Pastourelle

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Nos thèses pour l’Evangile – 12 octobre 2014 18 janvier 2015

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 22 h 29 min

Actes 8, 26-40

Aujourd’hui, c’est la fête… vous devez vous dire, le 12 octobre 2014, ça ne me dit rien comme fête… d’ailleurs on ne fête pas les saints chez nous alors, c’est quoi cette fête ??!! Et bien, il faut avouer que c’est un peu arbitraire : le niveau national, nous a fait passer le message suivant : « le 11 octobre 2014, sera un jour de fête pour votre Eglise locale, pour votre communauté assemblée : vous célèbrerez l’entrée dans la dynamique 2017. 2017, les 500 ans de la Réforme. Ce sera pour vous un jour de jour, un jour de liesse, un jour de souvenir, un jour qui célèbrera nos thèses pour l’Evangile ! » Pour être honnête, ça n’a pas vraiment pris l’allure de commandement divin. Et comme ce n’était justement pas un commandement divin, nous avons décidé en tant que bons protestants français de nous rebeller un peu et de décaler d’un jour cette fête !

 

Vous me direz : 2017, ce n’est pas demain… et justement, nous pouvons profiter de ce temps qui nous est offert pour réfléchir à nos thèses aujourd’hui. En 1517, Luther affichait ses 95 thèses qui exposaient sa conception des choses et en particulier son désaccord avec les pratiques de l’Eglise catholique de l’époque comme le recours à la vente d’indulgences pour soi-disant favoriser la montée au paradis de sa propre âme, ou de celle d’un proche coincée au purgatoire… mais tout cet argent servait surtout à financer la construction de la basilique St Pierre de Rome.

On peut dire que ces indulgences ont été un détonateur pour réfléchir à bien d’autres réformes et finalement pour arriver à l’excommunication de Luther et à la naissance d’une nouvelle branche dans le christianisme : le protestantisme.

 

Alors, 500 ans après, qu’est devenu le protestantisme ? Serait-il en capacité d’afficher ses thèses aujourd’hui ? Le protestantisme est tellement divers que ce serait compliqué de se mettre d’accord sur les thèses à afficher ! Cependant, il ne nous est pas interdit de nous poser des questions, de réfléchir sur notre théologie, de revenir sur nos traditions. D’ailleurs, n’est-ce pas le leitmotiv de notre Eglise, même si elle a changé de nom : « Eglise Réformée, réformer-toi ! ». En d’autres termes : que la tradition ne t’enferme pas, sens-toi libre d’évoluer, d’interroger tes pratiques…

Alors, se réformer : d’accord !, mais il y a quelques fondamentaux à respecter, des fondamentaux qui nous viennent tout droit des réformateurs, en latin dans le texte : sola gratia : la grâce seule, seul l’amour de Dieu pour nous nous sauve… en d’autres termes : pas besoin d’indulgences pour monnayer notre salut !; sola fide : seule la foi compte, cette rencontre personnelle avec Dieu ; sola scriptura : l’Ecriture seule : la Bible est la seule autorité théologique, le seul guide ; solus Christus : Jésus-Christ est le seul intermédiaire entre les humains et Dieu ; soli deo gloria : A dieu seul la gloire, comme nous le chantons souvent. On peut rajouter à tout cela le sacerdoce universel qui interdit toute hiérarchie au sein de nos Eglises : tous nous avons la même importance. Luther disait que chaque baptisé est prophète, prêtre et roi. Ensuite, il y a des différences de charismes – si je suis là devant vous à prêcher c’est que j’ai fait des études pour cela… et la robe n’est pas un habit liturgique, mais plus exactement la robe du maitre en théologie.

 

De tous ces fondamentaux, j’en choisirai un aujourd’hui : sola scriptura, l’Ecriture seule. Et ce grâce à une des pages du semainier que vous avez bien évidemment tous suivis avec attention et qui s’arrêtait le 11 octobre… et oui, tout était prévu !

Cette fiche du semainier était intitulée : « Lire la Bible pourquoi et pour quoi faire ? » et était proposé ce passage des actes que vous avez entendu : cette histoire un peu folle de Philippe allant à la rencontre d’un eunuque éthiopien. C’est vrai que cette scène est quelque peu surréaliste !

