Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Imitez le Christ…- 15 février 2015 2 février 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 17 h 07 min

1 Corinthiens 10, 31 – 11, 1

« Imitez-moi, comme moi-même j’imite le Christ ».

Pour qui se prend Paul ?? Imiter le Christ pourquoi pas, mais Paul, après tout, il n’était qu’un disciple parmi les autres… et il venait de loin : persécuteur de la nouvelle communauté chrétienne.

Alors, imiter Paul, pourquoi ? Oui, de quoi parle Paul dans ce passage des Corinthiens ? Il faut revenir au contexte de ce passage pour ne pas importer au 21e siècle des idées et problématiques du 1e siècle, même si bien évidemment, certaines sont toujours d’actualité… mais l’anachronisme est toujours le risque.

 

Paul écrit donc aux chrétiens de Corinthe… il y a apparemment des problèmes au sein de la communauté concernant l’alimentation et les corinthiens demandent conseil à Paul. Le problème est le suivant : est-il permis de consommer de la viande sacrifiée aux idoles ? Corinthe est à l’époque une ville très cosmopolite. Beaucoup de cultures s’y côtoient, de religions : de nombreux militaires romains, des fonctionnaires, des grecs, une forte communauté juive (chassée de Rome par l’Empereur Claude en 49 à cause de leur prosélytisme actif)

Corinthe est également cosmopolite à cause de sa position géographique et donc de l’isthme qui la rattache au continent (le canal de Corinthe n’a été percé qu’à la fin du 19ème siècle). Ainsi, plutôt que de faire le tour du Péloponnèse, les marins préféraient traverser à pied l’isthme à son endroit le plus étroit (6,3km). Un chemin de glissières avait été aménagé pour haler les bateaux d’une mer à l’autre. Pendant ces manœuvres qui prenaient plusieurs jours, les marins et les voyageurs faisaient escale à Corinthe. Le tourisme s’est transformé en excès de débauche, d’où la réputation de Corinthe comme ville immorale connue dans tout le bassin méditerranéen.

 

Voila donc la situation des chrétiens de Corinthe : un peu perdus au milieu de tout ce mélange. Et leur souci est le suivant : à Corinthe, on ne trouve quasiment que de la viande sacrifiée aux idoles. Impossible de manger de la viande qui n’est pas passé par le temple et qui n’a pas servi au culte des idoles. Alors, que doivent faire les chrétiens : la manger ou laisser tomber la viande et devenir végétarien ?

Paul dans un 1er temps leur dit : vous pouvez manger de tout, rien ne vous ai interdit, d’autant plus que vous savez pertinemment que les dieux adorés n’existent pas et donc que la viande n’est pas corrompue par un quelconque rite magique.

Puis il revient sur le sujet en leur disant : cependant, si votre comportement alimentaire peut être une cause de chute pour un plus faible, alors, abstenez-vous. Ainsi, si un chrétien moins instruit se demande si manger de la viande sacrifiée aux idoles c’est mettre alors sa foi dans ces dieux, il vaut mieux lui faire comprendre que ces idoles n’ont rien à faire dans la vie d’un chrétien et donc qu’il ne faut pas manger cette viande. C’est pourquoi Paul dit : « Si un aliment doit causer la chute de mon frère, jamais plus je ne mangerai de viande, afin de ne pas causer la chute de mon frère ».

Ainsi résume-t-il en quelque sorte la foi des nouveaux chrétiens et leur comportement dans le monde : « Tout est permis, mais tout n’est pas utile ; tout est permis mais tout n’est pas constructif ». Et il conclut ce passage par cette phrase : « Imitez-moi, comme moi-même j’imite le Christ »… afin de ne faire chuter aucun de ces plus petits et que la multitude soit sauvée.

 

Voici un exemple très concret des conseils prodigués par Paul. Et que nous pouvons nous-mêmes mettre en pratique dans ce but ultime : ne pas faire chuter mon frère.

 

Revenons donc à cette phrase choc de Paul : « Imitez-moi, comme moi-même j’imite le Christ »

Facile à dire… mais à faire, c’est une autre histoire ! Un peu comme les commandements de Jésus tout au long des Evangiles :

 

- « Aimez-vous les uns les autres » : dans l’absolu c’est beau, mais en pratique, on se demande ce qui est passé par la tête de Jésus lorsqu’il a proposé cela ! Et oui, même au sein de l’Eglise, entre frères et sœurs en Christ, on a parfois du mal à mettre en pratique ce commandement… au contraire, parfois, on a l’impression que l’Eglise est le lieu adapté pour les conflits, les rumeurs et les haines en tout genre et je peux vous dire qu’en étant au conseil régional, on en voit des vertes et des pas mûres… à nous dégouter parfois de notre Eglise… Pas très bel exemple pour ceux qui se sont écartés de l’Eglise et qui trouvent là de bonnes raisons pour rester loin, très loin de toute institution !

- « Aimez vos ennemis » : encore une très belle phrase, très philosophique… mais parfois, voire souvent, il faut l’avouer, elle nous embarrasse !

 

« Imitez-moi, comme moi-même j’imite le Christ ».

Comme lorsque Jésus va voir ce lépreux dans l’Evangile de Marc, cet homme impur et le touche ? Certainement pas ! D’ailleurs, heureusement pour nous, la lèpre est quasiment éradiquée sur notre continent, sur ce coup-là on est rassuré et en s’en sort assez bien !

