Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Descends de la montagne – 1er mars 2015 2 février 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 17 h 14 min

Marc 9, 2-10

L’interprétation d’un texte biblique dépend beaucoup de son contexte de lecture. Vous savez comme un passage biblique peut vous parler à une certaine période de votre vie, et plus du tout à une autre, ou alors d’une autre façon.

Et bien, mon contexte de lecture n’était pas aisé au moment de prendre le texte sur la transfiguration : je venais de lire quelques pages du livre de Jean d’Ormesson Comme un chant d’espérance, qu’au passage je vous conseille et qui parle du monde, de Dieu, du tout, du rien, de l’éternité, de l’espace… et qui dans ces quelques pages abordait l’aspect comique du monde, de la vie terrestre sur cette planète qui est la nôtre, et qui ne tient finalement pas à grand-chose ; du comique de certains hasards, de certaines rencontres…. Oui, prendre la vie au comique parce que, finalement, tout cela n’est pas sérieux ! 

Donc, je venais de lire ce passage de Jean d’Ormesson qui m’invitait à sourire… et un article, ou plus exactement, une anecdote, sur un chercheur britannique travaillant à la recherche d’un traitement contre l’alcoolisme et la dépression à base de LSD !… l’article soulignait le succès de cette recherche quant au nombre de volontaires prêts à se droguer pour faire avancer la science !

 

Après une réflexion sur le comique du monde et l’attrait du LSD, la lecture de la transfiguration prend une tournure cocasse et pose une question… qu’avaient donc fumé les disciples avant de monter sur cette montagne ? D’autant plus que la précision apportée par Marc sur la blancheur extrême des habits de Jésus : « ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle qu’il n’est pas de teinturier sur terre qui puisse blanchir ainsi »… cela pourrait presque faire penser à une publicité pour de la lessive !

 

Mais retrouvons notre sérieux car ce texte nous dit beaucoup de choses en peu de versets.

Tout d’abord, ce texte serait né après la résurrection comme pour insister plus fortement sur l’annonce de cette résurrection durant le ministère de Jésus. Il est à noter que les protagonistes sont les mêmes que lors de l’ultime nuit à Gethsémané : Jésus, bien évidemment, Pierre, Jean et Jacques comme un fil conducteur dans l’annonce de la mort et de la résurrection de Jésus.

Il y a d’autres protagonistes dans cette histoire : Moïse et Elie.

Moïse qui, rappelez-vous, s’était lui aussi rendu sur une montagne et s’était retrouvé transformé. Il y a d’ailleurs de nombreuses similitudes entre ces 2 ascensions de montagne :

- « 6 jours après », cette référence de temps de l’Evangile de Marc est déjà utilisée dans le livre de l’Exode : « La gloire du Seigneur demeura sur le mont Sinaï et la nuit le couvrit pendant 6 jours. Le 7ème jour, le Seigneur appela Moïse de l’intérieur de la nuée ».

- Jésus est entouré de 3 proches disciples, les 1ers : Pierre, Jean et Jacques. Moïse également était accompagné d’Aaron, de Nadab et d’Abihou.

- Il y a également l’apparition de cette nuée qui rend les choses mystérieuses.

- Il y a la montagne, lieu de l’évènement, élevé et réservé à certains, la foule ne peut suivre Moïse, elle ne peut non plus suivre Jésus.

- Il y a la lumière qui rend les habits de Jésus resplendissants de blancheur et qui fait rayonner le visage de Moïse à sa descente du Sinaï avec les tables de la loi.

Et il y a Elie : n’a-t-on pas pris Jésus pour Elie ?

Moïse et Elie, la loi et les prophéties, présents comme pour attester de la grandeur de Jésus, pour dire qu’en Jésus, tout se rejoint, tout s’accomplit. Et tous 3 discutent. Nous ne saurons rien de cette discussion. Mais elle a lieu devant témoins… et ces témoins sont totalement perdus, incrédules. Ne serions-nous pas dans le même état ?… pourtant, nous sommes habitués aux effets spéciaux !

 

Nous pouvons donc avoir de la compassion pour Pierre qui cherche à bien faire. Il propose de monter des tentes pour que Jésus, Elie et Moïse puisse se reposer. Cet instant extraordinaire, il souhaite le faire durer le plus longtemps possible. Il souhaite rester là-haut, sur cette montagne, dans cette rencontre privilégiée avec 3 personnages importants. Oui, Pierre veut les retenir, il veut marquer à tout jamais cet instant dans sa mémoire et s’en souvenir comme si il était toujours présent.

Mais tout a une fin et la nuée recouvre la montagne et une voix se fait entendre. C’est la 2nde fois que la voix du Père intervient. La 1ère fois, c’était au baptême de Jésus et elle s’adressait directement à Jésus : « Tu es mon fils bien-aimé, c’est en toi que j’ai pris plaisir ». Cette fois, elle s’adresse aux disciples. Ils pourraient se dire, à la suite du psalmiste : « qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui, qu’est-ce que l’être humain pour que tu t’occupes de lui ? »… qui sommes-nous pour que tu daignes nous parler ? Et voici que c’est un impératif qui est posé sur les disciples : « Celui-ci est mon fils bien aimé. Ecoutez-le ! ». Et les disciples vont écouter, mais pas toujours bien comprendre les propos de Jésus.

 

La nuée va passer et Elie et Moïse vont disparaitre, laissant Jésus seul devant Pierre, Jean et Jacques. Les disciples sont de nouveau sous le choc. Ils prennent le chemin du retour, ils redescendent vers les autres disciples, vers les foules. C’est Jésus qui va prendre la parole pour leur recommander de ne rien raconter jusqu’à ce que le Fils de l’homme se soit relevé d’entre les morts. Une phrase bien sibylline pour les disciples qui ne comprennent pas cette histoire de « se relever d’entre les morts ». En définitive, ils ne comprendront réellement qu’au moment de la résurrection.

Comme souvent, Jésus conseille  ses interlocuteurs de se taire, de ne pas raconter ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont vécu. En attendant, ils discutent et redescendent de la montagne, car il faut redescendre de la montagne, tout comme Moïse a dû lui aussi redescendre du Sinaï car la vie, la vraie, n’est pas dans ce cadre particulier, dans cette rencontre en tête à tête avec Dieu, avec Elie ou Moïse. Non, la vie n’est pas dans ces hauteurs spirituelles, ces hauteurs de la foi (ni dans la peur, ni dans la stupéfaction). La vraie vie, c’est la vie avec les autres, tous les autres. D’ailleurs, ils vont vite être replongés dans leur quotidien : les foules, les scribes, les guérisons.

 

Mais à quoi donc a servi cette scène de la transfiguration ? En grec, c’est le terme métamorphose qui nous parle plus. Jésus est transformé, métamorphosé mais c’est notre vie qu’il appelle à la métamorphose, à la conversion.

Vivre avec le Christ, en vérité, doit nous bouleverser, changer notre regard et nous conduire à la miséricorde, à la bienveillance. Le Christ a resplendit devant les disciples et cette lumière ne s’est pas éteinte car il nous appelle nous-mêmes à être lumière pour le monde, pour celles et ceux qui sont dans la nuit, dans les ténèbres, l’épreuve. Et une lumière, vous le savez, on ne la met pas sous le boisseau, alors, ne nous cachons pas, au contraire : ce monde a tant besoin de bienveillance.

Amen.

 

 

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