Voici un haut fonctionnaire éthiopien au service de la reine de Candace qui revient de Jérusalem en char après louer Dieu. Et cet homme assis sur son char est en train de lire les Ecritures… et il en a du temps pour lire. Cet eunuque comme je l’ai dit est fonctionnaire de la reine de Candace qui régnait sur le royaume de Koush, un territoire qui s’étend du sud de l’Egypte au nord du Soudan actuel : plus de 1800 km à parcourir ! 1800 à l’aller, 1800 au retour, assis sur un char. Après un savant calcul, on peut imaginer que pour ce périple à Jérusalem, l’eunuque éthiopien aura passé 40 jours sur son char avec, apparemment, comme seule occupation la lecture des Ecritures et en l’occurrence ici le prophète Esaie… et oui, à l’époque, pas de tablettes pour jouer, regarder les infos, pas de téléphone pour informer les copains des dernières tendances à la mode à Jérusalem. Non, juste les Ecritures. Il les lit, les relit, les connait peut-être par cœur, mais finalement n’y comprend pas grand-chose ! C’est ce qu’il avouera à Philippe lorsque celui-ci se présentera devant son char.

Philippe qui est précisément envoyé pour enseigner cet étranger, pour lui donner quelques clefs de lecture, de compréhension pour s’en sortir avec ce que nous appelons aujourd’hui : le patois de Canaan, tout ce jargon propre à la Bible.

Tenez, pour vous faire comprendre ce que l’éthiopien doit ressentir devant ces textes, je vous propose une petite expérience. Hier, j’ai demandé aux jeunes du caté de vous adresser un message… alors, il y a plusieurs messages, les voici :

SLT, CV ? Moi CV ! ON VI1 2 gouT O KT, Ms TKT, la proch’n fois, on goute av vs ! A tte. Bye

CC TLM, suis O KT. A dem1

Ca schtroupfe vieux frère… Ah zut ! Hallo mein Name ist personne inconnue !

Slt Koi 2 9 ? Je suis o gouT du KT.

Vs 1KT ps on a bin gouT, SLT a BTOT J

CC Co va? T Ki?… Bon… TKK? Moi G gout, mnt mnt chui plein la proch’n fois vs viendrE av ns (LOL) – BIZ – MdR

Voila, je suis sais pas quel est votre degré de compréhension de ce langage, mais vous pouvez imaginer le désarroi de l’éthiopien qui se retrouve devant des phrases alambiquées qui ne veulent pas dire grand-chose pour lui !

Alors, nous n’avons aucune idée du temps que Philippe a passé aux côtés de l’eunuque, mais certainement l’a-t-il longuement catéchisé, parlé de Jésus, de son enseignement, de ses miracles et l’éthiopien s’est laissé convaincre puisqu’il finit par demander le baptême.

 

Alors, qu’est-ce que tout cela nous dit pour aujourd’hui… Et bien que pour comprendre la Bible, il faut être initié ! D’ailleurs, donner à lire une Bible, sans avertissement,  à quelqu’un qui n’y connait rien, peut plutôt s’avérer néfaste : crimes, meurtres, viols, adultères, incestes, règlements et commandements en pagaille : ça n’incite pas forcement à poursuivre. Bien sûr, vous aurez tout de même des témoignages de personne qui ont eu une révélation en tombant sur un passage, un verset qui a donné un nouveau sens à leur vie.

 

Vous le savez peut-être, cette semaine, le temple de Chambéry a été cambriolé. J’ai regretté qu’ils n’aient pas volé une Bible dans mon bureau. Avec un peu de chance, ou de coup de pouce de Dieu, ils auraient pu tomber sur un passage qui aurait pu leur faire réfléchir à leur vie. Cette vie qui a basculé dans la délinquance beaucoup trop tôt puisque les auteurs des faits sont âgés de 16 et 19 ans.

