Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Et les riches alors… – 22 février 2015 2 février 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 17 h 10 min

Marc 10, 17-27

Voici donc ce texte si connu du jeune homme riche. Un texte qui pose problème à certains… et en particulier aux riches !

Et je n’avais jamais réalisé la dureté de ce texte jusqu’à ce que, lors d’une journée de consistoire dans la Drôme, une paroissienne vienne me dire son malaise face aux passages bibliques et aux cantiques dans lesquels les riches sont déconsidérés, voire condamnés à vivre dans le malheur… Parce qu’elle-même était riche, elle se sentait exclue de l’Eglise : quelle tristesse !!

Car l’Eglise, l’Evangile ne peuvent avoir un message d’exclusion. Mais c’est tellement plus facile de se poser du côté des pauvres, des faibles, de ceux qui sont exploités par des puissants sans morale. Oui, quelle difficulté de trouver de bons côtés aux riches, aux patrons, aux puissants. Moralement, éthiquement, on ne peut qu’être du côté du faible, même si parfois, au fond de nous-mêmes, nous les envions ces riches, ces forts !

 

Alors, que nous dit l’histoire de l’Evangile de Marc. Reprenons l’histoire depuis le début : Jésus vient de faire de multiples rencontres : des malades, des possédés, des handicapés, des foules nombreuses, des pharisiens qui cherchent toujours à le faire chuter, des enfants qu’il prend le temps de bénir… et voilà qu’au moment de se remettre en route, un homme se précipite vers lui, un peu comme si c’était sa dernière chance. Il lui faut parler à Jésus, à cet homme qui semble avoir de nombreuses réponses à de très nombreuses questions et des réponses que l’on n’entend pas forcement de la bouche des maitres de la loi dans les synagogues.

 

Est-ce que cet homme veut se faire bien voir de Jésus pour qu’il l’appelle « bon maitre » ? ou est-ce par ce qu’il trouve que son enseignement est bon ? Toujours est-il que Jésus n’accepte pas le compliment : seul Dieu est bon ! Pauvre homme riche qui pensait que cette salutation allait lui faciliter la rencontre : il a visé à côté ! Cependant, il va tout de même obtenir une réponse à sa question qui était : « que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? »

Etonnant comme question pour un juif a priori pieux qui respecte scrupuleusement les commandements, mais il faut savoir que la question de la vie éternelle n’est pas vraiment abordée dans l’Ancien Testament : il n’est question de vie éternelle qu’une seule fois dans tout l’Ancien Testament, et 43 fois dans le Nouveau Testament qui ne représente que peu de pages, finalement dans nos Bibles.

La vie éternelle était abordée dans la tradition orale, mais pas dans la tradition écrite. Ainsi, les saducéens, ces membres d’un des grands courants du judaïsme de l’époque, ne se référant qu’à la tradition écrite, ne croienht pas en cette vie éternelle, à la différence des pharisiens.

 

Donc, cet homme veut en savoir plus sur la vie éternelle et comme ce Jésus en parle et y croit, il est la bonne personne à interroger… il ne va pas être déçu !

Jésus le renvoie au fondement même du judaïsme : le respect des commandements. L’homme riche doit se dire : « chouette, ça, je connais par cœur… et surtout, j’observe tous ces commandements, c’est bien parti ! ». Et bien, pas du tout ! Car Jésus va le déstabiliser : il agit bien… mais ce n’est pas assez. Il faut qu’il se sépare de toutes ses richesses. Le couperet tombe, c’en est trop pour cet homme, il est incapable d’obéir à cet ultime commandement de Jésus et il repart dépité.

 

Mais quelle incompréhension ! L’Evangile de Marc nous dit que Jésus regarda cet homme et l’aima et pourtant, il lui assène le coup de grâce. Mais pourrait-on dire que c’est pour son bien ? C’est pour le déstabiliser, le faire sortir de son petit confort du respect des commandements. Car l’homme cherche à FAIRE… et Jésus voudrait plutôt qu’il cherche à ETRE !

 

Cet homme qui avait l’habitude de respecter des commandements « faisables », le voilà confronté à un commandement impossible… mais impossible pour n’importe quel homme, pas seulement pour cet homme riche : se séparer de tout ce qu’on possède. Même Jésus ne respecte pas ce nouveau commandement qu’il vient d’asséner comme un coup de massue à cet homme : il est habillé, donc il possède ; il mange, donc il possède ; le groupe de disciples a même nommé Juda comme intendant, c’est qu’il a de l’argent qui circule et donc de la richesse, même minime ! Et il faut se souvenir que Jésus et les 12 ont pu subvenir à leurs besoins durant toutes ces années grâce à quelques femmes riches qui utilisaient une partie de leurs biens pour les servir. Ces femmes riches sont restées riches, elles ont en quelque sorte été les mécènes de l’œuvre terrestre de Jésus.

