentent de vivre au mieux malgré les erreurs et les ratés.

 

Nous faisons partie de ces hommes et de ces femmes. Parfois nous quittons le chemin, nous nous égarons. Mais bien souvent, nos égarements nous les oublions, nous préférons nous focaliser sur les égarements des autres, sur leurs erreurs.

Vous savez comme l’on voit fort bien la paille dans l’œil de notre voisin, de notre frère et comme nous ignorons allègrement la poutre qui nous aveugle.

Cette parabole nous incite à mettre de côté notre égoïsme, notre jalousie, notre soif d’être supérieur, mieux que les autres. Vous savez comme la tare de notre jugement est personnelle, biaisée par notre subjectivité.

Jésus nous invite à faire exploser ce système sclérosant dans lequel nous nous sommes enfermés, celui du jugement. Il nous dit : détachez-vous de cela et réjouissez-vous de ce que l’autre soit aimé. Réjouissez-vous ! Car après tout qu’est-ce que la repentance de l’autre, son bonheur nouveau et à venir va changer pour nous ? Qu’est-ce que ça a changé dans la vie du frère ainé ?

 

Soyons objectifs : cela ne va strictement rien changer pour nous ! Mais cela va tout changer dans notre mode de fonctionnement, de représentation. Car nous sommes assez bornés finalement : il y a les bons et les mauvais et nous ne concevons pas que l’on puisse passer de l’un à l’autre. Et pourtant c’est le cas : les pires pourritures (pardonnez le terme), peuvent avoir un jour le courage de la lucidité, d’un point de vue spirituel, on pourrait dire : peuvent avoir un jour une révélation : ils sont dans l’erreur, ils s’égarent dans des sentiers minés.

Nous avons tous à l’esprit des exemples de personnes qui sont revenues d’un passé trop noir de délinquances, de méchanceté (comme l’apôtre Paul) et nous pouvons constater qu’ils ont changé, mais nous gardons toujours à l’esprit une part de doute. On se dit qu’un tel revirement ne peut que cacher quelque chose de louche et nous attendons que la personne trébuche, fasse un écart pour nous écrier : tu vois, je te l’avais bien dit !

Mais où est notre joie de voir trébucher un de nos frères, une de nos sœurs ?

 

Parfois, j’ai l’impression que nous sommes comme des enfants, nous ne voulons pas partager. En l’occurrence, nous ne voulons pas partager l’amour de Dieu. Que certains se tournent vers Dieu après un passé bancal et nous sommes suspicieux. Pourquoi ? Ne souhaitons-nous pas que eux aussi ressentent la joie, le bonheur d’être aimés de Dieu, considérés par lui. Ne savons-nous pas que l’amour de Dieu pour ses enfants est comme l’amour que des parents portent à leurs enfants : l’amour ne se divise pas en tant ou tant de parts, non l’amour se multiplie. Ce n’est pas parce qu’un de plus fera un pas vers Dieu, un pas de repentance, un pas de révélation, un pas d’espérance que l’amour que Dieu nous porte perdra de la puissance et de la profondeur.

 

Voilà le message qui est adressé au fils ainé et à nous-mêmes : n’ayons pas peur de prendre l’amour de Notre Père qui est aux cieux.

 

Mais il y a un autre message dans cette parabole, il ne concerne pas les fils, mais le père.

Voyez son comportement lorsque son cadet réclame sa part d’héritage : eh bien, il ne dit rien, il respecte le choix de son fils, il partage son bien en deux et laisse son fils partir. Il aurait pu tenter de le retenir de force, par un chantage affectif, mais il savait que son fils avait besoin de cette émancipation précoce. Il aurait pu le mettre à la porte sans rien, en punition de ce comportement intolérable d’un fils envers son père : depuis quand réclame-t-on sa part d’héritage alors que son père est vivant. Ce n’est même pas une possibilité dans le droit de l’époque.

Mais loin de tout ça, le père prend la moitié de ses biens et la donne à son fils.

 

Certainement a-t-il pleuré durant cette absence interminable et c’est pourquoi, voyant la silhouette de son fils apparaitre au loin, il court à sa rencontre et se jette à son cou pour l’embrasser. Cet homme, certainement très digne, propriétaire d’un domaine se comporte d’une façon totalement déplacée : qu’un homme se jette au cou d’un autre pour l’embrasser est tout à fait immoral, impensable, quand bien même il s’agirait d’un père et de son fils. Mais le père se moque du qu’en dira-t-on : son fils était perdu et il a été retrouvé !

 

Vous le savez, ce père, c’est Dieu. Voyez comme il ne s’offusque pas lorsqu’on lui tourne le dos, malgré la peine qu’il éprouve et de quelle façon il se réjouit de nous voir retourner vers lui.

Car le Dieu de Jésus-Christ n’est pas un Dieu jaloux, ni un Dieu colérique. Nous avons en mémoire le Dieu violent de l’ancien testament, mais même Dieu change. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la Bible elle-même : voyez après le déluge : « Le SEIGNEUR sentit une odeur agréable, et le SEIGNEUR se dit : Je ne maudirai plus la terre à cause des humains, parce que le cœur des humains est disposé au mal depuis leur jeunesse ; et je ne frapperai plus tout ce qui est vivant, comme je l’ai fait. » (Gen 8, 21). Ou alors lorsqu’Abraham négocie avec Dieu pour que les habitants de Sodome et Gomorrhe soient épargnés. Malheureusement ces derniers perpétueront l’ultime délit qui causera leur perte.

Ou encore le texte que nous avons lu : « Le SEIGNEUR dit à Moïse : Je vois que ce peuple est un peuple rétif. 10Maintenant, laisse-moi faire : je vais me mettre en colère contre eux, je les exterminerai, et je ferai de toi une grande nation.

11Moïse chercha à apaiser le SEIGNEUR, son Dieu ; il dit : SEIGNEUR, pourquoi te mettre en colère contre ton peuple, alors que tu l’as fait sortir d’Egypte par une grande puissance, par une main forte ? 12Pourquoi les Egyptiens diraient-ils : « C’est pour leur malheur qu’il les a fait sortir : c’est pour les tuer dans les montagnes et pour les exterminer, pour les faire disparaître de la terre ! » Reviens de ta colère ardente, renonce au mal que tu voulais faire à ton peuple !13Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs, auxquels tu as dit, en faisant un serment par toi-même : « Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel, je donnerai à votre descendance tout ce pays dont j’ai parlé, et ce sera son patrimoine pour toujours. » 14Alors le SEIGNEUR renonça au mal qu’il avait parlé de faire à son peuple. ».

 

Tout cela nous prouve que Dieu  n’est pas borné ! Et qu’en envoyant son fils, c’est bien un règne d’amour et non plus de violence ni de condamnation qu’il souhaite établir.

 

Il y a près de 500 ans, Luther découvrait, en relisant les épitres de Paul, que Dieu n’était pas cet ignoble père fouettard qu’on lui avait décrit depuis son enfance : quelle révélation pour lui : Dieu était amour !

Alors, n’oublions pas non plus ce grand amour et essayons de le vivre dans nos relations avec nos frères et sœurs sans les juger, sans les condamner. En leur donnant une nouvelle chance si il faut, en pardonnant… ce cheminement n’est pas toujours facile, mais dites-vous que leur cheminement est tout aussi difficile ! Et que c’est l’amour d’un père qui a permis au fils cadet de refaire surface dans cette vie, d’être à nouveau considéré comme un homme et non comme un animal.

Et rappelons-nous que parfois, nous aussi nous nous égarons… mais que nous savons les bras du Père grands ouverts pour nous accueillir !

Amen.

 

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