Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Le grand pardon – 14 septembre 2014 18 janvier 2015

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 22 h 19 min

Genèse 50, 15-21; Matthieu 18, 21-35

Vous avez bien entendu que le sujet des textes bibliques proposés à notre lecture aujourd’hui est le pardon : Joseph qui pardonne totalement, entièrement à ses frères allant jusqu’à pourvoir à tous leurs besoins. Et ce roi qui est en capacité d’être miséricordieux envers son esclave… esclave qui paradoxalement, bien qu’ayant vécu la miséricorde est dans l’incapacité d’être à son tour miséricordieux.

Voici un sujet qui interpelle, qui m’interpelle car jusqu’à présent, je n’ai été confrontée qu’à des pardons mineurs… pourtant parfois si difficile à accorder… mais qu’en serait-il si je devais faire face à des situations critiques comme tant de personnes doivent y faire face : un attentat, un assassinat, une erreur médicale… Pour être honnête, quand j’entends toutes ces histoires aux informations, c’est malheureusement la vengeance qui me vient en tête en premier et je reste sans voix devant des parents qui pardonnent à l’assassin de leur enfant. Pour moi, dans ces cas-là, mon premier réflexe serait la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent, une vie contre une vie… tout en sachant pertinemment que cette façon de penser est à 10000 lieues du message évangélique, du pardon chrétien.

 

Cette semaine, Leïa, ma grande fille, est rentrée malgré elle dans le sujet de cette prédication. Elle souhaitait que je lui fasse écouter une chanson qu’elle avait entendue à la radio. Peut-être la connaissez-vous, cette chanson est intitulée : « un jour au mauvais endroit » du chanteur Calogero. Je ne sais pas pourquoi Leïa avait cette chanson en tête car elle relate un fait divers qui s’est passé il y a maintenant 2 ans dans la banlieue de Grenoble. Le chanteur, issu lui-même d’Echirolles rend hommage à 2 jeunes : Kevin et Sofiane, qui ont été agressés sauvagement et poignardés à mort par une quinzaine de jeunes. Pourquoi ? Pas grand-chose : Kevin quelques heures auparavant avait pris la défense de son petit frère et avait exigé des excuses d’un autre jeune. Des excuses : quelle humiliation ! Et voila qu’une expédition punitive s’abat sur Kevin et son ami Sofian.

 

Et là, comment ne pas penser à la douleur des parents. Vous avez peut-être lu le témoignage de la maman de Kevin dans Réforme ou dans la Croix car cette maman, Aurélie Monkam Noubissi est chrétienne, protestante, réformée même. Elle raconte son histoire dans un livre : « le ventre arraché » car dit-elle, lorsqu’elle a appris que son fils avait été assassiné, elle a ressenti une terrible douleur, comme si on lui arraché le ventre à vif !

Bien sûr, elle dénonce la violence barbare dont a été victime son fils, mais dans son livre, elle écrit : « Je ne vois, de part et d’autre, que des victimes. Je ne ressens que de la douleur, et aucune haine. Je veux éviter les trois R qui pourrissent la vie des êtres humains : la rancune, la rancœur, le remords. Je préfère concentrer mes pensées sur les trois P qui délivrent : la paix, le pardon, la prière. »

 

C’est un témoignage émouvant et on se dit : quelle force faut-il pour en arriver là !

 

Mais qu’est-ce vraiment que le pardon ? Excuser ? Oublier ? Passer à autre chose ? Si on prend la définition du petit Robert, pardonner c’est « tenir une offense pour non avenue et renoncer à en tirer vengeance ».

Mais qu’il est difficile de pardonner, comme si, en pardonnant, on s’abaissait, on donnait raison à l’offenseur.

Et pourtant, en ne pardonnant pas, c’est à nous que nous faisons du tort. Non, pardonner, ce n’est pas un signe de faiblesse, mais bien une force spirituelle. Mais cette force n’arrive pas comme ça.