 

Jésus aurait pu dire à cet homme : il te suffit de donner 10% de ta fortune aux pauvres pour hériter la vie éternelle… L’homme se serait dit : 10%… facile ! A moi la vie éternelle ! Mais la vie éternelle ne se marchande pas et ne s’achète pas : c’est ce que Jésus veut faire comprendre à cet homme.

 

La semaine dernière, je vous parlais déjà des commandements impossibles à respecter et bien en voila un autre : « va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres ». Il y en a tant de ces commandements irréalisables… je vous en donne un autre : « soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! »… facile !

Mais il y a un souci avec les commandements « réalisables », c’est qu’ils n’invitent pas à la réflexion : donner 10% de sa richesse… ok, je fais ; faire ses ablutions… ok, je fais ; manger ceci ou cela… ok, je fais.

En nous donnant des commandements impossibles à respecter, Jésus nous invite à la réflexion, il nous invite à nous poser des questions et à considérer nous-mêmes nos capacités. Et avec ce genre de commandements, il nous appelle également à être responsable : par rapport aux autres, par rapport à Dieu, par rapport à nous-mêmes.

 

L’homme riche n’est pas vraiment responsable dans son respect des commandements… d’ailleurs, il ne doit même plus y réfléchir : ont-ils encore un sens pour lui ? Il est fier d’annoncer à Jésus qu’il observe les commandements depuis son plus jeune âge… cela voudrait-il dire qu’il n’a pas évolué depuis, qu’il ne s’est pas interrogé dessus et qu’il les respecte par automatisme, sans prise de conscience ?

Marc nous dit que Jésus aime cet homme car il est de bonne volonté, il ne rechigne pas à la tâche, il veut bien FAIRE, mais Jésus souhaite simplement qu’il SOIT ! Il l’invite à clarifier ses priorités dans la vie.

Regardez, l’homme arrive avec une requête spirituelle importante : il souhaite hériter la vie éternelle, ce n’est pas rien ! Et bien ses richesses vont lui faire abandonner sa quête… elles sont bien plus importantes que la vie éternelle. On peut à juste titre se demander si c’est cet homme qui possède des richesses ou si ce sont ces richesses qui le possèdent car il est comme pieds et poings liés : il ne peut s’en séparer.

 

Ici, Jésus ne s’attaque pas tant à la richesse qu’à notre façon de vivre et de fixer des priorités. Car finalement, toute richesse est bonne si elle est utilisée à bon escient. Voyez comme Marie-Madeleine verse un flacon de parfum de très grand prix sur les pieds de Jésus… et ce dernier n’y trouve rien à redire, c’est plutôt de bon ton pour lui, à la différence des disciples choqués par tant de gâchis ! Quand il se fait inviter à des repas de fête ou chez des percepteurs d’impôts, il ne jeûne pas : au contraire, il profite de tout cet argent qui a été dépensé pour préparer le repas !

 

Ce sont donc bien ces priorités qui engagent notre responsabilité qui sont pointées par Jésus. Et cela concerne tous les aspects de notre vie, tout ce qui finit par nous enfermé : l’argent comme il est question dans cette histoire, mais également le travail lorsqu’il devient aliénant, l’agenda qui oblige ou encore la télévision et tant d’autres choses encore !

 

Parce que cet homme riche est en fait en manque et il demande à Jésus de combler ce manque. Ses richesses ne font pas tout, mais il lui faudra du temps pour comprendre cela. Il lui manque peut-être une véritable relation avec Dieu. Pas une relation donnant-donnant : je respecte les commandements et en échange je fais partie du peuple élu ; mais une relation d’amour : faire sans rien attendre en retour, pour tout simplement être soi-même, sans apparat, sans dorure.

 

Nous sommes aujourd’hui le 1er dimanche de Carême. Pour nous, protestants, rien ne va changer dans nos vies, dans nos comportements jusqu’à Pâques car le Carême ne fait pas partie de la tradition protestante et aussi parce que, il faut l’avouer, nous n’aimons pas qu’on nous fixe des règles, des lois durant un temps particulier. Nous n’allons pas jeûner ou faire maigre parce qu’on nous le dit, mais nous allons plutôt réfléchir… ce qui nous amènera peut-être par la suite à changer de comportement dans nos vies, mais seulement dans un second temps. Mais réfléchir, c’est bien vague… alors, pourquoi ne pas réfléchir à nos priorités personnelles, familiales afin d’être toujours plus responsables devant les hommes et devant Dieu, non pas pour nous attendre à une certaine reconnaissance (même si ça fait toujours plaisir) mais tout simplement pour être vraiment vivant, pour ETRE en vérité !

Je ne vous dis pas : allez et vendez tout pour donner aux pauvres, mais : allez, vivez et soyez !

Amen.

 

 

Commenter

 
 

Youssef ALLOUCHA |
Hassan al Banna |
école islamique |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Procuresdbate
| Greencoffee
| sac lancel