Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Des innocents… pourquoi? – 29 décembre 2014 11 mars 2014

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 16 h 57 min

Esaie 63, 7-9 ; Matthieu 2, 13-23

Vous connaissez les paroles de ce cantique qui n’est pourtant pas dans nos recueils de chants : « il est né le divin enfant… depuis plus de 4000 ans, nous le promettaient les prophètes, depuis plus de 4000 ans, nous attendions cet heureux temps ». Oui, il est né et il était attendu, on ne savait pas sous quelle forme il allait venir, ni à quel moment, mais il est né : enfin, Dieu s’est manifesté aux hommes, il s’est incarné en envoyant son Fils, son unique, sauver le monde et les hommes. Enfin, Dieu est avec nous : l’Emmanuel est né sur notre terre.

Joseph et Marie n’ont peut-être pas tout compris aux événements, ils n’ont certainement pas saisi la portée, ni l’importance de l’évènement, mais ils ont obéi docilement.

Tout d’abord, Marie n’a pas bronché quand Gabriel lui a annoncé qu’elle serait enceinte, et pourtant, quel déshonneur pour une jeune fille et pour sa famille que d’avoir commis l’irréparable ! Puis ce fut au tour de Joseph d’être visité par l’ange durant son sommeil. Lui qui voulait répudier sa femme, sans faire trop de vagues, a finalement accepté de la recueillir chez lui et donc d’élever cet enfant qui n’était pas de lui, cet enfant qui ne l’a peut-être jamais appelé père, qui a préféré en appeler un autre Père, Abba !

Quelle confiance, quelle négation de soi que de se montrer insensible face aux attaques des mauvaises langues, que de se soumettre à l’appel d’un ange, pire, aux illusions d’un songe, car c’est bien dans son sommeil que Joseph a eu cette révélation. Alors, pourquoi ne pas se soumettre une nouvelle fois à l’exhortation de l’ange qui s’est révélé à Joseph. Cette fois, il ne s’agit pas d’une bonne nouvelle, non, la raison de cette révélation angélique est plus de l’ordre du psychodrame : Hérode, vexé par l’attitude des mages qui ne lui ont pas révélé le lieu où se trouvait l’enfant, le futur roi des juifs, veut à tout prix le faire périr.

 

A peine s’est-on réjoui de la naissance de ce petit enfant, une naissance pas des plus faciles, sans sage-femme, sans péridurale et pour couronner le tout dans une étable pas des plus hygiéniques, ni stériles, ; à peine les mages ont-ils eu le temps de se présenter à lui chargés de présents des plus somptueux, qu’il faut déjà repartir, fuir le plus vite possible la terre de David, pour se réfugier au pays d’Egypte afin de sauver ce petit enfant, ce nourrisson.

Réjouissons-nous, l’ange a pu alerter Joseph et Marie à temps, ils ont pu prendre la route pour se réfugier en Egypte, à l’abri de la fureur d’Hérode.

 

Etonnante d’ailleurs cette prescription concernant l’Egypte. Ce pays autrefois terre de servitude pour le peuple d’Israël va devenir par la présence même de l’enfant Jésus sur ce territoire le symbole de la délivrance, car c’est par lui, ce territoire autrefois fui, que le Fils de Dieu sera sauvé. L’Egypte change de statut, comme si Dieu, par ce geste, lui pardonnait les années noires que le peuple d’Israël y a passé, comme si il lui offrait un nouveau commencement.

Grace à la foi de Joseph et de Marie, Jésus est sauvé. C’est une chose… mais c’était sans compter sur l’obstination d’Hérode. Pour être sûr d’anéantir le Roi des Juifs qui vient de naitre, il se lance dans une entreprise de grande envergure : l’extermination de tous les enfants de moins de 2 ans de Bethléem et de sa région.

 

C’est un vrai cas de conscience que nous pose cet événement relaté exclusivement par Matthieu. Un cas de conscience, car, comment fêter la naissance d’un enfant, encore plus quand il s’agit de celle du Fils de Dieu, lorsque l’on sait qu’à cause de la venue au monde de ce nouveau-né, certainement des dizaines, des centaines d’enfants ont été massacrés ?

Et nous nous sentons alors totalement incapables de reprendre avec le prophète Esaie : « J’évoquerai ce que le SEIGNEUR a fait dans sa fidélité, ses actes dignes de louange, à cause de tout le bien que le SEIGNEUR nous a fait, de sa grande bonté envers la maison d’Israël, du bien qu’il leur a fait selon sa compassion et sa grande fidélité.

8Il avait dit : Vraiment ils sont mon peuple, ce sont des fils qui ne mentent pas ! Et il a été pour eux un sauveur. »

Quel grand écart entre ces paroles d’Esaie, sa joie, sa louange et ce récit de massacre. Ce texte de l’Ancien semble tellement à contre courant, quelle idée de les proposer tous les deux à la lecture aujourd’hui !

 

On a l’habitude d’intituler cette extermination : le massacre des innocents, car quelle plus grande innocence que celle d’un enfant ! Charles Péguy dans un de ses poèmes évoque le destin mystérieux de ces enfants, les seuls qui soient morts pour Jésus sans même l’avoir connu. C’est surement dans ce « mort pour » que se situe l’explication de cet événement si tragique.

