Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Sans modération – 22 juin 2014 18 janvier 2015

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 21 h 56 min

Deutéronome 6, 1-16; 1 Corinthiens 10, 16-17; Jean 6, 51-58

Après ces lectures, j’ai presque envie de vous dire : ‘bon appétit’ .

Du pain et du vin, quoi de plus ordinaire… un bon pain aux graines et un verre de Mondeuse ! Je crois que la Bible est peut-être le seul livre à l’heure actuelle où on parle de vin sans préciser : ‘à consommer avec modération’… Au contraire, le pain et le vin mentionnés dans l’Evangile sont à consommer sans modération !

Pour les juifs de l’ancien testament, le pain était la base de l’alimentation. Le mot hébreu qui désigne le pain, vous le connaissez puisqu’on en parle dès la naissance de Jésus : léhem, comme dans Bethléem, la maison du pain. Mais ce terme désigne également la nourriture dans sa généralité. Bien sûr, des pains, il en existe de toutes les sortes : à l’eau, à l’huile, d’orge, de froment, d’épeautre, de lentilles ou encore à pâte levée ou pas, comme le pain de la sortie d’Egypte. Le pain, dans la tradition juive ne doit pas être coupée : on doit le rompre, le partager, une façon de ne pas détruire les liens qui unissent les convives, et donc de réserver la fraternité et l’amitié.

 

Mais le pain c’est aussi le résultat de tout un processus, tout particulièrement concernant l’élaboration de la farine. Un sage juif, Ben Zoma se réjouissant du fait que sa femme s’occupait de la fabrication du pain avait cette parole : « Combien Adam a dû travailler dur avant de pouvoir manger un petit morceau de pain ! Il dut labourer, semer, repiquer et binet et moissonner et battre, faner et cribler, moudre, cribler à nouveau, pétrir, humidifier et faire cuire, ne pouvant gouter à son pain qu’après tout ce travail. Tandis que moi, je me lève le matin et trouve mon pain sur la table. »

Oui, le pain, c’est le résultat d’un effort constant, du travail, de la persévérance, j’y reviendrai.

 

Le vin lui aussi est un produit de base, très populaire en Palestine, certains crus sont réputés dans la région, il parait qu’aux temps bibliques on pouvait compter une centaine de sortes de vin. Bien évidemment, ce n’est pas une denrée aussi essentielle que le blé, le pain, à la survie de l’être humain. Le vin n’est pas essentiel, mais est tout de même utilisé en médecine : peut-être n’avez-vous pas fait attention aux détails de l’histoire du bon samaritain, mais c’est bien avec du vin (et de l’huile) que le samaritain soigne les plaies de la victime !

Mais déjà à l’époque, on mettait en garde contre l’abus de vin, comme Paul dans sa lettre aux Ephésiens : « Ne vous enivrez pas de vin : il mène à la débauche » (Eph 5, 18), d’ailleurs, la rumeur courait qu’Adam n’aurait pas croqué dans la légendaire pomme, mais dans une grappe de raisin car rien n’apporte plus de malheurs à l’homme que le vin ».

Pourtant, c’est bien le vin que Jésus a choisi comme symbole !

 

Pain et vin sont présents dans de nombreux textes de l’Ancien Testament :

- la manne rappelée dans le Deutéronome

- la vigne plantée par Noé à la descente de l’arche, dont le vin le rendit totalement ivre

- le pain et le vin présents dans les rêves de l’échanson et du panetier interprétés par Joseph.

 

Et tout au long du parcours de Jésus retracé dans les Evangiles, nous nous apercevons que le pain et le vin sont régulièrement présents :

- la multiplication des pains

- le pain du Notre Père

- le pain des petits enfants qu’on jette aux chiens

- le premier miracle relaté par Jean : la transformation de l’eau en vin

- le vin aigre présenté à Jésus sur la croix

- et bien évidemment le pain et le vin du dernier repas

 

Pourquoi Jésus s’est-il servi de ces 2 aliments si populaires pour instituer la cène pour allégoriser à son sujet ? Pourquoi n’a t’il pas pris un mets plus délicat que le pain et une boisson plus rare et plus chère que le vin ?

Et bien simplement parce que Jésus, le fils de Dieu n’est pas venu superviser les hommes, les écraser, bien au contraire, il est venu au milieu d’eux pour faire chemin avec eux, avec nous !

Le fait de prendre comme pendants matériels le pain et le vin pour parler de nourriture spirituelle, c’est aussi pour dire aux juifs de l’époque : tout comme vous mangez du pain quotidiennement et que vous buvez du vin pendant les repas, et bien la nourriture que je vous propose est tout aussi indispensable pour être rassasié… et une fois qu’on y a goûté, on ne peut plus s’en passer et surtout cette nourriture-là mène au Père et à la vie éternelle.

Ce pain n’est pas comme la nourriture que les patriarches ont ramassée dans le désert à la sortie d’Egypte. Cette manne donnée par Dieu, cette rosée de givre au goût de miel n’a nourri que temporairement les juifs.

