Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Conversion intérieure – 6 décembre 2015 – 2ème avent 16 février 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 10 h 49 min

Luc 3, 1-6

Tous les ans, à la période de l’Avent, les mêmes thèmes, les mêmes personnages reviennent dans les lectures proposées les 4 dimanches précédant Noel. Vous savez, dans le langage journalistique, on appelle ça des marronniers: les événements, fêtes qui reviennent tous les ans à la même période et qu’il faut absolument traiter… Sauf qu’à un moment, on n’arrive plus à se renouveler. Ce WE, par exemple, nous avions 1 marronnier: le téléthon.

Et donc en Eglise, nous avons également nos marronniers. Pour ce 2ème dimanche de l’Avent, vous l’avez compris, c’est comme tous les ans le personnage de Jean qui est à l’honneur.

 

Ah, ce Jean, ce fameux Jean avec sa tenue et son alimentation si particulière à base d’insectes, aujourd’hui, il aurait fait fureur avec ce régime. Ce Jean dont l’ascèse pousse soit à l’admiration, soit à la moquerie. Beaucoup, même à l’époque ont du le prendre pour un fou! Mais beaucoup également l’ont écouté, l’ont suivi et ont agi en conséquence en se faisant baptisé dans le Jourdain.

 

D’ailleurs, dans ce passage, tout est paradoxal, à la limite de la schizophrénie : Jean le Baptiste est dans le désert, mais baptise dans le Jourdain. Enfin, soyons honnêtes, Luc est le seul évangéliste qui le fait sortir du désert pour se rendre au Jourdain. Dans les autres évangiles synoptiques, Jean est laissé au désert tout en baptisant dans le Jourdain.

Pourtan, symboliquement, on pourrait se dire : on ne peut mélanger désert et rivière.

 

Le désert, c’est tout d’abord un lieu géographique important dans l’histoire d’Israel. Le désert c’est aussi un temps, un passage: on ne reste pas au désert. On y passe du temps comme dans l’exode, on est appelé à en sortir. Le désert c’est aussi une expérience personnelle ou collective: méditation individuelle, temps de silence, vécu collectif. C’est aussi le lieu de l’épreuve voire même de la mort. Moise terminera sa vie dans le désert. Elie également s’est rendu au désert pour demander la mort… qu’il n’obtiendra pas.

 

L’eau, c’est le symbole de la vie, la source de toute vie: l’eau qui fait grandir, l’eau qui purifie – même si l’eau peut être destructive comme avec le déluge de la genèse.

 

Jean sort donc du désert pour se rapprocher de l’eau.

Le message du baptiste est également paradoxal. Il prêche la mort pour annoncer la vie. Aujourd’hui, nous avons 2000 ans de recul et la prédication de Jean ne nous choque pas. Mais imaginez ses premiers interlocuteurs, la perplexité dans laquelle ils ont du être plongés. D’ailleurs, on voit cette perplexité exprimée explicitement par Nicodème avec Jésus sur la conception d’une nouvelle naissance: « Comment un homme déjà âgé peut-il naître de nouveau ? Il ne peut pourtant pas retourner dans le ventre de sa mère et naître une seconde fois ? ».

 

Voici donc Jean qui crie dans le désert et qui, malgré cela se fait entendre. Encore un paradoxe… enfin, surtout un paradoxe né d’une certaine interprétation d’une expression devenue courante dans la langue française: crier/parler/précher dans le désert qui signifie n’être entendu par personne.

Quelle complexité dans ce récit! L’eau, le désert / La vie, la mort.

 

Et puis, il y a toujours ce personnage étonnant de Jean que nous connaissons depuis le sein de sa mère: « N’aie pas peur, Zacharie, car Dieu a entendu ta prière : Élisabeth, ta femme, te donnera un fils que tu nommeras Jean. 14Tu en seras profondément heureux et beaucoup de gens se réjouiront au sujet de sa naissance. 15Car il sera un grand serviteur du Seigneur. Il ne boira ni vin, ni aucune autre boisson fermentée. Il sera rempli du Saint-Esprit dès avant sa naissance. 16Il ramènera beaucoup d’Israélites au Seigneur leur Dieu. 17Il viendra comme messager de Dieu avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour réconcilier les pères avec leurs enfants et ramener les désobéissants à la sagesse des justes ; il formera un peuple prêt pour le Seigneur. »

 

L’avenir de Jean est tracé d’avance, voué au service du Seigneur. On ne sait pas de quelle façon il a occupé ses années puisque, à l’image de Jésus, nous le retrouvons lui aussi âgé d’une trentaine d’années, prêchant au bord du Jourdain.