 

Mais bon… revenons à la lecture de la Bible : il y a donc les néophytes, pas initiés qui voudraient bien, mais n’ont pas les billes pour comprendre les Ecritures et il y a ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits qui ont fait leur catéchisme, leur confirmation… mais quelle est leur lecture de la Bible aujourd’hui ? Je ne vais pas faire un sondage : chacun fait ce qu’il veut et surtout ce qu’il peut !!

Mais malheureusement, les protestants ont pris la mauvaise habitude de penser que la Bible est gravée dans leurs gènes et qu’il n’est pas forcément nécessaire de la lire régulièrement… puisqu’on la connait !

Et pourtant, c’est une nécessité : le sola scriptura de la Réforme est toujours d’actualité. Cette Bible, il faut la lire, la retourner dans tous les sens pour la comprendre, en discuter, en débattre quitte à ne pas être d’accord… mais c’est aussi dans nos désaccords que la Bible nous fait vivre et nous éclaire. On pourrait mettre un bandeau d’avertissement sur les Bibles vendues en librairie, à la manière des paquets de cigarettes : « Attention, lire la Bible fait vivre ! »… ça peut en effrayer quelques-uns !

 

Il y a un second enseignement dans ce passage des actes. Voyez comme l’éthiopien a bien compris la leçon : Philippe a dû lui dire : « si tu veux te mettre au service et à la suite de Jésus, tu peux te faire baptiser ». Et l’éthiopien ne demande pas son reste : il voit de l’eau et saisi l’occasion : il veut se faire baptiser ! Et Philippe accepte.

Philippe aurait pu lui dire : alors, avant de te faire baptiser, il faut que tu rencontres une communauté de nouveaux convertis, ils se réunissent les uns chez les autres, je vais te donner une adresse, on verra ensuite si tu peux recevoir le baptême, si tu réunis toutes les conditions, si ta demande est sincère… Un peu comme nous aujourd’hui, dans nos Eglises, lorsqu’une famille vient pour le baptême d’un petit enfant, on prend le temps de la rencontrer, de discuter, de saisir leur motivation, leur souhait d’engagement… même si dans l’absolu, nous ne pouvons refuser un baptême ! Mais nous prenons le temps : ce qui peut en désabuser plus d’un !

 

Mais là ce néophyte prend Philippe de court : « qu’est-ce qui m’empêche de recevoir le baptême ? ». Philippe a-t-il hésité avant de rentrer dans l’eau avec l’éthiopien ou s’est-il tout simplement laissé emporter par le désir profond de cet étranger mêlé à la naïveté du néophyte ?

Dans nos communautés, il y a donc les anciens qui peuvent enseigner aux nouveaux pour qu’ils comprennent mieux la Bible, la théologie, mais il y a également les nouveaux qui nous bousculent, qui posent les questions que nous avons arrêté de nous poser il y a trop longtemps, qui interrogent nos pratiques, qui nous interpellent, nous qui avons la tête dans le guidon et nous disons : on a toujours fait comme ça !! qui parfois ne réfléchissons plus à nos « rituels ». Oui, il faut du sang neuf pour parfois poser les questions qui font mal, mais qui font avancer.

Philippe était l’ancien, l’éthiopien le néophyte, tous les 2 membres de la même communauté chrétienne naissante. Et aujourd’hui c’est la même chose : anciens, nouveaux, revenants, chacun membre de la grande famille chrétienne. C’est le sujet de l’école biblique d’aujourd’hui : la famille de Jésus : les proches et les lointains, la famille et les amis… et j’imagine que, comme d’habitude, les monitrices ont dû avoir des remarques, des questions d’enfants qui ne laissent pas indifférents !

 

Nos thèses pour l’Evangile aujourd’hui, c’est la question du jour avec cette fête de lancement vers 2017. Des thèses modernes avec des fondamentaux de 500 ans, ça peut fonctionner ! Je vais terminer par une invitation. Une invitation à reprendre vos semainiers – pour ceux qui n’en ont pas, il nous en reste ! -  et à remplir la dernière page et à déposer cette page dans une corbeille – lecture de la dernière page/distribution des semainiers. Et sentez-vous libre d’interpeller votre Eglise, de la bousculer… c’est pour son bien. Amen.

 

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