Le pardon, c’est comme l’amour : on ne peut aimer que parce qu’on est aimé en premier par Dieu et bien on ne peut pardonner que parce qu’on est pardonné en premier par Dieu. Et ce pardon, il est gratuit, nous n’avons pas besoin de la quémander, de le mériter, nous n’avons qu’à le recevoir et à en vivre : Paul nous dit que Jésus est mort pour nos péchés. Non pas pour nous excuser de tout, pour que nous puissions pécher à l’infini sans nous soucier de rien. Conscients de ce « mort pour nos péchés », nous devons essayer de vivre au mieux. Mais surtout, nous sommes appelés nous-mêmes à pardonner, non pas une fois, mais jusqu’à 77 fois ! Et le refus de pardonner nous emmène loin de Dieu et vous savez ce qui est synonyme de rupture avec Dieu ? C’est le péché !

 

Ah, le péché, c’est un bien grand mot, un mot qui fait peur mais qui veut tout simplement dire qu’en agissant de telle ou telle sorte qu’on s’éloigne de Dieu. Non pas que Dieu s’éloigne et nous laisse croupir dans un coin, mais bien que nous, nous nous éloignons.

Pourtant, le seul désir de Dieu est que nous vivions libérés et cette liberté elle nous est par le pardon : le pardon que nous pouvons recevoir de nos frères et sœurs, mais aussi celui que nous accordons.

 

Je ne sais pas si vous avez déjà vécu une expérience de pardon… pour ma part, j’ai ma petite histoire. Rien de grave, mais une rancune accumulée à cause d’une blessure… le pire, c’est que la personne ne savait même pas qu’elle m’avait offensée : elle n’était donc même pas en capacité de me demander pardon. Et pourtant, j’ai gardé ça au cœur, lui en voulant, ressassant une espèce de haine mortifère qui ne faisait qu’augmenter avec le temps … une sorte de spirale infernale.

Et puis un jour, je me suis dit que finalement tout cela n’avait que peu d’importance : oui, j’avais été blessée, mais c’était du passé. Il fallait aller de l’avant. Alors, j’ai pardonné l’offense, qui me semble aujourd’hui être une broutille.

J’ai pardonné toute seule, dans ma tête puisque l’autre ne savait pas qu’il était en cause. Et bien j’ai senti comme des chaines se briser en moi, une sensation de légèreté et en fin de compte, de liberté !

 

Mais je sais que certains, pour une phrase mal interprétée, un coup de fil oublié sont en capacité de se détruire afin de ne pas accorder leur pardon, par fierté peut-être, par peur de se sentir faible. Et pourtant quel tort se font-ils à eux-mêmes !

Voila ce que disait Colette à propos du pardon : « il s’agit de libérer son cœur de la haine, ce poison. La vie tourne à l’esclavage si on n’aime pas les autres, si on n’a pas d’humanité. Le pardon, c’est à la fois l’apaisement, la liberté et davantage de disponibilité pour s’ouvrir au monde ».

 

Jésus est très dur lorsqu’il nous dit que si nous ne sommes pas en capacité de pardonner, Dieu ne nous pardonnera pas. Mais je crois que c’est un électro choc pour nous, non pas pour pardonner à la légère, mais pour se délivrer d’un poids que l’on endosse et qui ne fait nous enfoncer toujours un peu plus dans la haine et dans tout ce qui s’oppose à l’amour du prochain. C’est pour nous sortir d’une prison que nous nous construisons tout seul que Jésus est violent dans ses propos !

 

Au tout début, je vous disais qu’à la place de parents ayant perdu un enfant, je crierai vengeance… Finalement je ne sais pas de quelle façon je me comporterais car le pardon n’a rien de raisonnable, on ne le prémédite pas. Dans un ouvrage sur le pardon, je lisais : « la spirale de la haine, par le pardon, est brutalement, illogiquement, déraisonnablement rompue ». Oui, le pardon n’est pas raisonnable… d’ailleurs, l’amour des ennemis n’est pas raisonnable non plus, la résurrection n’est pas raisonnable… Et pourtant nous en vivons !

Alors, je vous invite à vivre dans vos vies ces paroles de la maman de Kevin : non pas la rancune, la rancœur, le remords, mais bien la paix, le pardon et la prière.

Amen.

 

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Youssef ALLOUCHA |
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