Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Comme une envie de vomir – 11 janvier 2015 18 janvier 2015

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 22 h 49 min

Philippiens 2, 1-18

A Noel, j’ai eu un livre : les douze enfants de Paris. Un roman qui se passe durant la nuit de la saint Barthélémy : carnage, tuerie, barbarie, folie… tout ce que l’homme est capable de pire au nom de… on ne sait pas trop quoi.

Mercredi matin, jour de congés, j’étais plongée dans ce roman aux scènes crues, mais certainement très réalistes lorsqu’une alerte apparait sur mon téléphone : prise d’otages à la rédaction de Charlie Hebdo. Je l’avoue, ma 1ère réaction a été plutôt critique : « qu’ont-ils encore publié pour s’attirer des ennuis ? »… Oui, je n’ai jamais été lectrice de ce journal, je suis même plutôt critique à son égard. Et j’ai repris la lecture de mon roman sanglant. Mais peu de temps après, 2nde alerte : au moins 6 morts à Charlie Hebdo ! Là, peu importe les publications, c’était plus que grave. J’ai allumé la télé, les chaines infos et là, le spectre de l’attentat terroriste qui se profile, des islamistes radicaux qui seraient en cause… et le compteur des morts qui ne cessent de monter … et la peur, et la crainte et l’incompréhension… Mon cerveau s’est bloqué, tétanisé par ces infos, comme si il ne se passait plus rien, comme si plus rien ne devait se passer.

Comme un certain 11 septembre 2001 où, devant la télé du Stift, je voyais des tours percutées par des avions… et la difficulté à croire ce qui est en train de se passer et que ce qui est justement en train de se passer va changer le cours de l’histoire.

Et puis des automatismes qui reprennent le dessus : aller chercher les filles à l’école, préparer le repas, les emmener aux activités… comme si de rien n’était… mais dans un état second. Discuter avec un employé de la MJC et lui dire d’un air déconfit : Cabu est mort… Cabu pour moi c’était récré A2, Dorothée, mon enfance… Oui, quelque chose s’est brisé. En rentrant à la maison j’ai rallumé la télé… j’avais mis les filles devant un dessin animé… 12 morts ! Un carnage, des exécutions sommaires, celles de journalistes, celles de policiers, celles d’employés de la maintenance… Des survivants qui se demandent ce qui s’est passé et de quelle façon ils s’en sont tirés… Et puis les réseaux sociaux… Moi qui suis plutôt prolixe en la matière, qui râle facilement, qui m’indigne… rien ! Rien ne sortait, aucun mot. Alors, un slogan qui circule : Je suis Charlie. Non, je n’aime pas ce journal, mais ce slogan va plus loin que le simple attachement à un journal : il souligne notre attachement à la liberté d’expression, la liberté de penser, la liberté de culte également dont nous sommes au bénéfice, à toutes les libertés. Non, je n’aime pas Charlie Hebdo, mais aujourd’hui, demain et plus tard, je suis Charlie !

Mais vous savez, sur les réseaux sociaux, on trouve tout et n’importe quoi : et au cœur de ce traumatisme national, plutôt que de se taire, respecter le deuil, la tristesse, des voix se lèvent pour ne pas faire comme tout le monde, pour tirer leur épingle du jeu, critiquant ce slogan, lançant des polémiques, dressant les uns contre les autres : non pas les islamistes radicaux contre les autres, mais les journalistes contre les policiers. Non, la bêtise n’a pas de religion, n’a pas de nationalité : Des collègues pasteurs qui vont jusqu’à se faire le relais de propos d’extrême droite, des chargés de com du protestantisme prêts à dire que Charly Hebdo l’a bien cherché… heureusement stoppés avant publication !

Et puis des réactions de haine de la part de certains, qui sont-ils, on ne sait pas, ces courageux ne signent pas leurs actes, prenant pour cible des mosquées avec des objets explosifs… non la bêtise n’a pas de frontière !

