Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Accueillir gratuitement – 29 juin 2014 18 janvier 2015

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 21 h 59 min

2 Rois 4, 8-16; Matthieu 10, 37-42

Il faut être honnête : le chapitre 10 de l’Evangile de Matthieu n’est pas des plus réjouissants. Jésus vient de constituer son équipe de disciples, il les envoie en mission, mais surtout, il les met en garde car ils ne seront pas forcément reçus avec beaucoup d’enthousiasme.

C’est effectivement dans ces quelques versets que Jésus aura cette phrase déboussolante : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. 35Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère, 36et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. »

Dans la péricope du jour, Jésus nous parle encore de famille : pour la quitter afin de mieux le suivre.

Vous savez, on a coutume de dire que l’Ancien Testament est violent, rempli de guerres, de meurtres et que le Nouveau Testament est le Royaume de l’amour. Pourtant, les textes du jour nous prouvent le contraire !

Entendez les paroles dures de Jésus envers ceux qui souhaitent prendre sa suite et entendez cette histoire de la riche Shounamite qui accueille Elisée chez elle.

 

Peut-être avez-vous découvert aujourd’hui cette histoire : elle vous fait certainement penser à un autre passage de l’Ancien Testament : Abraham et Sarah, âgés, ne pouvant avoir d’enfant. Sarah et cette shounamite ont à peu près la même réaction : elles sont incrédules. Sarah éclate de rire en entendant la promesse d’un enfant ; la shounamite quant à elle accuse Elisée de mensonge. Je vous laisse le soin de découvrir la suite de cette histoire dans le 2nd livre des Rois, vous verrez si la promesse faite par Elisée a été réalisée… Vous verrez que l’histoire n’est pas simple !

 

Si nous connaissons toute la vie d’Abraham et de Sarah, de cette femme, nous ne connaissons rien, pas même son nom. Nous savons qu’elle habitait la ville de Shounem (au sud de Nazareth), qu’elle était de haut rang donc qu’elle faisait partie des notables de la ville, possédant certainement une fortune conséquente. C’est donc une femme qui ne manque de rien et qui est même en capacité d’accueillir le prophète chez elle dans une chambre qu’elle a spécialement fait aménager à cet effet. C’est une femme de caractère : ce qu’elle veut, elle l’obtient. D’ailleurs, ne dit-on pas : ce que femme veut, Dieu veut !? Et ce que cette femme veut, c’est accueillir au mieux l’homme de Dieu.

Cette femme nous est sympathique… elle l’est aussi aux yeux d’Elisée qui souhaite lui rendre la pareille : que désire-t-elle ? Lui, le prophète de Dieu, peut certainement lui rendre un service ! Mais cette femme nous est de plus en plus sympathique car ce qu’elle a fait pour Elisée, elle l’a fait de manière tout à fait gratuite, elle ne veut rien en échange car, comme elle le dit : elle est bien, simplement au milieu de son peuple.

Et bien voilà, pourrait-on dire : l’argent fait le bonheur !

 

Et pourtant, oui, pourtant, Elisée persiste : cette femme cache quelque chose, quelque chose de très profondément enfoui. Il demande quelques renseignements à Guehazi, son serviteur. Effectivement, cette femme cache une souffrance profonde : elle n’a pas d’enfant. Et à l’époque, quelle honte pour une femme, pour un couple que de ne pas être en capacité de donner la vie.

Voilà ce que cette femme voulait cacher à Elisée. Car les causes de sa stérilité sont limitées : soit elle est impure, soit elle a péché ! Et oui, à l’époque, pas de recherche médicale pour connaitre les raisons de la stérilité… il ne pouvait s’agit que d’une punition divine. Voilà pourquoi elle ne s’est pas étendue sur le sujet : comment l’homme de Dieu aurait accueilli cette réalité ? Aurait-il accepté son invitation à venir dormir chez elle ?

 

Mais l’homme de Dieu se moque bien de tout cela car ce qui compte pour lui, c’est l’accueil que cette femme lui a réservé.

Arrivée à ce stage, cette histoire me fait penser à une chanson : l’auvergnat de Georges Brassens avec cette hôtesse qui ouvre sa huche et offre 4 bouts de pain.

Oui, l’homme de Dieu n’a que faire de la stérilité de son hôtesse car c’est sa bonté qu’il retient. Et face à tant de bonté, il ne peut rester insensible, inactif et il prend une initiative : on peut dire qu’il lui offre un enfant sur un plateau.

Mais de quel droit, oui, de quel droit Elisée se permet de s’immiscer dans la vie personnelle de cette femme, de ce couple. La réaction de la shounamite n’est pas étonnante : « Non, mon seigneur, homme de Dieu ! Ne me mens pas, à moi, ta servante ! ».

Vu d’ici à quelques millénaires de distance, on peut se demander pourquoi une telle réaction : la promesse d’un enfant, elle pourrait s’en réjouir, se jeter aux pieds d’Elisée, le remercier. Ne fait-elle pas confiance à l’homme de Dieu ? Pourtant, elle le connait cet homme, Elisée est presque devenu un proche du couple.

