Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Superflu ou nécessaire? – 8 novembre 2015 2 février 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 17 h 39 min

1 Rois 17, 10-16; Marc 12, 38-44

La Bible est une collection d’anti héros. Beaucoup de personnages n’ont pas le profil du héros traditionnel et pourtant ils ont une place à part entière dans les récits bibliques: voyez Moise , a priori bègue qui va mener un peuple vers la liberté; David, un petit berger qui va affronter avec succès un géant. Et même Jésus: les juifs attendaient un messie combattant, un roi et voila un va nu pied qui au mieux chevauchera un âne!

Et aujourd’hui, les textes qui nous sont proposés nous exposent 2 anti héros: des femmes sans attachements puisque sans mari; oui, les 2 veuves qui nous sont présentées n’avaient rien de particulier et pourtant leur histoire a traversé les siècles et les millénaires.

Voyez la veuve de Sarepta: pourquoi est-elle arrivée dans cette histoire? Dieu aurait pu envoyer Elie vers de riches propriétaires (malgré la famine il y en avait forcement et de plus favorables à Elie) et il n’y aurait pas eu mise en danger de la vie de cette femme et de son fils – et oui, elle se sacrifie pour Elie tout de même. Mais si il en avait été ainsi, des vies n’auraient pas été transformées et la veuve et son fils seraient vraiment morts de faim.

 

Mais je vous propose de nous arrêter plus spécifiquement sur la veuve de l’Evangile.

Quel est le contexte de ce passage? Auparavant, Jésus est en dispute théologique avec les pharisiens, les saducéens, les scribes, les pharisiens au sujet de la résurrection, des commandements (du 1er de tous), de la filiation de David… Beaucoup de réflexions, de travail intellectuel et on a l’impression que Jésus a besoin de faire une pause, peut-être pour se recentrer sur l’essentiel.

Il s’assoit et ne dit rien: il regarde seulement. Il regarde la foule qui s’amasse devant le Tresor du Temple pour donner son offrande. Oui, il y a beaucoup de monde. C’est une foule impersonnelle et pourtant Jésus va s’arrêter sur une de ces personnes. Elle n’est finalement qu’un détail au milieu de cette marée humaine. Vous savez un peu comme le jeu d’observation « Où est Charlie ».

 

Jésus va s’arrêter sur cette femme, cette veuve qui vient mettre bien peu d’argent dans le Trésor: 2 lentes qui valent 1 quadrant. J’ai découvert sur internet une concordance des pièces qui donne des « valeurs psychologiques ». Et bien avec un lente dans la poche vous étiez aussi riche qu’en ayant aujourd’hui 30 cts d’euros.

Voila donc cette femme qui donne au trésor l’équivalent de 60 cté d’euros et c’es sur elle que Jésus s’arrête sur celle qui aura certainement mis le moins d’argent de la journée. Et ce n’est pas pour la sermonner, c’est pour la mettre en avant : « Amen, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis plus que tous ceux qui ont mis quelque chose dans le Trésor, car tous ont mis de leur abondance, mais elle, elle a mis de son manque, tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre ».

 

Mais de cette veuve, on ne sait rien. Peut-être se sent-elle redevable envers le Temple, peut-être a-t-elle péché et cherche à acheter son pardon; peut-être a-t-elle une prière à faire à Dieu et espère que cette offrande accélérera la réalisation., peut-être est-elle simplement très pieuse et cette offrande est un don, gratuit, pour le Temple. Nous n’en savons rien et Jésus ne cherche pas à savoir. D’ailleurs, dans ces quelques versets, il n’y a aucun jugement de valeur. Jésus ne nous dit pas: regardez ces riches qui donnent de leur superflu, ceux-là seront condamnés! ou encore: admirez cette pauvre femme qui se sacrifie pour sonner le peu qu’elle a au Temple, celle-ci a sa place déjà préparée auprès du Père, une place de choix!

 

Non, il n’y a pas de bons ou de mauvais: il y a juste un constat réalisé par Jésus: les uns donnent de leur superflu, l’autre de son nécessaire. C’est un fait!

 

D’ailleurs, dans l’acte louable de la veuve on peut déceler une part de tristesse: car elle qui pense bien faire, qui est certainement sincère dans son geste ne réalise peut-être pas que le Temple à qui elle donne tant se moque d’elle. Il suffit de relire ces quelques versets: « Gardez-vous des scribes, ils aiment se promener avec de longues robes, être salués sur les places publiques, avoir les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les diners; ils dévorent les maisons des veuves et pour l’apparence, ils font de longues prières ».

Bien sûr, les scribes ne vont pas voler directement dans les poches des veuves, mais profitent du Tresor du Temple pour s’enrichir et se pavanent en exposant leurs larcins et en profitant de la piété de tous: riches et veuves tombent dans le piège. Les conséquences étant plus catastrophiques pour l’une que pour les autres.

 

Est-ce que cela vous rappelle quelque chose? On dit souvent que l’Evangile rejoint l’actualité et c’est là tout à fait le cas. Vous avez certainement du entendre parler du dernier scandale en date au vatican: les fonds destinés aux pauvres servent en grande partie à couvrir les frais de la curie: des voyages en 1ère classe, des habits de luxe, la rénovation d’un appartement de 700 m2 destiné à l’ancien no 2 du Vatican. Le ministre des Finances, nommé pour réformer les finances de l’Eglise, a déboursé 500000 euros en 6 mois… heureusement que nous n’avons pas le même train de vie: la trésorière s’en arracherait les cheveux!

Il n’est en aucun cas question de jeter le discrédit sur l’Eglise catholique ou sur ses prêtres… vous en connaissez et vous savez de quelle façon ils vivent : modestement.

C’est plus une question de pouvoir, de déconnection avec la vraie vie. Car les cardinaux Vatican sont avant tout des politiciens. Nous pouvons souhaiter bien du courage, de la patience , mais aussi de la fermeté au pape François.

En fait, les dirigeants des Eglises, les politiciens, et les scribes de l’Evangile devraient rencontrer la veuve de façon sincère, avec compassion… Peut-être que les scrupules leur feraient changer de comportement.

 

Jésus a fait cette pause: il a pris le temps de regarder la foule, de voir les riches, mais aussi cette veuve. Peu de temps avant, il était dans des sphères intellectuelles avec ses opposants, mais il lui a fallu renouer le contact avec les vrais gens: les riches, les pauvres, car c’est avant tout pour eux qu’il est venu, c’est pour leur parler avec sincérité et profondeur.

Superflu ou nécessaire, chacun est libre de donner ce qu’il souhaite, il n’est pas forcé car en matière de don, on ne peut comparer. La générosité n’est pas sujet de compétition! Ce n’est pas un sport: il n’y a pas de gagnant! Enfin si, les seuls gagnants sont les bénéficiaires du don… des dons en argent, en temps, mais aussi en écoute, en disponibilité…

Alors, pour les donateurs, 2 options: se comporter comme le riche, donner de son superflu, et c’est déjà pas mal, je ne serai certainement pas la 1ère à lui jeter la pierre; ou alors se comporter comme la veuve, être déraisonnable au possible.

Superflu ou nécessaire, dans cette histoire, l’important est le don, ou surtout la sincérité du don qui ne doit rien attendre en retour. En fait, l’important c’est tout simplement la vie. Le riche et la veuve ont fait le choix de la vie: leur vie, mais pas seulement: la vie pour tous. Et si nous faisions le même choix? Amen

 

 

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