 

Je disais précédemment que le pain est le résultat d’un travail engageant. Et bien ce pain de vie proposé par Jésus est également le fruit de la persévérance de Dieu dans sa relation aux hommes. Oui, le relationnel entre Dieu est les humains est un travail de longue haleine, comme la préparation du pain : les humains sont comme la météo : capricieux ! Ils sont comme la terre, il faut parfois creuser en profondeur pour atteindre un terreau accueillant ! Ils sont comme les épis de blé oscillant en fonction du vent, en fonction de celui qui parle le plus fort, qui a la vois la plus envoutante. Ils sont comme le pain, se confectionnant une carapace bien dure semblant inébranlable et pourtant tellement tendre, voie fragile de l’intérieur.

Dans sa relation aux hommes, Dieu a tenu bon, il n’a pas abandonné l’affaire, tout comme l’agriculteur, il a continué à prendre soin de ses épis d’hommes ! Il a parfois baissé les bras et voulu tout recommencer comme avec Noé, mais son amour pour l’humanité, même imparfaite, a été plus fort jusqu’à nous offrir le pain de vie : Jésus !

 

Mais ce texte de Jean nous pose aussi la question de la conception du pain et du vin dans la sainte cène. Je vous rappelle que dans l’Evangile de Jean, il n’y a pas de ‘sainte cène’ de pâques telle qu’évoquée dans les autres évangiles. Pour Jean, le geste symbolique, c’est le lavement des pieds. Donc le passage que nous avons lu n’est pas accompagné du geste fort du partage du pain et du vin, il reste donc tout à fait abstrait. Nous n’aurions reçu que la version johanique des Evangiles, nous n’aurions eu aucun souci pour cohabiter avec nos frères et sœurs catholiques… et oui, car le sacrement aurait été celui du lavement des pieds. Mais, connaissant les humains, nous aurions certainement eu des divisions concernant l’eau : eau bénite ou pas, eau tiède, chaude ou froide…

 

Toujours est-il que nous devons aujourd’hui faire avec le sacrement de la sainte cène et cela nous pose bien des problèmes dans les relations œcuméniques. Je vais vous faire un petit rappel très schématique et synthétique :

- pour les catholiques, nous employons un nom barbare, celui de transsubstantiation : ce qui veut dire que les substance, à savoir le pain et le vin se transforment… ce qui veut dire que nos frères et sœurs catholiques mangent le corps du Christ, mais le corps spirituel, bien sûr… même si parfois les enfants ne sont pas encore complètement au clair avec cette conception de spiritualité et on se retrouve avec des situations loquaces, comme mon petit cousin catholique, le jour de sa première communion se demandant ce qu’il avait bien pu manger comme morceau du corps de Jésus : un bout de pied ou un bout de main…

- pour les luthériens, c’est un autre nom barbare : la consubstantiation : ce qui veut dire que les substances cohabitent : à la fois pain et corps, à la fois vin et sang.

- pour les réformés, c’est une conception beaucoup plus symbolique : en partageant la cène, c’est à la fois la communion au Christ, au Fils de Dieu, la mémoire de son sacrifice pour nous, mais aussi de sa résurrection, mais c’est aussi la communion au corps du Christ dans un sens plus large, c’est à dire l’Eglise, puisque tous, nous ne formons qu’un seul corps.

 

Il y a effectivement de quoi ne pas se comprendre.

Mais je m’étonne et je m’agace : pourquoi ce pain et ce vin sont devenus des enjeux de pouvoir, des causes de lutte. Ces 2 aliments les plus populaires sont devenus des mets de luxe, sont devenus sacrés, parfois même réservés à des élites.

Comment un aliment si commun que le pain a-t-il pu se transformer en hostie enfermée dans un cercle en verre ? Comment le vin est-il encore parfois dans certaines communautés réservé exclusivement au clergé ? Non, je ne comprends pas !

 

Ce qui nous rapproche tous, c’est que la cène est pour nous tous un sacrement. Mais qu’est-ce qu’un sacrement ? Et bien, c’est le signe visible de la grâce et de l’amour de Dieu… Et ce signe, les hommes en ont fait une cause de discorde : où est l’amour dans tout cela ? Je ne le vois pas.

 

Et puis, il y a un autre souci : quand on célèbre la cène, c’est souvent triste à voir…

Et surtout, le dimanche où on célèbre la cène, autant avoir bien ciré ses chaussures, parce qu’elles vont être passées en revue par tout le monde !!

Il faut avouer qu’en Savoie c’est moi pire… mais quelle tristesse dans certaines communautés ! Mais pourquoi cette tête d’enterrement ??? Ah oui, c’est vrai : la cène, s’est déroulée la veille de la mort du christ… oui, mais si le Christ n’était que mort, nous ne serions pas ici en train de louer le Seigneur et nous ne nous retrouverions pas pour partager la cène ! Car si nous sommes chrétiens aujourd’hui, c’est parce qu’il est ressuscité ! Et oui, il n’est plus mort, il a vaincu la mort ! Et ça, ça ne mérite pas que l’on se réjouisse ???

 

Je crois effectivement que l’on se trompe de ton, nous ne sommes pas dans le bon registre. Je crois que le protestantisme s’est longtemps trompé de ton : l’austérité protestante commence à être dépassée. Pourquoi dissimuler sa joie. Et je crois que cette joie peut être contagieuse… la joie qu’entraine la partage du pain de vie et de la coupe d’alliance ! Amen.

 

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Youssef ALLOUCHA |
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