Mais elle ne peut le croire, car elle avait fait le deuil de cet enfant. Elle avait enfoui son désir d’enfant au plus profond de son être : pourquoi Elisée vient-il remuer le couteau dans cette plaie impossible à cicatriser ?

 

Certes, en apparence, cette femme semblait heureuse, mais bien évidemment, l’argent de fait pas le bonheur. Voyez cette femme qui, au lieu de préparer une chambre pour son enfant, prend soin de construire une chambre pour Elisée. Elle compense ce manque, mais malgré sa proximité d’avec Elisée, elle ne demande rien… certains ne se seraient pas gênés et auraient fait des demandes farfelues !

Elle n’a rien demandé et reçoit… Est-ce que Jésus a pensé à cette histoire lorsqu’il a donné ses consignes aux disciples, je ne sais pas, mais l’écho pour nous est fort. Et cette femme shounamite aurait pu être prise en exemple par Jésus : humble de cœur et d’une bonté débordante, pour qui l’accueil n’est pas une obligation, une action calculée pour en retirer du bénéfice, mais tout simplement un acte des plus naturels, des plus humains.

L’accueil… c’est le seul aspect positif des mises en garde de Jésus aux disciples : « Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. 41Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète obtiendra une récompense de prophète, et qui accueille un juste en sa qualité de juste obtiendra une récompense de juste. « Quiconque donnera à boire ne serait-ce qu’une coupe d’eau fraîche à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis, il ne perdra jamais sa récompense. ».

 

L’accueil, un beau concept : accueillir le plus petit, accueillir le disciple du Christ, accueillir le prophète de Dieu… et pourtant, qu’avons-nous fait  de cet accueil ? Nous sommes bien au chaud, confortablement installés dans notre petit intérieur, mais nous sommes emmurés, prisonniers volontaires à cause de la peur… Je ne juge personne, je dois certainement être la plus peureuse de nous tous ici rassemblés ! Que nous est-il arrivé pour en arriver là. Certes, nous sommes de plus en plus nombreux sur terre et les « plus petits » sont eux aussi plus nombreux, si il fallait tous les accueillir, ça ferait du travail… alors, pour ne pas faire de jaloux, on n’accueille personne. C’est vrai, nous vivons dans une société individualiste, même si de plus en plus de personnes se mobilisent, créent des associations pour recréer du lien, du vrai lien humain. Individualistes, nous sommes concentrés sur nous, nos soucis et es charger de la détresse d’autres est bien trop lourd.

Mais je crois vraiment que ce qui nous empêche d’être accueillant, c’est bel et bien la peur : peur de l’autre, peur de l’inconnu. Et c’est compréhensible… on entend tellement de choses actuellement ! Il nous faut nous méfier. Mais malheureusement, on ne fait pas que se méfier, on juge, on critique, on pointe du doigt. Et l’accueil ne se limite pas à l’interpersonnel. Notre société se cristallise et ne veut plus accueillir sur son territoire. Et certains extrémismes jouent sur cette peur, quitte à inventer mensonge sur mensonge pour monter les hommes les uns contre les autres… et ils sont tellement doués et si bien relayés par certains réseaux que nous sommes en capacité de plonger …

Alors, où est notre souci du plus petit, du plus faible ? Que faisons-nous de notre mission de défense de celui qui est en difficulté ?

 

Il y a quelques années, j’ai rencontré un réfugié afghan… quel parcours. Il devait avoir mon âge et avait déjà connu tellement de drame, de souffrance : il était journaliste, militant de la cause des femmes et forcément tout cela ne plaisait pas aux talibans qui l’avait menacé lui et toute sa famille. Il avait fui pour sauver sa famille, pour ne plus qu’elle soit attaquée. Il était arrivé à Nîmes avec d’autres migrants. Mais je sais très bien que dans les rues de Nîmes, ils faisaient « tache »… et oui, encore « des arabes » qui voulaient profiter des générosités françaises.

Si je n’avais pas rencontré cet afghan, Zaman, je serais restée avec une idée vague de la question des migrants sur notre territoire. Cette rencontre a été pour moi d’une richesse inestimable. Et à côté de combien de rencontres passe-t-on par peur ?

 

Accueillir, ce n’est pas seulement ouvrir sa porte, je comprends que cela soit compliqué, mais c’est être à l’écoute, considérer l’autre comme digne d’intérêt…. Et ça, ça n’a pas de prix. !

Jésus nous dit que celui qui accueille l’autre, le rencontre, le considère aura sa récompense… la femme shounamite a eu sa récompense sans même l’avoir demandé. Mais honnêtement, pour ma part, je n’ai pas besoin d’autre chose que cette richesse de la rencontre, du partage, pour moi, elle est là la récompense : celle d’un enrichissement humain.

Alors, je vais essayer d’être moins peureuse… avec l’aide de Dieu, ce doit être possible !

Amen

 

Commenter

 
 

Youssef ALLOUCHA |
Hassan al Banna |
école islamique |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Procuresdbate
| Greencoffee
| sac lancel