Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Esprit impur, sors de ce corps! – 1er février 2015 2 février 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 17 h 00 min

Marc 1, 21-28

Il y a 2 semaines, nous avions choisi avec les monitrices de l’école biblique, un autre texte de Marc, au chapitre 3 pour illustrer la séance sur les ennemis de Jésus. La situation était à peu près la même : la synagogue, un jour de sabbat, un homme possédé / malade et une guérison. Mais l’issue est tout à fait autre puisque dans Marc 3, les pharisiens cherchent à tuer Jésus, soit disant pour son irrespect du sabbat.

 

Dans le texte que nous avons lu à l’instant, Jésus est au tout début de son ministère : il pour l’instant :

- été baptisé

- proclamé la bonne nouvelle de Dieu en appelant, à la suite de Jean, à un changement radical

- constitué le premier petit groupe de disciples avec Simon, André, Jacques et Jean.

 

Cette guérison dans la synagogue de Capharnaüm est donc son premier miracle. Et ce miracle est pour le moins assez bruyant et même violent et surtout, il n’a pas lieu d’être, pas là, pas dans cette synagogue… Car, comment cet homme à l’esprit impur a-t-il pu se retrouver au cœur de la synagogue ? Vous savez comme le judaïsme est catégorique sur la séparation entre le pur et l’impur… alors, cet homme a-t-il feinté le service de sécurité de la synagogue ?

Est-ce tellement le bazar à Capharnaüm que n’importe qui peut rentrer dans la synagogue… ou alors, est-ce la faute de Jésus puisqu’il est en train d’enseigner dans la synagogue et que l’Evangile nous dit qu’ils étaient tous ébahis par son enseignement… ébahis au point, peut-être, de ne plus faire attention aux entrées et aux sorties. Voilà, disons cela, c’est la faute de Jésus, il faut bien trouver un coupable !!

 

Toujours est-il que cet homme est là, et bien là, il se fait remarquer. Le voilà même qui crie : « pourquoi te mêles-tu de nos affaires, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour notre perte ? Je sais bien qui tu es : le Saint de Dieu ».

 

Etonnant : cet esprit impur a l’air plus au fait de l’identité de Jésus que les juifs rassemblés ce jour-là à la synagogue : certes Jésus parle bien, mais de là à le considérer comme le Saint de Dieu ! C’est peut-être pour cela que Jésus le rabroue si violement : pour ne pas que la vérité soit révélée prématurément. Ces juifs ont peut-être, voire surement, besoin de plus de temps pour assimiler cette vérité. Il est certainement trop tôt pour eux.

 

On peut même se demander quelle est la vraie raison de cette guérison : la guérison elle-même ou une bonne façon de faire taire cet esprit impur qui, bien qu’impur, a la vérité en lui ?

Toujours est-il que cet homme est guéri.

Et que se passe-t-il ? Rien ! Jésus n’est pas exclu manu militari de la synagogue. Bien évidemment, il y a des discussions au sein des présents. On nous dit même qu’ils sont effrayés ne sachant pas vraiment où classé Jésus : il discute avec les esprits impurs… est-il lui-même possédé ?; il guérit… par quelle puissance peut-il faire cela ? Puissance maléfique ou puissance divine ?

Donc, on discute, on se questionne et on commence à lui faire une réputation. A la vue des récits qui suivent cette réputation est plutôt bonne puisqu’on amène à Jésus de nombreux malades.

 

Donc, cette guérison, un jour de sabbat, ne choque personne au sein de la synagogue de Capharnaüm. Les uns et les autres trouvent plutôt positif qu’un tel homme soit présent au milieu d’eux, même si ils ne savent pas vraiment qui est cet homme qui se promène avec 4 autres hommes qui se considèrent comme ses disciples.

 

Deux points de réflexion suite à ce récit :

- le 1er : pourquoi donc Jésus demande à cet esprit impur de se taire et de ne pas révéler son identité ?

Jésus, à plusieurs reprises, agira de la même manière. Un peu plus loin dans l’Evangile de Marc, on peut lire que Jésus « ne laissait pas les démons parler parce qu’ils le connaissaient ».

Jésus, au début de son ministère, aurait pu profiter de cette publicité gratuite… certes, une publicité exposée par des démons… mais par exemple, aujourd’hui, les marques se satisferaient tout à fait de ce genre de publicité. Même si éthiquement, cela pose question !

Mais si Jésus fait taire ces esprits impurs, c’est parce que, comme préalablement annoncé, c’est trop tôt ! Ces hommes et ces femmes ne sont pas encore prêts ou plus exactement, il est trop tôt pour que l’identité de Jésus leur soit révélée.

