Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Choisis la vie – 16 février 2014 11 mars 2014

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 17 h 05 min

Deutéronome 30, 15-20 ; Matthieu 5, 17-37

Il y a deux semaines nous commencions à lire le sermon sur la montagne. Il s’agissait des béatitudes. Dans le passage abordé aujourd’hui, Jésus entre dans les détails et explique le fond de sa pensée.

C’est encore un passage qui a fait parler et qui fait encore parler. Cette phrase qui a tendance à nous déranger, elle est simple : « je ne suis pas venu pour abolir la loi, mais pour l’accomplir ».

Nous qui pensions être débarrassés une bonne fois pour toute de la loi pesante de l’Ancien Testament, Jésus nous dit qu’elle n’est pas abolie. Pire que ça : Jésus est venu pour l’accomplir, pour aller au bout de sa réalisation.

Pourtant, c’est un fait, aujourd’hui, en tant que chrétiens, nous ne respectons pas ces lois, ces commandements vétérotestamentaires, mis à part les 10 commandements qui sont la base de toute vie en communauté : lequel d’entre vous se soucie des sabots de l’animal qu’il est en train de manger ? lequel d’entre vous offre des sacrifices pour le péché, pour la réparation ou encore pour la paix ? Sans parler de toutes les prescriptions sur les maladies ou les impuretés des femmes !

Alors, qu’a voulu dire Jésus ? Et bien, il nous donne quelques exemples : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commet un meurtre sera passible du jugement. 22Mais moi, je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement. Celui qui traitera son frère de raka sera passible du sanhédrin. Celui qui le traitera de fou sera passible de la géhenne de feu. » ou encore « Il a été dit : Que celui qui répudie sa femme lui donne une attestation de rupture. 32Mais moi, je vous dis : Quiconque répudie sa femme — sauf en cas d’inconduite sexuelle — la rend adultère, et celui qui épouse une femme répudiée commet l’adultère. »

On peut dire que Jésus radicalise l’interprétation de la loi. Il va plus loin que ce qui est demandé par la Torah. Pourquoi une telle radicalisation ?

Et bien parce que Jésus connait les mauvais penchants de ses concitoyens ; ils connaissent la loi par cœur, ils la mettent en pratique point par point, mais elle n’a plus aucun sens pour eux. Ils respectent les commandements de la loi parce qu’il faut le faire, parce qu’on a toujours fait comme ça…tiens, voila un refrain entendu dans nos Eglises :  on ne sait plus du tout pourquoi nos ancêtres faisaient comme ça, les bonnes raisons qui les ont poussé à agir ainsi, mais on reproduit par peur de… et bien par peur peut-être de perdre des repères « ancestraux », par peur du changement, par peur de la nouveauté, ou par peur de se lancer dans des réflexions de fond.

Regardez les scribes et les pharisiens que Jésus critiquaient tant, ils respectaient scrupuleusement la loi, mais en avaient perdu le sens.

 

Jésus est venu accomplir la loi, il est venu lui donner (lui redonner) son véritable sens : on vous a dit de ne pas commettre de meurtre, mais il y a un sens à cela, il y a une raison et cette raison vous invite à aller encore plus loin, à être encore plus stricts avec vous-même ! Certes il ne faut pas tuer, mais même si vous vous mettez en colère contre votre frère ou que vous l’insultiez, vous êtes déjà en tort et votre comportement est condamnable. Quiconque convoite une femme commet déjà l’adultère même s’il ne passe pas à l’acte : pensées, paroles et actes doivent être purs de tout péché… « purs de tout péché », ce sont des termes que nous avons de plus en plus de mal à entendre, alors, en d’autres termes : pensées, paroles et actes doivent être tournés vers la justice dans et par l’amour. En fait, Jésus en appelle à la responsabilité de chacun.

 

La loi, telle que présentée dans l’Ancien, cette loi si précise sur tant de sujets était destinée à un peuple en pleine construction, sans repère stable. Dieu lui a donné des repères au travers de ces listes législatives, il lui a donné un cadre pour se construire et s’épanouir, des règles à suivre à la lettre comme base solide. A l’intérieur de ce cadre, le peuple est libre, mais également en capacité de vivre en communauté.

Dieu a agi comme des parents avec leurs enfants : en posant un cadre, des limites, en décidant pour eux ce qui est bon ou mauvais, tout en leur préservant une grande part de liberté : difficile exercice d’équilibriste !

Et puis, les enfants grandissent, s’émancipent, les limites posées par les parents explosent et les enfants deviennent à leur tour responsables : responsables de leurs paroles, de leurs actes ; responsables devant les autres, devant Dieu, devant la justice des hommes qui posent également des limites, un cadre, certes plus large que ceux précédemment posés par les parents, mais dont les dépassements ne pardonnent pas. C’est donc aux parents, aux éducateurs de donner le sens des règles aux enfants, adultes en devenir. Imposer des règles, c’est bien, c’est vital même, mais leur donner un sens, une raison, c’est nécessaire puisqu’elles soient respectées avec intelligence.

 

Dieu a donc donné des commandements à ce peuple en construction et Jésus constate que ce peuple ne sait même plus pourquoi il respecte cette loi, il n’y a plus d’âme dans leurs actions : ils ont la loi, ils en ont perdu l’esprit. Ils ne savent plus pourquoi ils agissent ainsi.

Jésus en appelle à la justice, à la cohérence. Car il n’est pas le plus grand défenseur des commandements. Vous vous souvenez de sa critique farouche du sabbat tel que vécu par les autorités juives : le sabbat vaut plus que la vie d’un homme ! Non, cela n’est pas tolérable : en instaurant le sabbat, Dieu ne voulait pas ça, les hommes en ont perverti le sens dans leur intérêt.

 

Donc, Jésus ne dit pas de revenir aux commandements vétérotestamentaires, je vous rappelle le commandement le plus important pour lui : l’amour de Dieu et l’amour des autres. Pour simplifier, on pourrait dire que Jésus ne nous interdit rien, mais il nous oblige : il nous oblige envers Dieu et envers ceux qui nous entourent. Il nous rend responsables de nos actes, responsables devant Dieu et les autres. Nous ne pouvons plus nous cacher derrière des commandements. Il nous dit que c’est à nous de prendre les rênes de notre vie pour toujours plus dee justice et d’amour et cela demande plus d’effort, plus d’implication personnelle que de simplement obéir à des règles sans trop savoir pourquoi.

 

Aujourd’hui encore, Dieu nous dit : «  j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta descendance ». On pourrait continuer ainsi : « j’avais mis devant toi des commandements bons pour toi et pour tous, mais tu en as oublié le sens, tu as rendu ces commandements juste bons pour toi en oubliant les autres, alors maintenant je mets devant toi le sens de ces commandements à toi de t’en saisir. Mais tu peux encore choisir : entre ces commandements mortifères qui ne veulent plus rien dire pour toi, qui te rendent hypocrites et égoïstes et le sens qui ouvre à la justice et à l’amour ». Dieu nous demande de choisir la vie. A nous de faire la part des choses et de découvrir où se trouve la vie. Pour ma part j’opte pour la seconde option, elle est certes contraignante car elle en appelle à ma responsabilité, à ma réflexion, à mon engagement personnel, mais elle ouvre à une vie pleine de sens.

Alors, choisissons la vie et soyons bénis !

Amen

 

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