Pastourelle

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Rencontres improbables – 25 janvier 2015 – semaine de l’unité 29 janvier 2015

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 11 h 06 min

Jean 4, 1-42

Aujourd’hui, on parle beaucoup d’unité dans ou par la diversité. Il n’est jamais question d’uniformité… d’ailleurs, ce serait bien triste si nous étions tous pareils, si nous avions tous les mêmes avis. La diversité permet l’enrichissement mutuel, du moment que l’on est à l’écoute et qu’on se respecte. Et Jésus ne s’y est pas trompé avec cette femme samaritaine.

 

Ah, les samaritains, ces hérétiques que les juifs déconsidéraient. Il faut pour comprendre les raisons de cette profonde animosité faire un peu d’histoire car le conflit n’est pas récent : il date du 10ème siècle avant Jésus Christ lorsque le Royaume d’Israël était divisé en deux : le Royaume du nord, Israël avec comme capitale Samarie et le Royaume du sud, Juda, avec comme capitale Jérusalem. Une scission qui fait suite à une opposition farouche du nord à l’augmentation des taxes prévue par le roi… voyez, les choses n’ont pas beaucoup changé !

Au 8ème siècle, Samarie est envahie. Certains israélites sont déportés, d’autres restent sur le territoire. A partir de ce moment-là, la population se mélange à une population étrangère considérée comme impure par les juifs du sud. Les israélites restés sur leurs terres adoptent également certaines croyances de leurs envahisseurs. C’est ce qu’on appelle le syncrétisme. Et enfin, au 6ème siècle, toujours avant JC, les samaritains ne vont rien arranger à la situation en construisant un temple sur le Mont Garizim qui entre en totale concurrence avec le Temple de Jérusalem, haut lieu du judaïsme. Mais ce nouveau temple samaritain sera détruit au cours du 1er siècle avant Jésus Christ, destruction commanditée par le grand prêtre de Jérusalem lui-même !

 

Au temps de Jésus, la haine est toujours très forte entre les 2 communautés, les juifs considérant les samaritains comme des hérétiques, des schismatiques, voire même des païens : autant dire qu’une « merveilleuse ambiance » règne entre les 2 communautés autrefois sœurs.

 

Je vous rappelle que Jésus était juif et donc, pour lui, les samaritains étaient impurs et pourtant, il ne rechigne pas à traverser la Samarie, au risque de rencontrer des samaritains… voire même des samaritaines… il aurait très bien pu faire un détour, ce que certains préféraient faire pour éviter de se retrouver dans une telle situation !

La terre de Samarie en elle-même n’est pas impure, étant une partie de la terre sainte, elle ne pouvait être impure, mais les galiléens qui s’y hasardaient pouvaient s’attendre à être insultés… et impossible de demander à manger à un samaritain, on disait à l’époque : « un morceau de pain d’un samaritain est de la chair de porc », donc impropre à la consommation pour un juif. Mais Jésus, non seulement traverse la Samarie, mais demande à boire à une samaritaine… double tare : femme et samaritaine ! D’où l’étonnement de la femme : « Comment toi, qui es juif, peux-tu me demander à boire, à moi qui suis une Samaritaine ? ». Ce juif est étonnant… d’ailleurs, ses disciples sont tout aussi étonnants puisqu’ils sont allés chercher des vivres à la ville… des vivres samaritains !!

 

Oui, voilà une improbable rencontre : elle a lieu parce que Jésus a osé franchir une frontière plus psychologique que physique ; elle a lieu parce que cette femme n’est pas partie en courant par peur de rencontrer cet homme juif. Cette rencontre a été provoquée et elle n’a apporté que du bon, à l’un et à l’autre. Jésus était fatigué, il avait besoin de se poser, il avait besoin de boire… oui, même Jésus avait ces besoins simples et les gens simples qu’il croisait pouvaient être pour lui source de bénédiction comme au bord de ce puits sur le territoire de Samarie.

Nous avons à l’esprit cette parole de Jésus : Je suis venu, non pour être servi, mais pour servir… Et pourtant, il attend là que cette femme le serve… et oui, Jésus a besoin d’elle, il a d’ailleurs besoin de nous, son ministère, il le vit avec d’autres autour de lui, pas solitaire… Si il a choisi de constituer autour de lui une équipe de disciples c’est qu’il a besoin d’eux !

Mais sans le savoir, cette femme est également au bénéfice de cette rencontre : Jésus est pour elle source de bénédiction : lui qui était venu lui quémander de l’eau du puits lui offre l’eau d’une source inépuisable : celle de son amour, celle de la vie éternelle. Et la femme ne s’y trompe pas : elle sait qu’elle a devant elle bien plus qu’un étranger, c’est le Messie !

Ah, si les disciples avaient dû faire la même démarche que Jésus, l’auraient-ils fait ? Ils sont inquiets de voir leur maitre discuter non seulement avec une femme, mais qui plus est samaritaine ! Que se sont-ils dit ? Non, les disciples n’étaient pas encore prêts pour la rencontre, pas encore prêts à se laisser interpeller, voire transformer par l’autre.

 

Et à côté de combien de rencontres passons-nous, un peu comme les disciples, par peur, par méconnaissance, par préjugés, par manque de temps, par manque d’intérêts ? Mais Jésus a osé la rencontre improbable !

Nos semaines de l’unité nous permettent de provoquer certaines de ces rencontres… même si je le sais, la plupart du temps l’unité se vit en dehors du 18 au 25 janvier, et c’est tant mieux. Nos rencontres chrétiennes ne sont plus vraiment des rencontres improbables, nous avons plaisir à nous retrouver, tout simplement parce que nous nous connaissons maintenant !

 

Malheureusement pour d’autres rencontres, il faut des événements catastrophiques pour les forcer. Nous en avons le triste exemple avec les événements qui nous ont tous secoués en ce début d’année. Tout cela nous a obligés à oser la rencontre avec d’autres communautés religieuses et tout particulièrement juives et musulmanes. Des rencontres que, pour ma part, je n’avais pas encore eu le temps de faire depuis mon arrivée en Savoie, non par conviction, mais par manque de temps (c’est facile de se trouver des excuses !). Et pourtant, elles sont importantes ces rencontres pour se connaitre, pour discuter, pour débattre, pour se dire également que nous ne sommes pas d’accord… et nous avons bien sûr le droit de ne pas être d’accord, c’est au contraire une chance… car comme vous le savez ce qui nous rapproche est beaucoup plus grand que ce qui nous sépare.

Ces rencontres elles peuvent également être très personnelles : des personnes croisées régulièrement et pourtant avec lesquelles on ne prend pas forcément le temps de discuter, qu’on ne rencontre pas vraiment en fait !

Ce texte de l’Evangile nous invite à ne pas avoir peur de l’autre, si différent soit-il afin que ces rencontres improbables deviennent rencontres normales, souhaitées et vécues dans la joie : nous avons tous à y gagner !

 

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