Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Prophète, quel boulot ! – 31 août 2014 18 janvier 2015

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 22 h 14 min

Jérémie 20, 7-9; Matthieu 16, 21-27

Prophète : pas facile comme métier ! Voyez les prophètes de l’Ancien Testament : ils n’avaient pas choisi leur vocation et devaient bien souvent prendre sur eux en annonçant des catastrophes… bien évidemment en s’opposant à leurs concitoyens ou aux autorités d’Israël.

Lorsque le Seigneur envoie Josué succéder à Moise, il lui fait cette recommandation : « sois fort et courageux ». Oui, car il aura besoin d’une bonne dose de force et de courage… ils en avaient tous besoin les prophètes envoyés pour annoncer une parole divine.

La plupart des prophètes que l’on rencontre dans l’Ancien Testament sont dociles, soumis aux paroles du Seigneur, quitte à être exposés à la colère et à la violence de leurs concitoyens, quitte à risquer sa vie, comme Daniel jeté dans la fosse aux lions, mais divinement sauvé. Mais il y en a d’autres qui sont un peu plus rebelles. Nous avons tous en mémoire Jonas, envoyé par le Seigneur annoncer une parole de châtiment sur la ville de Ninive et qui prend ses jambes à son cou pour s’enfuir à Tarsis… mais le Seigneur l’a remis sur le bon chemin. Et il y a Jérémie… et ses plaintes : mais finalement, elle fait du bien cette colère de Jérémie. Elle montre la liberté des enfants de Dieu : même les prophètes peuvent parler de leur propre initiative, ils peuvent exprimer leur colère, leur incompréhension.

Et oui, on peut être prophète et garder sa liberté de conscience, sa liberté de parole.

 

On a beau se moquer de Jérémie, de ses fameuses « jérémiades »… mais franchement, dans quel état serions-nous si il nous arrivait ne serait-ce que le 10ème de ce qui lui arrive ? Car la péricope d’aujourd’hui nous propose simplement une colère, certains diraient un caprice de Jérémie, mais si on se penche sur le passage qui précède, les choses s’éclaircissent.

Que diriez-vous si, après avoir fait votre job de prophète, un job pas facile, puisqu’il s’agit souvent d’annoncer des choses très désagréables comme par exemple « Toi-même, Pachehour (qui est le prêtre inspecteur, chef du temple), et tous ceux qui vivent avec toi, vous serez déportés. Après ton arrivée à Babylone tu mourras, et c’est là-bas qu’on t’enterrera, ainsi que tous les amis auprès desquels tu as été un faux prophète. » … et bien, que diriez-vous si après cela, après avoir été fidèle à votre Dieu, vous étiez arrêtés et battus ? Vous seriez ravis ? Vous remercieriez Dieu pour cette violence, pour cette étonnante récompense ? Vous, je ne sais pas, mais moi je râlerais ! Et je me plaindrais directement à la personne responsable de tous mes maux, en l’occurrence : Dieu !

 

Oui, parfois, nous serions bien dans l’attitude de Jérémie : « Mais Seigneur, que fais-tu ? »

Lorsque je parle de toi autour de moi, dans le meilleur des cas on se moque de moi, de ma simplicité d’esprit, on me critique, on me juge (bon, je l’avoue, cela arrive très rarement !)… Seigneur, tous les dimanches, j’essaie de préparer un beau culte, une prédication bien ficelée qui parle au plus grand nombre, j’y passe du temps… et pourtant, beaucoup de bancs restent désespérément vides (et oui, car j’oublie facilement ces dimanches où il n’y a plus de place dans le temple !)… Seigneur, je me donne du mal pour préparer l’école biblique avec les monitrices et pourtant séance après séance, il y a de moins en moins d’enfants car les parents ont toujours quelque chose de mieux à faire ce jour-là (et je ne pense pas à remercier les parents et les enfants fidèle au poste mois après mois)… Non Seigneur, tout cela n’est pas juste !

 

Soyez honnêtes, vous aussi vous aimeriez parfois prendre 5 minutes de jérémiades intensives pour vous plaindre auprès du Seigneur de tout ce qui ne va pas et qui est sans aucun doute de SA faute !

