Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Travaillez plus, qu’il disait – 21 septembre 2014 18 janvier 2015

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 22 h 22 min

Matthieu 20, 1-16

Quel scandale ! Oui, quel scandale que cette parabole des ouvriers de la dernière heure. Mettez-vous un peu à la place de ces ouvriers qui ont travaillé toute la journée et qui ont le même salaire que ceux qui n’ont fait que passer sur les vignes, car c’est vrai, en une heure, on n’a pas le temps de faire grand-chose.

Imaginez si cela se passait aujourd’hui : quelle levée de bouclier ! Vous vous rappelez du slogan ‘travaillez plus pour gagner plus » et nous, on travaille plus et on gagne autant : ce n’est pas juste… D’ailleurs, ce comportement nous l’entendons régulièrement, voire nous l’avons-nous-mêmes : regardez tous ces gens qui sont au chômage et qui gagnent autant voire plus que des ouvriers qui triment à la chaine… pas la peine de se fatiguer, autant pointer au chômage. Même si les chiffres qui circulent sont bien souvent faux, beaucoup ont cette réaction ! Si il y avait eu des syndicats à l’époque de Jésus, je me demande ce qu’ils auraient dit, quelles prises de position auraient-ils eu : la solidarité avec les travailleurs de la 1ère heure, ou alors la défense des ouvriers de la 11ème heure car il faut se réjouir que chacun puisse repartir avec un salaire ?

Mais c’est vrai que tout cela est injuste.

Et le souci avec Jésus, c’est qu’il fait toujours l’apologie de ce que nous considérons comme de l’injustice, voici quelques exemples bien connus :

-          le retour du fils prodigue : ce moins que rien qui rentre chez lui et qui est honoré alors que son frère, fidèle à son père, n’a pas le droit à tant d’honneur.

-          l’histoire du pauvre figuier que l’on appelle parfois stérile, mais qui suivait tout simplement le rythme des saisons et justement, lorsque Jésus veut une figue, ce n’est pas du temps des figues. Et ce pauvre figuier, par un caprice de Jésus, se retrouve tout desséché.

-          sans oublier l’injustice faite à Marthe qui s’active très certainement pour préparer le repas et que Jésus remet peu délicatement à sa place.

 

Non, vraiment Jésus est parfois injuste dans ses décisions.

Mais voilà, ce que l’Evangile nous apprend, c’est que la justice de Dieu n’est pas celle des hommes. Car la justice de Dieu ne dépend pas de la loi, bien que ce soit lui qui ait établi la loi et tous les commandements de l’Ancien Testament. Mais par la venue sur terre de Jésus, la justice dépend désormais de la foi.

Voici les paroles de Paul dans l’Epitre aux romains :

En méconnaissant la justice de Dieu et en cherchant à établir leur propre justice, ils ne sont pas soumis à la justice de Dieu. Car le Christ est la fin de la loi, pour que la justice soit à quiconque croit.

 

Pour illustrer la justice de Dieu, je voudrais vous raconter cette petite histoire :

 

Un porteur d’eau indien avait deux grandes jarres, suspendues aux deux extrémités d’une pièce de bois qui épousait la forme de ses épaules.

 

L’une des jarres avait un éclat. L’autre conservait parfaitement toute son eau de source jusqu’à la maison du maître, mais la jarre abîmée perdait la moitié de sa précieuse cargaison en cours de route. Cela dura deux ans, pendant lesquels, chaque jour, le porteur d’eau ne livrait qu’une jarre et demie d’eau à chacun de ses voyages. Bien sûr, la jarre parfaite était fière d’elle, puisqu’elle parvenait à remplir sa fonction sans faille, du début à la fin. Mais la jarre abîmée avait honte de son imperfection et se sentait déprimée parce qu’elle ne parvenait à accomplir que la moitié de ce dont elle était censée être capable.

 

Au bout de deux ans de ce qu’elle considérait comme un échec permanent, la jarre endommagée s’adressa au porteur d’eau, au moment où celui-ci la remplissait à la source :

 

« Je me sens coupable, et je te prie de m’excuser. »

 

« Pourquoi ? » demanda le porteur d’eau. « De quoi as-tu honte ? »

 

« Je n’ai réussi qu’à porter la moitié de ma cargaison d’eau à notre maître, pendant ces deux ans, à cause de cet éclat qui fait fuir l’eau. Par ma faute, tu fais tous ces efforts. Et, à la fin, tu ne livres à notre maître que la moitié de l’eau. Tu n’obtiens pas la reconnaissance complète de tes efforts », lui dit la jarre abîmée.

 

Le porteur d’eau fut touché par cette confession, et, plein de compassion, répondit :

 

« Pendant que nous retournons à la maison du maître, je veux que tu regardes les fleurs magnifiques qui poussent au bord du chemin ».