A-t-il pris ce temps pour la méditation, l’ascèse? Un temps de préparation, un temps de restriction alimentaire, un temps de purification… D’ailleurs, tout cela me fait penser à un sujet d’actualité: la COP 21… Non, je ne vais pas faire de la politique écologiste, vous parler de lobbies ou de quoi que ce soit. Mais j’aimerais vous parler d’un mouvement dont vos pasteurs ont été parties prenantes marge de la COP21: il s’agit du jeûne pour le climat. Je vais vous refaire un peu l’historique de ce jeûne qui, a priori, a pris fin en ce 1er décembre, au moment de l’ouverture de la COP21.

 

Du 2 au 11 novembre 2013 le typhon Haiyan s’est abattu sur les Philippines. Ironie des circonstances le 11 novembre 2013 débutait la COP19 à Varsovie. Le délégué des Philippines présent à la COP19 et touché personnellement par les dégâts du typhon a annoncé qu’il ne mangerait plus jusqu’à ce que la conférence débouche sur des actions concrètes pour stopper la folie de la crise climatique. Cette annonce a fait boule de neige et des centaines de personnes ont suivi le mouvement. La Cop 19 n’a pas tenu ses promesses alors le mouvement de jeûne pour le climat s’est mis en route: tous les 1ers du mois, des milliers de jeuneurs se sont mobilisés autour de la planète pour sensibiliser à la question climatique.

Depuis quelques mois également, une chaine de jeuneurs s’est formée: tous les jours, des jeuneurs se succèdent et expliquent leurs démarches sur les réseaux sociaux, sensibilisent et informent.

 

En dehors de l’action « politique » au sens large du terme, cette démarche est une interpellation personnelle, une prise de conscience individuelle. Car c’est avant tout à chacun de se convertir personnellement. Un peu comme Jean qui a du passer un temps seul, dans un face à face avec lui-même et avec Dieu avant de s’adresser aux autres. Voici la nécessité d’un temps de préparation personnelle pour une ouverture à d’autres.

Jeûner, chacun dans son coin pour interpeller la société civile et politique n’est pas la meilleure façon de faire. Donc des groupes de jeuneurs se sont mis en place, les interpellations se sont faites plus formelles auprès des responsables étatiques et bouquet final, le 1er décembre, des « menus » pour la justice climatiques ont été distribués aux délégués de la COP21 et le 1er décembre en fin de journée a eu lieu la rupture du jeûne avec débats, rencontres.

Vous me direz, jeûner sur une journée, ça ne va pas changer le cours du monde, ni sa propre vie. Ce n’est pas faux! Mais c’est toujours mieux que rien et je peux vous dire que jeuner au restaurant ça interpelle, ou encore, jeûner lors d’un repas entre amis suscitent moquerie, amusement, interrogation et finalement, dans tous les cas, discussion sur le sujet – animée ou pas!

 

De toute façon qui sort de l’ordinaire perturbe l’entourage et l’interroge.

Et tout cela nous amène à la vie du chrétien pour qui le ressourcement personnelle est important, Bible en main, face à Dieu et qui donne l’élan nécessaire pour entrer dans la vie et qui peut titiller la société.

Dans la vie du chrétien, il y a donc 2 mouvements: la réflexion intérieure, la conversion personnelle et l’élan vers le monde.

Dans un partage autour de ce texte, un intervenant nous disait: Jean a eu une parole dans le désert, celle du changement radical et nous, quelle parole avons-nous, chacun, personnellement? Je vous laisse donc méditer sur le témoignage que vous pourriez donner et même si vous témoignez dans le désert, rien ne se perd! Amen.

 

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