Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Souffle! – 25 mai 2014 4 juin 2014

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 9 h 11 min

1 Pierre 3, 15-18; Jean 14, 15-21

Il y a quelques semaines, nous traversions le temps de la passion, puis la joie de la résurrection. Cette semaine, ce sera la fête de l’Ascension, cette montée de Jésus auprès de Dieu. Oui, mais après… Après il y a un temps de vide, de manque, comme un temps d’abandon. Bien évidemment, aujourd’hui, nous savons que la Pentecôte va advenir, que l’esprit sera répandu sur les disciples et qu’il est d’ailleurs toujours présent en nous.

Mais pour les disciples, il en va autrement. Après l’ascension, pour eux, il n’y a plus rien, c’est le néant. Une vraie sensation d’abandon.

Dans la succession des évènements qu’ils ont vécus, leurs sentiments sont exacerbés : tristesse, joie, nostalgie, abandon, renoncement.

Vous savez comme les disciples étaient distraits dans l’écoute, lents à la compréhension. Alors, ce message de Jésus évoqué dans l’Evangile de Jean, l’ont-ils reçu, l’ont-ils compris ? Ont-ils saisi l’importance et la portée de ses propos ? Car c’est une grande espérance qui est annoncée dans ces quelques versets. Certes Jésus annonce une nouvelle fois son départ imminent (à savoir sa mort et l’ascension), mais ce départ ne signifiera pas la fin : « Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens à vous. 19Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez, parce que, moi, je vis, et que vous aussi, vous vivrez. ». Le Père va envoyer l’Esprit. Depuis 2000 ans, cet esprit, nous avons théorisé dessus, nous l’avons expérimenté, nous avons aussi tenté de l’enfermer, mais en général, nous faisons de notre mieux pour vivre par lui.

 

Mais pour les disciples, cette référence à l’esprit doit être une grande nouveauté : de quel Esprit Jésus est-il en train de parler ?

Les disciples de Jésus sont juifs et dans la Torah, leur livre saint, l’esprit est présent, il y a d’ailleurs plusieurs vocables qui envisagent divers aspects de l’esprit.

Il y a le rouah, le souffle vital, le souffle originel : le souffle de Dieu qui, dans la Genèse, tournoyait au-dessus des eaux lorsque la terre n’était qu’un tohu bohu, un chaos désordonné.

Il y a la Nechama, ce souffle que Dieu a insufflé dans les narines de l’humain dans le récit de la création pour lui donner la vie, pour lui donner une âme.

Et il y a la nefesh, ce souffle, cette vie qui anime l’homme. Au moment où Dieu souffle la Nechama dans les narines de l’humain, ce dernier est alors animé par la nefesh.

Ces 3 façons de dire le souffle sont les 3 composants nécessaires à la respiration : le Rouah est l’inspiration, la nefesh est la pause, la Nechama est l’expiration.

 

Les disciples ont donc en mémoire la conception du souffle dans la Torah, ou plus exactement 3 conceptions qui sont chacune puissance de vie : puissance de vie pour notre terre, puissance de vie pour l’humain.

Le Paraclet annoncé par Jésus est Esprit de vérité et cet Esprit de vérité n’est autre que l’amour partagé : reçu ou donné, mais toujours vécu. Car c’est bien d’amour que parle Jésus. Un amour qu’il a institué en commandement si tant est que l’on puisse instituer l’amour et décréter l’amour comme commandement : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres ; comme je vous ai aimés, que vous aussi, vous vous aimiez les uns les autres. »

Le Paraclet est un terme étrange à nos oreilles, car il est la simple transcription du grec parakletos. Dans nos Bibles il est parfois traduit par consolateur, intercesseur, avocat, défenseur. Mais tous ces termes ne reflètent pas toute la force de l’esprit. D’où le choix dans la traduction œcuménique, par exemple, de garder ce terme de paraclet. Il est cet esprit qui devient pour nous une force vitale qui nous permet de vivre une relation particulière avec l’autre, une relation qui ouvre au monde, qui ouvre à l’amour du monde.