Heureusement, ils sont nombreux à sortir, à exprimer leur soutien aux blessés, aux familles des défunts, à la république, à la liberté, à la France… ils sont nombreux à ne pas comprendre, à ne pas réaliser, à se rassembler pour sentir la vie autour d’eux…

Comme un certain 21 avril 2002… lorsqu’un Jean-Marie Le Pen, chantre de la haine, de la division, avait atteint le second tour des élections présidentielles. A l’époque j’étais sortie dans la rue, à Strasbourg, avec des amis pour crier mon dégout ! Mercredi soir, je n’ai rejoint aucune manifestation, j’étais toujours tétanisée par les événements… et surtout, je ne voulais pas mêler mes filles à cela, les préserver, ne rien leur dire… et je ne leur ai rien dit, car je n’arrive pas à parler… Heureusement, à l’école ils en ont parlé.

 

Ces derniers temps, je trouve mon expression à travers les dessins des uns et des autres. Un m’a beaucoup fait rire : Dieu qui se prend la tête entre les mains en voyant arriver la clique de Charly Hebdo au ciel et qui dit : oh non, pas eux !!

Rire, continuer à rire, continuer à vivre, non pas comme si de rien n’était, mais en était pleinement conscient que quelque chose a changé et par là, vivre pleinement !

Continuer à vivre en étant vigilant, non pas en ayant peur de tout, mais en étant vigilant aux discours que l’on peut avoir en tant que chrétiens : des discours qui ne doivent pas appeler à la haine, mais à l’amour. Je l’avoue, avec tous ces événements, j’ai ressenti une grande fatigue… une sorte d’impuissance dans mon souci de défendre l’Islam de France… Cet Islam que je défends depuis plus de 15 ans malgré les critiques, malgré les suspicions que certains ont pu avoir sur ma prétendue conversion… Oui, c’est fatigant… Mais des voix se sont levées, les institutions se sont serrées les coudes ce qui m’a permis de me ressaisir. Non, il n’est pas question que ces gens-là, ces fous (car il faut être fou pour agir de la sorte) aient le dernier mot. Ces fous-là ont peut-être animés les fous de l’autre bord, ceux qui attaquent les mosquées, mais ils ont surtout et je l’espère, fait ressurgir la solidarité, l’amour fraternel.

Il faut l’avouer, la situation n’est pas rassurante, surtout lorsqu’on reçoit des courriers de la prefecture pour savoir de quelle façon on protège nos lieux de culte et nos représentants religieux… oui, la peur, la paranoia ne sont pas loin et je peux moi aussi tomber dedans comme ce 24 décembre dernier. J’étais au temple de Chambéry en train de faire des photocopies, le téléphone sonne : un monsieur avec « l’accent de la cité » comme on dit, qui veut savoir si il y a une veillée… je n’osais pas lui répondre : qui était-il, quelles étaient ses intentions ?? Je lui ai finalement donné toutes les infos… Mais après ce coup de fil j’étais mal, car soit j’avais donné toutes les infos à un potentiel terroriste… soit j’avais pris un pauvre monsieur en quête spirituelle pour un terroriste !! Oui, le malaise n’est jamais loin !

Mais voila, ils ont voulu faire taire la France, la mettre à genoux… ils l’ont au contraire fait se lever, ils l’ont fait parler. Alors, il ne faut pas nous taire : non, la haine ne peut avoir le dernier mot. Non, nous ne pouvons pas laisser les extrémistes de tout bord monopoliser l’attention, la parole. A nous de parler, à nous de crier, à nous de nous lever, à nous d’œuvrer, à nous de témoigner de l’amour de Dieu.

Que se multiplient les messages de soutien, de paix et que nous foulions aux pieds tout ce que la haine peut produire ! Ne nous laissons pas berner, ne nous laissons pas aveugler !

 

Commenter

 
 

Youssef ALLOUCHA |
Hassan al Banna |
école islamique |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Procuresdbate
| Greencoffee
| sac lancel