Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Je suis Jésus – 18 janvier 2015 18 janvier 2015

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 22 h 52 min

Marc 3, 1-6

Je vous dois donc des explications suite à l’intervention bruyante des enfants au début de ce culte. Bien évidemment, nous avions prévu cela, avec les monitrices… nous avions prévu cela en décembre. Vous le savez, les enfants découvrent cette année celles et ceux qui ont rencontré Jésus : les bergers, les mages, sa famille, la femme étrangère mais également ses ennemis… Et aujourd’hui, hasard de l’actualité, était prévue la confrontation de Jésus avec ceux qui ne l’aiment pas, ceux qui veulent le faire taire, ceux qui veulent le tuer : les ennemis de Jésus.

Les enfants ont donc mis en pratique une certaine méthode pour qu’un message ne soit pas entendu et sont en train d’en discuter. Oui, de tout cela, de tous ce qui vient d’arriver, il faut en discuter, grands et petits.

Je vous invite donc à revenir sur ce court texte biblique de Marc qui accompagne aujourd’hui adultes et enfants.

C’est jour de sabbat, les juifs sont réunis à la synagogue pour prier, pour entendre l’enseignement de la loi. Jésus est présent. Cette fois-ci, il ne prend pas la parole dans la synagogue pour enseigner. Non, il s’intéresse à un homme qui est là, avec la main paralysée. Les pharisiens sont là, eux aussi, prêts à prendre Jésus la main dans le sac, en flagrant délit d’irrespect du sabbat. Jésus sait qu’il est épié, surveillé, qu’il n’est pas apprécié. Et pourtant, il ne va pas faire profil bas, il ne va pas aller s’asseoir sagement dans la synagogue pour écouter l’enseignement du jour. Non, il va prendre les devants, il va prendre la parole : « Qu’est-ce qui est permis, un jour de sabbat ? Est-ce de faire du bien ou de faire du mal, de sauver ou de tuer ? ».

Mais Jésus biaise quelque peu le problème car il n’est évidemment pas question de tuer quelqu’un un jour de sabbat puisqu’il est interdit de réaliser tout acte ce jour-là : ni bien, ni mal.

 

Mais aucun pharisien ne prend la parole pour lui répondre ou même lancer le débat : « Mais tu sais très bien que la question n’est pas là, Jésus ! Tu sais très bien que tout acte est interdit le jour du sabbat et loin de nous l’idée de tuer quelqu’un ce jour-là. ». Ils auraient pu également le mettre en garde : « Cet homme a la main paralysée depuis des années… Il n’est aucunement question de vie ou de mort. Si tu es capable de le guérir, cette guérison peut très probablement, voire surement attendre demain, lorsque le sabbat sera fini ».

 

Mais non, pas un mot, pas une mise en garde : les pharisiens se taisent attendant certainement de voir la suite des événements… persuadés de ce qui va se passer et qui pourra les conforter dans leur avis au sujet de Jésus.

Et tout cela attise la colère de Jésus. Il promène « ses regards sur eux avec colère, navré de les voir si obtus ».

Alors, Jésus va faire ce qu’il avait très certainement l’intention de faire depuis le début : il va guérir l’homme à la main paralysée au cœur même de la synagogue.

Pour les pharisiens, c’en est trop car Jésus vient de piétiner une des règles les plus sacrées du judaïsme, le respect du sabbat, ce qui selon eux, mérite la mort.

 

Allez, je vais vous bousculer un peu : Jésus ne pouvait-il pas attendre un peu avant de guérir cet homme ? Il savait que ça allait choquer ! Et donc, par pure provocation, il décide d’enfreindre le sacro-saint sabbat, au sein même d’une synagogue… Et maintenant, les pharisiens cherchent à le tuer… faut pas s’étonner non plus… il l’a bien cherché, non ?!

 

Bien évidemment, tout cela résonne de façon particulière aujourd’hui et de tels propos, nous en avons entendus : une bande de provocateurs qui cherche les ennuis et qui finalement les trouve… c’est pas étonnant !

Un collègue cette semaine faisait un parallèle entre ce genre de remarques et celles que l’on peut entendre lorsqu’une femme se fait violer : « ah, pas étonnant, en s’habillant comme ça, elle cherche les problèmes ! ». Mais vous le savez, le problème ne vient pas de l’agressé, mais bien de l’agresseur.