 

Au fur et à mesure de leur montée sur le chemin, au long de la colline, la vieille jarre vit de magnifiques fleurs baignées de soleil, sur les bords du chemin. Et cela lui mit du baume au cœur. Mais à la fin du parcours, elle se sentait toujours aussi mal parce qu’elle avait encore perdu la moitié de son eau.

 

Le porteur d’eau dit à la jarre :

 

« T’es-tu rendu compte qu’il n’y avait de belles fleurs que de TON côté, et presque aucune du côté de la jarre parfaite ? C’est parce que j’ai toujours su que tu perdais de l’eau, et j’en ai tiré parti. J’ai planté des semences de fleurs de ton côté du chemin, et, chaque jour, tu les as arrosées tout au long du chemin. Pendant deux ans, grâce à toi, j’ai pu cueillir de magnifiques fleurs qui ont décoré la table du maître. Sans toi, jamais je n’aurais pu trouver des fleurs aussi fraîches et gracieuses ».

 

Voilà, c’est ça la justice de Dieu. C’est glorifier et magnifier ce qui, a priori, est abimé, laid, insignifiant.

Mais attention, il ne suffit pas d’être abimé, laid, insignifiant pour être du ‘bon côté’, pour dire qu’on a tout compris à la loi de Dieu.

Et ce n’est pas parce qu’on est beau, propre, avec du charisme que nous nous éloignons de Dieu.

Comme je le disais : la justice de Dieu ne dépend pas de notre logique, de notre pensée. Elle peut être parfois décapante, surprenante, mais d’autres fois elle est ce que nous avions imaginé.

Nous ne sommes pas dans les secrets de notre Seigneur… et c’est tant mieux.

 

Alors, soyons nous-mêmes, en essayant du mieux que nous pouvons de suivre les commandements du Christ, avec nos maladresses, nos erreurs, nos idioties.

 

Mais j’ose espérer que parfois Dieu sourit de nos maladresses. Un peu comme lorsque nous entendons une personne étrangère parler français : ses fautes de français, ses prononciations particulières, son accent, nous font sourire (de bienveillance). Et comme un père avec ses enfants, Dieu est plein de bienveillance envers nous.

 

Tentons de vivre de cette bienveillance et de la communiquer autour de nous : les ouvriers de la 11ème heure n’ont travaillé qu’une heure et ils sont rémunérés autant que les autres ; et bien réjouissons-nous pour eux et avec eux de cette chance qui leur est offerte. Il est facile pour nous de faire la morale aux ouvriers de la 1ère heure en leur disant : vous aussi réjouissez-vous ! Vous avez eu ce que vous deviez recevoir, ni plus ni moins, le fait que ces ouvriers de la dernière heure aient été aussi bien payés ne vous a rien retiré, alors, ne critiquez pas, ne jugez pas. Soyez bienveillants… qui sait demain les ouvriers de la 11ème heure, ce sera peut-être vous !

Et nous aujourd’hui, nous trouvons que les uns profitent du système, que d’autres sont incités à ne pas travailler. Oui, c’est vrai, il y a toujours des profiteurs, on ne peut pas le nier, certains se complaisent dans le chômage, certes, j’en connais et ils ne font pas partie du « bas peuple » et n’ont effectivement pas besoin de travailler pour vivre. Mais comment peut-on juger une mère célibataire de toucher le rsa, les allocations familiales qui lui servent tout juste à se loger et à donner le minimum vital à ses enfants ?

Ce n’est qu’un exemple, mais ils sont nombreux, comme les ouvriers de la dernière heure, à ne pas être choisis en début de journée pour l’embauche qui se retrouve à chômer, parce qu’il n’y a pas assez de travail. Et malheureusement, il n’y a pas de patrons assez humanistes pour les embaucher même pour une heure et leur donner un salaire complet… Alors, l’état compense. Nous devrions nous en réjouir…

Bien sûr, cette lecture est très terre à terre. Car le message principal de cette prédication c’est aussi l’amour de Dieu, le pardon de Dieu. Même ceux qui répondent à l’appel de Dieu au dernier moment sont accueillis… ils deviennent même les premiers, selon la formule choc de l’Evangile : les derniers seront les premiers et les premiers derniers. Quelle jalousie à avoir : aucune. Réjouissons-nous que le Dieu que nous appelons père accueille en son giron les plus récalcitrants, ceux qui ont toujours dit non et qui au dernier moment disent oui : oui pour cette relation particulière ; oui pour cet amour.

 

Oui, réjouissons-nous de ce que tous peuvent avoir la chance de connaitre cet amour. Ne soyons pas égoïstes : partageons ! Et pour partager, il faut témoigner, alors témoignons de l’amour de Dieu pour nous tous, ses enfants.

Amen.

 

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