Imaginez, vous êtes habitant de Capharnaüm. Un homme arrive dans votre ville et avant même qu’il fasse quoi que ce soit, on vous dit : c’est le fils de Dieu, le Messie, celui qui est venu pour nous libérer. Vous n’avez rien à perdre et au contraire, tout à gagner : alors, vous le suivez ! Les actions et les paroles de cet homme confirment tout cela. Vous avez misé sur la bonne personne, vous êtes en train d’adorer, de louer et de servir celui qu’il faut servir.

Et c’est justement ce que Jésus ne souhaite pas : il ne veut pas qu’on l’adore, qu’on le serve parce qu’il est fils de Dieu. Non, il souhaite que chacun fasse son cheminement, réfléchisse par lui-même et enfin se mette à le suivre, non pour l’adorer, mais bien pour changer radicalement et mettre en pratique son enseignement.

Non, ce n’est pas aux démons de donner l’identité de Jésus, c’est bien à chacun de faire un cheminement personnel, intérieur et enfin, d’agir.

 

Vous savez, cela me fait penser à ce jeune musulman malien qui a caché des juifs lors de l’attaque de l’hypercasher : Lassana Bathily qui par cet acte a soulevé la sympathie des français, au point d’être naturalisé. Mais son discours est empreint d’humilité : je ne suis pas un héros, je suis Lassana et je resterai qui je suis… J’ai juste fait ce que j’avais à faire. En d’autres termes : arrêtez de me glorifier et de me considérer comme un héros. J’expliciterais sont discours ainsi et c’est ce que je retiens : arrêtez de me glorifier car vous pouvez faire la même chose… alors, bougez-vous !

 

Et oui, c’est bien gentil d’admirer un homme qui fait des miracles, de l’écouter proclamer de belles paroles pleines d’enseignement mais il faut maintenant se mettre également en route pour diffuser cet enseignement et agir au mieux.

 

- 2nd point de réflexion : la non-réaction des juifs dans cette synagogue suite à la violation du sabbat par Jésus. Sont-ils de mauvais juifs pour ne pas s’offusquer de cela ? Jésus loin d’être la mieux placer pour juger ces personnes !

Pourtant, quelques temps après, lorsque Jésus réalise une guérison un jour de sabbat, dans une synagogue, l’issue n’est pas la même puisqu’on cherche à le tuer.

« On »… précisons ce « on » : il s’agit des pharisiens, des hérodiens qui sont certainement plus agacés par la concurrence et l’ombre que Jésus peut leur faire que par le respect du sabbat. Oui, cet homme saque leur autorité, leur pouvoir auprès des juifs et cela est intolérable. Ces hommes vont pouvoir, petit à petit retourner toute la population contre Jésus.

 

Ceux qui étaient impressionnés et fascinés par Jésus, par ses paroles, ses actions vont finir eux aussi par se détourner de lui, au point de crier quelques temps plus tard : « crucifie-le ». Oui, ils vont être capables de souhaiter la mort de cet homme qui finalement n’a fait que du bien au sein de leur communauté.

 

Voyez la capacité d’un petit groupe d’excités à retourner des foules dans leur propre intérêt, même si c’est au prix de la mort d’un homme, car après tout, comme le dit Caïphe avant de l’arrestation de Jésus dans l’Evangile de Jean : « vous ne vous rendez pas compte qu’il est avantageux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne soit pas perdue tout entière ».

 

Les juifs « de base » n’étaient pas de mauvaise volonté, ils ont juste écouté leurs chefs et se sont laissés convaincre par eux.

On dit souvent que la 1ère impression est la bonne : les juifs ont eu une 1ère bonne impression de Jésus… pourtant, ils ont écouté la haine et la jalousie des pharisiens et autres grands prêtres et ont oublié leur 1ère impression.

 

Ce texte, cette histoire, nous met en garde : nos avis, nos idées, c’est à nous de les forger… ce n’est pas à d’autres de nous les imposer. Nous avons la chance de pouvoir faire travailler notre esprit critique, de ne pas prendre pour argent comptant ce qu’on nous dit, mais de le discuter, d’en débattre… et cela vaut aussi pour nos prédications. Les prédicateurs vous délivrent un message qui n’est autre qu’une interprétation subjective qui peut nourrir, interpeller, déranger et qui peut être discutée.

Jésus était interpellé lors de ses enseignements… nous ne sommes pas au-dessus de Jésus.

 

Alors, que le Seigneur nous donne la force de ne pas tomber dans la facilité du prête à penser, qu’il nous permette de discuter, de débattre fraternellement.

Amen.

 

 

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