Par contre, rappelez-vous lorsque l’épidémie de sida a commencé à prendre de l’ampleur : plus personne n’osait mettre les lèvres sur le rebord de la coupe de la Cène de peur d’attraper ce virus…. D’ailleurs, aujourd’hui encore, beaucoup ont des réticences à serrer la main à un séropositif, mais pas seulement… car toutes les maladies font peur, c’est d’ailleurs pour cela que généralement, lorsqu’une maladie se déclare, à ce moment où on aurait le plus besoin d’être entouré, et bien comme par hasard les amis perdent bien malgré eux le numéro de téléphone de la personne malade et n’ont plus du tout le temps de passer la voir….

Et oui, nous avons toujours de très bonnes excuses et il faut l’avouer, en la matière, nous chrétiens, ne sommes pas forcement meilleurs que les autres !

 

« Imitez-moi, comme moi-même j’imite le Christ ».

Nous voudrions bien, mais nous n’y arrivons pas : par peur, par dégout, par fainéantise… Oui, nous avons bien des défauts, mais nous essayons de nous soigner !

Je crois que le meilleur traitement pour guérir de cette maladie inhérente à l’espèce humaine, c’est la Parole, avec un grand ‘P’. Oui, la Parole de Dieu qui nous interpelle dans les Ecritures ; cette Parole qu’il nous faut lire, digérer et mettre en pratique. Car ce n’est pas tout de lire et relire la Bible si c’est pour qu’elle ne demeure que lettre morte, c’est même lui porter un contre témoignage. Et qu’est-ce à dire d’aller évangéliser si on n’est pas capables d’obéir à ces commandements, à son commandement principal : « aimez-vous les uns les autres », si nous ne sommes pas en mesure de prendre les interpellations de Jésus pour nous-mêmes.

 

Oui, nous avons du travail à faire. Mais nous persévérons !

 

« Imitez-moi, comme moi-même j’imite le Christ ».

Imiter Paul comme lorsqu’il est prêt à changer son régime alimentaire pour ne pas induire en erreur les non chrétiens et pour ne pas faire chuter les frères. Aujourd’hui cette question de l’alimentation, elle est souvent posée à notre conscience : le halal, le casher empêchent parfois le vivre ensemble et on se braque car ils touchent à la spiritualité mais également à la laïcité. Et pourtant, en étant honnête : qu’est-ce qui pourrait bien nous interdire de manger halal ou casher ? D’un point de vue théologique : strictement rien ! Quand nous allons en Israël, nous mangeons casher sans même nous poser la question, quand je suis allée au Maroc, j’ai certainement mangé halal, cela m’a-t-il posé problème, pas du tout… Ai-je ainsi vendu mon âme au diable ? Je suis sûre que non !

Alors, vous me direz : donc en France, on mange ni halal, ni casher et les uns et les autres ont tout intérêt à comprendre cela… A la cantine, on ne mange ni halal ni casher et tant pis pour les autres. Je suis assez d’accord… mais à notre tour de ne pas tomber dans la provocation et de ne pas pousser notre frère non chrétien à se sentir totalement exclu, comme en proposant systématiquement du porc à tous les repas ! Ou à organiser comme on a pu l’entendre des apéritifs républicains à base de saucisson et de vin pour lutter contre le péril islamiste. Pourquoi toujours être dans la provocation ?

 

C’est un peu ce que nous dit Paul : vous pouvez être dans la provocation envers vos frères, envers les amis païens ou polythéistes, mais ne soyez pas bête : vous avez une conscience et quel serait votre intérêt d’agir en provocateur : aucun !

Dans le texte de Corinthiens proposé dimanche dernier, Paul dit qu’il s’est fait tout à tous. Avec ce passage très concret des viandes sacrifiées, nous pouvons adapter ce passage de 1 Corinthiens et l’actualiser : avec les païens, j’ai mangé la viande sacrifiée aux idoles, avec les juifs, j’ai mangé casher, avec les musulmans, j’ai mangé halal, avec les végétariens, j’ai mangé végétarien, avec les allergiques au gluten, j’ai mangé sans gluten…. Et l’on pourrait retenir de cette adaptation une chose : et en partageant tous ces repas, j’ai découvert de nouvelles saveurs, de nouvelles cultures et j’en suis ressortie grandie !

 

C’est un peu contradictoire me direz-vous : Paul dit aux corinthiens de s’abstenir de manger des viandes sacrifiées aux idoles et pour ma part, en m’appuyant sur ce même texte je vous dis : vous pouvez manger de tout… (mais attention, je ne me prends pas pour Paul et ne vous dis pas : imitez-moi !!). Je pense que la pédagogie est importante et qu’expliquer que Christ ne m’a jamais interdit de manger quoi que ce soit est fondamental : non, nous n’avons pas d’interdit alimentaire et c’est bien ce qui nous permet de rejoindre l’autre alors que l’autre est peut-être encore aujourd’hui dans l’incapacité de me rejoindre… mais si personne ne fait le premier pas, on peut continuer à se regarder longtemps en chien de faïence !

 

Vous le savez, avec les enfants de l’école biblique, nous abordons les rencontres de Jésus… et bien, il en a fait des rencontres ! Toutes ces personnes qui l’ont petit à petit fait sortir de son seul souci du salut des juifs. Lui aussi en est ressorti grandi. Alors, osons les rencontres… et osons les repas !

Amen.

 

 

Commenter

 
 

Youssef ALLOUCHA |
Hassan al Banna |
école islamique |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Procuresdbate
| Greencoffee
| sac lancel