Mais Jérémie termine très justement sa plainte par cette phrase : « Si je dis : « Je ne l’évoquerai plus, je ne parlerai plus en son nom », c’est dans mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os ; je me fatigue à le contenir, et je n’y parviens pas. ». Car Jérémie a beau se plaindre, il sait que ce qui le fait vivre, c’est la Parole du Seigneur, il sait que les prophéties qu’il prononce sont justes, sont vraies et qu’il lui faut les annoncer.

 

Et nous sommes à l’image de Jérémie : parfois nous nous disons que tout ce que nous faisons ne sert strictement à rien, nous sommes alors tentés de nous démobiliser… mais la Parole est plus forte et elle nous empêche de nous taire : oui, il nous faut parler. Je parle là du ministère pastoral, mais également de nos tentatives de témoignage auprès de notre famille, de notre entourage. C’est souvent que j’entends cette plainte : j’ai fait de mon mieux en faisant suivre le catéchisme à mes enfants, en les emmenant au culte… et pourtant, ils ne fréquentent plus l’Eglise. Certes, ils ne vont pas au culte, mais quelque chose a été semé qui est inscrit dans leur cœur et ne les laisse certainement pas indifférents… peut-être faut-il leur laisser encore un peu de temps…

 

En fait, tout cela appelle à l’humilité : Jérémie parle et sa parole n’a pas d’effet… et bien oui, c’est comme ça : nous ne sommes pas là pour contempler avec admiration les fruits de notre éloquence. Mais si tout est fait au nom du Seigneur, et non pour sa propre petite gloire, les fruits viendront, pas maintenant, pas demain, pas sous la forme que nous attendons, mais ils arriveront et nous ne les verront certainement pas : c’est frustrant !!

Après tout, le mécanicien, lorsqu’il a fini de réparer une voiture, il a la fierté du travail réalisé. L’institutrice qui, à la fin de l’année, constate que tous les élèves savent lire a elle aussi la joie de la mission accomplie. Et bien, avec la foi, rien de tout ça. C’est exactement comme dans la parabole du semeur : il sème, mais finalement ne sait pas ce que tout cela donnera, quelles seront les conséquences.

 

Effectivement, nous avons parfois l’impression que nos témoignages, prédications, annonces ne sont pas compris. Mais voyez Jésus : certes, il arrivait à convertir des foules entières, mais il a eu un mal fou à faire comprendre les choses à ses disciples, à ses plus proches sympathisants. Il n’y a qu’à relire le passage de l’Evangile de Matthieu proposé aujourd’hui. Jésus annonce une nouvelle fois sa mort mais les disciples ne veulent pas l’admettre : « Pierre le prit à part et se mit à le rabrouer, en disant : Dieu t’en préserve, Seigneur ! Cela ne t’arrivera jamais. »… Moi vivant, jamais !

Pourtant Jésus ne s’est pas séparé d’eux. Il aurait pu leur dire : vraiment, vous ne comprenez rien, je vais chercher d’autres disciples qui percuteront un peu plus vite lorsque je les enseignerais.

Non, Jésus a persévéré avec son équipe et finalement les résultats ne seront visibles qu’après sa mort : Pierre, par exemple, s’avérera être un meneur d’homme d’exception, ce que ses réflexions dans l’Evangile ne laissait pas supposer.

 

Humilité et persévérance. Voile ce qu’il nous faut. Humilité car nous ne sommes pas en capacité de changer les cœurs : nous ne sommes que les outils utiles à Dieu, comme les prophètes. Et toute la gloire ne doit aller qu’à Dieu, pas aux parents, pas aux pasteurs, mais à Dieu seul. Persévérance car malgré nos impressions d’échec (et attention, tout n’est pas noir : la joie et le bonheur sont souvent au rendez-vous !), le message de l’Evangile trace sa voie… mais pour qu’il continue de la tracer, il nous faut l’annoncer, sans cesse avec foi et conviction.

Et parfois, nous aurons l’impression de vivre les paroles d’Esaie : de crier dans le désert… et pourtant, même dans le désert, la voix se fait entendre, l’Evangile est transmis…. Car il est digne d’être transmis et sans lui notre vie serait d’une fadeur extrême.

Alors, allons-y, crions dans le désert, dans les villes, dans nos temples… Crions l’Evangile, proclamons l’Evangile, vivons l’Evangile ! Amen !

 

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