Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Tradition et renouveau – 27 avril 2014 30 avril 2014

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 11 h 29 min

Actes 2, 42-47; Jean 20, 19-31

La lecture du livre des Actes nous entraine aujourd’hui sur l’après Pâques, l’après résurrection (il s’agit même d’un passage qui a lieu après la Pentecôte).

Lorsqu’on lit ce texte 2000 ans après, tout cela nous semble être une évidence : les disciples ont vu le Christ ressuscité, et lui-même les envoie annoncer la bonne nouvelle du Royaume. Il est donc tout à fait logique de retrouver les disciples au Temple, enfin, la synagogue, en train d’enseigner les juifs. Mais en réalité, ce n’est pas aussi évident.

 

Je voudrais vous rappeler plusieurs points :

Tout d’abord, il faut se souvenir que Pierre, fidèle parmi les fidèles, à renier par 3 fois son maitre par peur ou pour ne pas être arrêté.

Ensuite, après la crucifixion, les disciples ont peur, ils sont reclus : certains fuient, comme ces disciples sur la route d’Emmaüs.

Et puis, il y a la résurrection… mais combien sont-ils à être témoins de l’événement ? Selon les Evangiles, les chiffres varient, mais on peut dire qu’en tout et pour tout, on en compte une vingtaine. 20 personnes témoins de la résurrection, c’est tout de même très peu. Certes le nombre a dû augmenter au cours des 40 jours durant lesquels Jésus est resté avec ses disciples. Et après l’ascension, l’évangéliste Luc nous dit qu’ils étaient tous remplis d’une grande joie. Après la peur, la joie.

 

Mais il faut penser que de l’autre côté, il y a les juifs, les autorités juives, qui elles sont sûres d’avoir gagné, sont persuadés qu’elles ont mis à mort un imposteur puisque celui qui se prétendait « fils de Dieu » n’a pas été sauvé par son prétendu Père sur la croix. Oui, les juifs ont la certitude que Dieu n’était pas avec Jésus, mais qu’il était avec eux. La crucifixion de Jésus semble être une victoire écrasante de ses adversaires.

Et c’est dans ce contexte que les disciples vont se mettre à sortir de chez eux, sortir de leur groupe fermé, de ce groupe replié dans sa peur, pour retourner au temple, fréquenter ceux-là même qui ont ordonné à Pilate de crucifier Jésus, de le mettre à mort.

Imaginez un peu le courage qu’il faut… ou plutôt la foi !

Les disciples vont retourner au temple et vont même prendre la parole.

Leur prédication n’est pas facile car elle va consister à aller dire aux autorités, aux dirigeants de Jérusalem, qu’ils se sont trompés, que Christ est ressuscité et que Dieu leur donne tort d’avoir crucifié son Fils. Et les disciples vont s’appuyer sur les Ecritures pour montrer que ce qui est arrivé à Jésus était non seulement annoncé par les prophètes, mais que si l’on est vraiment juif, on ne peut que mettre sa foi en Jésus.

Car il faut bien se dire que, dans les années qui suivent la crucifixion, les disciples sont des juifs qui continuent de respecter le sabbat, qui vont à la synagogue et qui gardent les commandements des Ecritures. Ce sont des juifs pratiquants mais qui croient que les Messie est venu sur terre, à la différence de leurs coreligionnaires qui l’attendent encore.

Les disciples étaient des juifs qui avaient des règles de vie communautaire particulières en partageant la cène ensemble par exemple… mais il existait de nombreuses communautés à l’époque, de nombreuses petites sectes, une de plus, une de moins, cela ne choquait pas.

 

Mais la prédication de ces juifs, que l’on appelle aujourd’hui, avec le recul, les premiers chrétiens, était particulière.

Qu’est-ce que les disciples prêchaient ?  Jésus durant son ministère terrestre enseignait le Royaume de Dieu. Les disciples quant à eux déplacent le message. Ils continuent de parler du Royaume, mais surtout, ils affirment la messianité de Jésus, révélée par la résurrection. Il faut noter que le terme de Messie change de sens dans la bouche des premiers chrétiens. Si dans le judaïsme le Messie est un roi puissant et glorieux qui doit rendre l’indépendance et la suprématie à Israël, pour ces chrétiens, le Messie devient celui qui doit apporter à son peuple le salut que Dieu lui a promis.

Les enseignements des disciples sont centrés sur le personnage de Jésus et se contentent souvent de présenter son rôle et sa fonction soit par rapport au peuple juif, soit par rapport à l’humanité complète.

 

Et il existe une différence fondamentale entre la prédication juive et la prédication chrétienne : l’enseignement juif est fondé sur le rappel d’événements passés : les patriarches, la sortie d’Egypte et la loi donnée au peuple d’Israël. En fait, l’enseignement juif consiste à maintenir, perpétuer, développer mais aussi adapter des traditions centenaires.

La nouvelle prédication chrétienne, quant à elle, part d’un événement récent : effectivement, pour les premiers chrétiens, la résurrection du Christ est proche dans le temps. Et cet événement est appelé à se revivre dès qu’une personne confesse le nom de Jésus-Christ. Et par le baptême, chacun entre en communion avec Jésus. En fait, la prédication chrétienne a la particularité d’être tournée vers l’avenir, dans l’espérance et la confiance. La différence est donc grande entre la prédication juive et l’enseignement chrétien.

 

Mais ce qui était une révolution il y a 2000 ans, n’est-il pas devenu, au cours des siècles, une tradition ? Notre foi est-elle toujours aussi vivante, muée par une espérance forte, tout comme l’était celle de ces premiers chrétiens ? J’ai bien peur que la réponse soit négative. Car nous ne pouvons pas lutter contre le poids de la tradition, quelle qu’elle soit. Et ce poids est lourd.

Bien entendu, dans le protestantisme, la tradition est moins écrasante que dans le catholicisme. Tout simplement parce que la mini révolution de la Réforme n’est pas si ancienne que cela. Mais nous avons tout de même cette dose de tradition qui plombe souvent tout élan, toute motivation !

 

Les premiers chrétiens se sont petit à petit détachés de la tradition juive et ont pu inventer, créer des façons d’agir, ils n’étaient retenus par rien pour aller annoncer aux païens, aux « gentils », le message que Jésus leur avait demandé de transmettre : aucun dogme, aucune obligation ecclésiale : ils étaient libres de vivre leur foi comme bon leur semblait, du moment qu’ils étaient messagers du Christ.

 

Tout a commencé à se compliquer lorsque les choses se sont ordonnées, que des chefs ont été nommés, que le pouvoir et l’autorité ont été accordés à quelques-uns et que l’événement clef de la résurrection a commencé à se faire plus lointain.

La semaine dernière pour Pâques, j’étais à Meribel et je parlais de la folie de la résurrection du Christ. La foi est effectivement quelque chose de fou, d’inexplicable que pourtant on tente de mettre dans des cases : on est réformé, luthérien, pentecôtiste, baptiste… de tendance plutôt libérale ou alors orthodoxe, voire même traditionnaliste, on chante tel chant à tel moment et surtout pas à d’autres, on doit dire cela et surtout pas autre chose. Et parfois on est protestant par tradition, même plus par foi ou conviction.

 

Alors, il nous faut bouger : dépoussiérer, inventer, sans pour autant faire table rase du passé, dans le respect de chacun pour que l’Eglise ne soit pas qu’une institution mais qu’elle soit corps rempli de vie : voici notre mission, relevons le défi ! Amen.

 

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