Mais cette force vitale, viscérale même vient également et originellement du fait que nous sommes d’abord aimés de Dieu, que nous nous savons aimés de Dieu.

Bien sûr, nous avons du mal à expliquer ce que l’esprit suscite en nous, change en nous. Alors parfois, il faut arrêter de chercher des explications, arrêter de rationaliser et juste se laisser percuter, se laisser interpeller en constatant par exemple ce que l’esprit est capable de faire chez les autres.

 

Et avec les disciples, nous avons un lot de cobayes assez conséquent ! Voyez ce groupe très divers mais cependant dans l’ensemble assez peureux, pas encore très stable sur ses fondements. Ce groupe qui au moment de la crucifixion va en partie exploser, les uns fuyant, les autres s’enfermant ; l’un trahissant, l’autre reniant. En fait, le groupe des disciples de Jésus est tout à fait représentatif de notre humanité, plutôt peureux et réclamant des preuves. Et bien voyez ce que l’esprit de vérité a été en capacité de faire avec ces hommes. Cet esprit de vérité, qui n’est autre que cet amour possède la puissance de transformer un groupe peureux en apôtres. Lorsqu’on découvre Pierre reniant Jésus, on a du mal à imaginer que peu de temps après il sera en capacité de tenir, à la pentecôte, un discours capable de transpercer le cœur de 3000 personnes. Oui, le Paraclet ou Esprit de vérité, réalise des miracles.

 

Non, l’esprit n’a pas arrêté de souffler lorsque le canon néo testamentaire a été défini. Le point final de la Bible n’a pas mis fin à l’action du souffle divin  sur nous et pour nous. Nous sommes aujourd’hui encore au bénéfice de cette grâce qui nous aussi nous transforme comme elle a transformé les disciples.

 

Oui, l’esprit nous transforme, mais il ne nous rend pas plus forts au sens qu’il nous permettrait d’écraser les autres, plus faibles. Non, il nous rend puissants. Le terme grec que nous traduisons habituellement par puissance est dunamis. Nous y retrouvons la racine du dynamisme. Le dynamisme est ce qui permet de se mettre en route, d’avoir l’entrain, l’élan nécessaire pour avancer. Voilà donc en quoi l’esprit nous rend puissants, c’est qu’il nous permet d’avancer, de toujours cheminer, mais pas dans n’importe quel sens, de façon anarchique, mais avec comme but ultime l’amour : amour des uns, amour des autres, amour de Dieu.

 

Oui, l’esprit de vérité annoncé dans l’Evangile de Jean nous entraine car il est puissance de vie, puissance d’amour. Il nous empêche de nous croire arrivés et de ne plus faire d’efforts. Il ne nous rend pas forts, il nous rend vivants ! Vivant pour soi, vivant pour les autres, vivant pour l’annonce de la bonne nouvelle.

Aux yeux du monde nous pouvons paraître faibles car justement toujours en route, jamais vraiment arrivés. Le monde quant à lui peut sembler fort car statique, droit dans ses bottes ne se laissant jamais bousculer. Mais rappelez-vous les paroles de Paul dans la 1ère Epitre aux Corinthiens : « La folie de Dieu est plus sage que les humains et la faiblesse de Dieu est plus forte que les humains. »

Alors, mes frères et sœurs, je vous appelle, par l’entremise de Paul, à être faibles car c’est la seule manière pour que l’Esprit puisse vous faire avancer ; je vous appelle à être fous, fous pour le monde, mais tellement sage pour Dieu… D’ailleurs le message de l’Evangile n’est-il pas complétement fou, la résurrection n’est-elle pas pure folie ?

 

Et je terminerai par cette béatitude qui n’est pas biblique, mais qui illustre cette faiblesse et cette folie. Elle n’est pas d’un quelconque évangéliste, mais du dialoguiste Michel Audiard : « Heureux soient les fêlés car ils laissent passer la lumière ». Heureux soyez-vous ! Amen.

 

 

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