Evènement historique ou pure fiction ? Les avis sont partagés. Un historien du 5ème siècle parle d’un massacre d’enfants perpétré par Hérode, mais en Syrie. Pour certains théologiens protestants, ce récit est tellement proche de celui du massacre des enfants à la naissance de Moise qu’il ne peut être véridique.

Mais si Matthieu a placé là ce récit, c’est qu’il avait certainement une bonne raison, qu’il soit vrai ou faux.

 

Car ce massacre est le signe annonciateur de 2 inévitables pendants à la venue du Christ sur terre. Tout d’abord, il n’est pas le bienvenu dans son temps, ni dans son pays. A peine né on veut le faire périr ; devenu adulte, on voudra le piéger, le faire chuter, le tenter, le tuer … et on y arrivera. Il sera considéré comme un blasphémateur, un hérétique, un démoniaque. Non, la vie de Jésus n’a pas été un long fleuve tranquille.

Et cet acte lâche de la part d’Hérode, lâche puisqu’il s’en prend à des enfants ne fait que préfigurer l’accueil qui sera fait à Jésus tout au long de sa vie.

Enfin, cette tuerie barbare laisse augurer d’un sombre futur. Ces enfants, ces nouveau-nés, morts pour Jésus sans même l’avoir connu, comme le relèvera Charles Péguy, sont le signe annonciateur d’un drame à plus grande échelle, celui des martyrs chrétiens qui mourront par la suite dans bien d’autres pays et d’autres temps. Car si l’existence de Jésus a été malmenée, sa suivance n’a pas été facile. Et aujourd’hui encore, nous nous rendons compte que l’appartenance au Christ est cause de haine dans le pire des cas, de mépris parfois.

 

Mais pourquoi nous présenter un texte si lugubre au temps de la fête de la lumière et de la joie ? Pourquoi ne pas simplement nous réjouir en ce jour et évoquer encore une fois la naissance miraculeuse de l’Emmanuel ? Car enfin quoi : Dieu est avec nous !

Peut-être parce qu’il nous faut rester en éveil, à l’écoute d’une dualité ou plus exactement de plusieurs dualités qui ne pourront jamais s’uniformiser.

La première de ces dualités est sans doute la plus importante : elle nous est rappelée par Paul dans son Epitre aux Galates : dans la nuit de Noel, « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et assujetti à la loi ». Oui, homme et Dieu à la fois, c’est une réalité que nous avons parfois du mal à concevoir.

Nous nous appuyons par trop souvent sur l’aspect divin de Jésus, mais n’oublions pas qu’il était pleinement homme, avec les risques et les dangers que cela comprend… puisque comme homme, il est mort sur la croix !

 

La seconde dualité nous est précisée entre autres dans le récit du massacre des innocents. Nous nous attendions avec la venue du Christ parmi nous à la fin de toutes les guerres, de toutes les haines, de toutes les souffrances, de toutes les catastrophes, mais voila que sa naissance même provoque la haine et la mort.

Oui, le monde est divisé, mais non pas entre les bons et les méchants… ce serait trop facile… mais cette division réside entre bons et mauvais temps, entre bons et mauvais aspects de la vie. Plus précisément, si le monde est divisé c’est parce que nous-mêmes, nous sommes divisés, partagés par des sentiments contradictoires. Hérode le despote, l’assassin, le fier et les petits enfants innocents immolés sur l’autel de l’orgueil humain, il ne faut pas les chercher ailleurs qu’au plus profond de nous, ils représentent les 2 réalités de notre être.

 

Si Matthieu relate cet événement en le mettant en parallèle avec la naissance joyeuse de Jésus-Christ, c’est pour nous mettre en garde : Attention ! Oui, le Fils de Dieu est venu sur terre, Dieu s’est manifesté à nous, pauvres humains. Par son esprit, nous sommes devenus, de génération en génération, enfants adoptifs de Dieu, nous pouvons lui crier à notre tour : Abba, Père.

Nous ne sommes plus asservis mais libres ! Mais c’est justement cette liberté qu’il nous faut apprendre à maitriser pour ne pas nous laisser entrainer sur de mauvais chemins, des pentes glissantes. En ayant conscience de cette dualité qui nous tiraille, nous pourrons plus aisément prévenir nos tentations.

A nous de nous prendre par la main avec l’aide de Dieu, notre Père.

Avertis, nous pouvons à notre tour nous réjouir, à la suite des bergers et des mages (qui ne sont d’ailleurs pas encore arrivés à l’étable !), nous réjouir pour cette entrée persistante de la lumière de Noel dans nos ténèbres, une lumière qui nous met en marche pour continuer et perpétuer la lutte contre les injustices, une lumière qui nous ouvre la voie à des lendemains qui résonnent de la présence de notre Sauveur et Seigneur sur notre terre pour le salut de tous les hommes.

Et que sa venue, cadeau de Dieu à ses enfants, nous permette de nous ouvrir aux autres, d’être des chercheurs en quête de foi, adultes face aux hommes, enfants devant Dieu !

Amen.

 

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Youssef ALLOUCHA |
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