Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Un peu de théologie – 23 novembre 2014 18 janvier 2015

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 22 h 37 min

1 Corinthiens 20-28; Matthieu 25, 31-46

Depuis le début de l’année 2014, les Eglises locales de l’Eglise Protestante Unie de France sont invitées à réfléchir sur ce qui les anime aujourd’hui, en quelque sorte, leurs thèses pour ce 21ème siècle, dans la perspective de 2017, date du 500ème anniversaire de la Réforme, symbolisée par l’affichage des 95 thèses de Luther contre les indulgences. C’était le 31 octobre 1517 et en souvenir, tous les 31 octobre, les Eglises protestantes fêtent la Réformation.

C’est dans cet esprit, entre  thèses du 16ème siècle et thèses et théologie modernes que je vous propose d’aborder le texte de l’Evangile du jour, péricope parfois intitulée dans nos Bibles : « le jugement dernier ». Et aujourd’hui, lorsque nous parlons de jugement dernier, cela a tendance à nous glacer le sang.

Alors, je voudrais vous proposer 3 points qui me posent question ou qui dérangent quant à cette conception du jugement dernier et cela d’un point de vue protestant.

 

- le premier point qui me pose question est d’ordre purement théologique. Dans une théologie protestante, comment accepter que le salut, la bénédiction, la participation au Royaume ne soit accordée qu’à ceux qui ont donné à manger à l’affamé, donné à boire à l’assoiffé, recueilli l’étranger, habillé le pauvre, visité le malade et le prisonnier…

Car pour mettre des mots clairs sur ces paroles de Jésus, il s’agit ici, ni plus ni moins de ce que l’on peut appeler le salut par les œuvres : vous avez fait… vous serez sauvés !

Et cette théologie a été condamnée par les réformateurs au profit de la théologie du salut par la grâce. C’est Luther qui a eu cette révélation en lisant l’Epitre aux Romains : « la justice de Dieu est révélée par la foi et pour la foi ». Exit les œuvres salvatrices. Luther parle alors de justification par la foi. Ce qui ne veut pas dire que les protestants ne s’engagent plus dans les œuvres. Au contraire, il n’y a qu’à voir toutes les œuvres nées au sein du protestantisme : la cimade, la croix bleue, l’armée du salut, John Bost, la Cause… Mais ces œuvres ne sont plus la condition au salut. Elles en sont au contraire la conséquence : elles sont là pour rendre gloire à notre Seigneur, pour le remercier. C’est alors même que l’action du croyant devient vocation et non plus marchandage de son salut. Et de même, le croyant témoigne de sa foi avec tolérance et humilité puisqu’il ne mérite en rien son salut.

 

- le 2ème point qui me pose problème et qui pose problème à beaucoup de réformés et plus largement de protestants issus des Eglises dites historiques, et bien, c’est tout simplement la notion du jugement elle-même.

Et concernant ce jugement, je voudrais vous renvoyer à une conception bien protestante, tout du moins à l’origine, puisqu’aujourd’hui, elle semble quelque peu abandonnée : la prédestination et plus exactement la double prédestination défendue par Calvin.

 

La notion de prédestination est assez simple à comprendre : Dieu a choisi, préalablement, ceux auxquels il a accordé son salut. La double prédestination complète cela : Dieu a choisi ceux qu’il va sauver et par conséquent, 2nd pendant de cette théologie, il a également déjà choisi ceux qui seront condamnés.

Il y a donc dans le monde et parmi les fidèles ceux qui sont sauvés et ceux qui sont condamnés aux flammes de l’enfer, au feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges comme l’annonce l’Evangile de Matthieu.

Cette théologie est très catégorique, mais elle a le mérite d’être claire. Cette prédestination ne dépend ni de nos actions, ni de nos pensées, ni de notre foi : c’est Dieu, dans son omniscience qui sait, avant même notre naissance, ce que nous deviendrons.

 

Calvin va même un peu plus loin : selon lui, les chrétiens ont la possibilité de discerner durant leur vie terrestre les signes qui pourraient leur faire deviner soit leur salut, soit leur condamnation.

Cette théologie particulière va être à l’origine de réalités sociologiques et économiques et c’est en particulier Max Weber, dans son ouvrage L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme qui va faire ce lien : pour lui, cette doctrine pousse le croyant à tenter de deviner s’il est élu. L’abondance de biens matériels et le succès dans les affaires peuvent être considérés comme un signe de la grâce. De même, elle pousse à accumuler le capital, car si les enfants du croyant héritent d’une grande fortune, c’est qu’ils doivent être élus. Et inversement, une vie de pauvreté, de misère, de maladie ne présage rien de bon quant à sa destinée au moment du jugement dernier.

 

Cette théologie est à l’origine de ce que l’on appelle la théologie de la prospérité tant plébiscitée aux Etats Unis dans certains courants évangéliques : plus vous accumulez, plus vous êtes riches, plus vous êtes certains d’être sauvés ! Une théologie qui, loin de nous mettre à distance du monde, nous plonge dedans et nous plonge en particulier dans un de ses plus grands travers actuels : le capitalisme outrancier !

Mais l’on peut être protestante, de tendance réformée et ne pas cautionner cette théologie de la double prédestination. Car cette théologie et même cette notion de jugement sont insupportables à ceux qui ont foi en un Dieu infiniment bon… et je fais partie de ceux-là !

 

- Tout cela m’amène à un 3ème point, une interrogation : quel est le rapport entre ce berger juge de l’Evangile de Matthieu et le bon berger de la parabole de la brebis perdue ? De quelle façon ce berger qui est capable de tout laisser, de tout abandonner pour rechercher une seule brebis peut d’un autre côté laisser partir une partie de l’humanité dans les ténèbres ? Et cette brebis perdue, si le berger prend la peine d’aller la chercher, malgré les dangers, en laissant tout le troupeau sans surveillance, sans protection, c’est que certainement cette brebis n’était pas prédestinée ! Rejoignant alors cette autre parole d’Evangile : nous pouvons naitre de nouveau, donc tout n’est pas écrit à l’avance !

 

Et de même, comment concilier ce châtiment et la promesse que l’on trouve dans la 1ère Ep aux Corinthiens : « En effet, puisque la mort est venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts : comme tous meurent en Adam, en Christ, tous recevront la vie ».

 

Moi, je n’ai qu’une espérance, c’est que tous soient sauvés au jour du jugement.

Mais je crois qu’à ce niveau, nous avons une mission : annoncer l’Evangile au plus grand nombre, non pas pour leur salut, ni pour le nôtre, mais parce que recevoir l’Evangile c’est entendre une parole d’amour poser sur nous et nous savons tous comme ce monde a besoin d’entendre que cet amour est 1er et inconditionnel. Oui, elle est là notre mission : ouvrir les yeux des uns et des autres sur le message d’amour de Dieu pour nous, message de bienveillance, bien plus fondamental aujourd’hui que celui d’une quelconque prospérité si volatile, si éphémère. Et il en faut de la voix pour se faire entendre dans le tumulte des marchés financiers et même des marchés de noël qui vont bientôt ouvrir leur porte avec à la clef beaucoup de commerce et certainement pas assez de cette magie de noël.

Amen

 

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