 

Si un bonhomme a des problèmes avec sa sexualité, ce n’est certainement pas la faute de l’étudiante qu’il va malheureusement croiser un soir dans le métro ou dans la rue, aussi court-vêtue soit-elle !

Si des types sont assez faibles pour se faire endoctriner et retourner la tête au point de ne plus avoir une once d’humanité en eux, ce n’est certainement pas la faute d’une bande de dessinateurs, aussi satiriques soient-ils !

Si des légalistes juifs ne sont pas au clair avec leur conception de la loi, ni celle du respect de la vie, ce n’est certainement pas la faute d’un Jésus, aussi provocateur soit-il !

 

Car finalement, Jésus ne faisait que pointer la déviance d’une certaine partie du judaïsme : le sabbat est certes un jour sacré, instauré pour Dieu, mais il n’a pas été édicté contre l’homme.

 

Car le sabbat en lui-même est une bonne chose, d’ailleurs, ce n’est pas pour rien que nous en sommes encore au bénéfice aujourd’hui, mais même une bonne loi, si elle est poussée à l’absurde, devient insupportable, invivable, voire inhumaine.

Jésus a juste fait preuve de critique face à sa propre religion. Car je vous le rappelle, il était juif et donc bien placé pour être critique par rapport à ses propres lois, à ses propres pratiques. Mais cela n’est pas passé : trop d’intérêts étaient en jeu, l’élite avait trop à perdre dans une réforme en profondeur du judaïsme… alors, autant faire taire ce gêneur. Et il n’y a, a priori, pas plus radical pour faire taire quelqu’un que de le tuer !

Mais tuer un homme, ce n’est pas tuer ses idées, au contraire, c’est certainement propager encore plus ces mêmes idées. Et de même, comme le disait Sébastien Castillon, théologien protestante issu de l’ancien royaume de Savoie au 16ème siècle : « tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme ».

 

Et malheureusement pour les pharisiens, les sadducéens et autres hérodiens, Jésus n’était pas le bon homme à tuer ! La suite de l’histoire nous est relatée dans les Evangiles : l’homme n’est pas mort et ses idées se sont propagées !

Et il en est de même aujourd’hui :

Tuer des dessinateurs, ce n’est pas mettre un terme à leur journal, c’est au contraire susciter des vocations : combien sont-ils à s’être découvert un talent de dessinateur suite aux événements… non la caricature n’est pas morte, elle a même retrouvé un nouveau souffle, n’en déplaise aux esprits grognons pour qui l’auto critique est un concept inconnu.

Tuer des policiers, ce n’est pas faire vaciller la République, c’est au contraire susciter un élan de sympathie du peuple envers ses forces de l’ordre.

Tuer des juifs, ce n’est pas anéantir le judaïsme, c’est au contraire attirer les lumières sur cette communauté et lui donner la parole.

 

Finalement, ces 3 assassins, fanatiques, djihadistes, appelez-les comme bon vous semble, se sont ratés sur toute la ligne… Malheureusement dans leur bêtise, ils ont enlevé la vie à trop d’innocents.

 

Le protestantisme a tout désacralisé… C’est vrai, qu’y-a-t-il de sacré chez nous ? La Bible ? Nos méthodes d’exégèse historico-critique nous poussent à disséquer les textes, à les triturer : est-ce qu’on dissèque et triture quelque chose de sacré ?

Dieu ? Nos propos sont parfois durs envers lui. Nous sommes même en mesure de le sermonner vertement dans nos prières. Sermonne-t-on un être sacré ?

Nous avons tout de même coutume de dire que dans le protestantisme seul Dieu est sacré, nous lui devons un certain respect. Et, au-delà de Dieu, c’est toute son œuvre qui pourrait être sacrée et en particulier la vie humaine puisqu’il nous a fait à son image et que nous pensons que Dieu habite en nous par son esprit.

Alors, si du sacré a été attaché dans toute cette histoire, c’est bien celui des vies assassinées.

 

Je voudrais terminer par un anachronisme : imaginez, au soir de la crucifixion, les disciples de Jésus et les défenseurs de la liberté d’expression (même si le concept n’était pas particulièrement en vogue à l’époque), afficher des pancartes ou des photos de profil sur les réseaux sociaux : « Je suis Jésus »…et cette légende : « mort pour des idées, défenseur de la liberté, proclamateur de la libération de l’homme ». Et bien, moi aussi, j’ai envie de partager : « Je suis Jésus ».

Et que la paix règne sur la terre et dans les esprits. Amen

 

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