Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Donner sens à nos vies, malgré… – 22 novembre 2015 16 février 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 10 h 35 min

Psaume 8

Matthieu 22, 34-40

A l’approche de la COP 21, nous avions l’intention de vous parler de respect de la création, d’écologie, de nous donner de l’élan pour nous mettre en route sur des chemins de responsabilisation et d’actions concrètes, de, malgré tout, nous donner des pistes pour espérer.

Et puis, il y a eu le Stade de France, le Bataclan, les terrasses de café. Il y a eu la folie meurtrière en plein coeur de nos vies, de nos villes. Nous voulions vous parler d’espérance… et bien, je ne vais pas me gêner, car cette espérance, elle est toujours là, bien présente, peut-être même encore plus.

 

Nous voulions vous parler de respect de la création, et bien parlons-en! De la création dans sa globalité: de la terre, des mers, des rivières, des animaux, des arbres et de l’être humain. De cet être humain que Dieu a fait de peu inférieur à un dieu. Dieu n’a pas fait de l’être humain un dieu, il l’a fait inférieur, de peu certes, mais inférieur tout de même. Mais pour certains apparement la nuance est trop subtile… alors, ils se prennent pour Dieu, ils pensent à sa place, ils agissent à sa place. Comme si Dieu était tellement impuissant (lui qu’il qualifie de tout puissant) qu’il lui fallait de l’aide, le soutien de… comment les appeler? islamistes? non, j’ai trop de respect pour mes amis dont la religion est l’Islam; fous? non, on m’a repris un jour en me disant que c’était une insulte pour tous nos « gentils » fous… J’ai choisi un terme qui va peut-être vous choquer, qui m’a été soufflé lors d’une chronique radio et qui finalement pose clairement les choses: des crevures! (crevure: personne abjecte, individu qui a des sentiments bas et est capable des pires actions)

 

Pour continuer sur les attentats de vendredi, voici des hommes qui ont décidé (ou à qui on a fait croire) que Dieu n’aimait pas la musique, les fêtes, les bonnes bouffes entre amis, la vie quoi… Oui, c’est ça, ils ont décidé que Dieu n’aimait pas la vie et qu’il fallait donc semer la mort: la mort de ces « chiens d’infidèles », mais également la leur… comme si finalement leur vie ne valait pas plus que celles de ceux qu’ils combattent… mais bon, on ne va pas essayer de chercher une quelconque logique là dedans… ni non plus essayer de comprendre pourquoi Dieu n’aimerait pas la vie que lui-même a créée…

 

Penser à la place de Dieu, parler à la place de Dieu, agir à la place de Dieu… il faut s’en prémunir, dans toutes les religions, car nous ne sommes pas à l’abri de nous prendre nous aussi pour Dieu … les chrétiens l’ont fait de façon barbare il y a de cela plusieurs siècles, nous tentons d’en retenir les leçons… aujourd’hui il s’agit plus de condamner à sa place, de juger, de jeter l’opprobre sur untel ou unetelle. Nous avons sa Parole, nous avons son fils qui est venu et nous avons un message: celui de l’amour, même de ses ennemis!

 

Agir à la place de Dieu, comme si Dieu n’était pas assez grand, assez fort, assez puissant. Et pourtant nos textes bibliques (selon les traductions) nous disent qu’il est grand, fort, puissant, voire tout-puissant. Voila des termes qui choquent parfois nos esprits, nos consciences… Non, nous ne voulons pas croire en un Dieu tout puissant qui pourrait jouer avec nous comme avec des marionnettes. Mais tout dépend ce que l’on met derrière cette puissance, cette toute puissance…

La violence, la destruction, le pouvoir, l’autorité; en quelque sorte un Dieu qui décide arbitrairement, qui frappe aveuglément, qui agit capricieusement… et voila de quelle façon nous calquons nos représentations humaines de la toute puissance à Dieu. Et pourtant, le Dieu que nous prions, celui que nous disons tout puissant est le Dieu de Jésus-Christ qui s’abaisse et assume sa faiblesse. Non, Dieu n’est pas tout puissant à la manière des dictateurs, lui par sa toute puissance fait passer la mort, tient la main des pauvres et partage la condition des exclus: voila où se trouve sa toute puissance.

Elle n’est pas même dans les événements météorologiques. On aimerait bien lui mettre ça sur le dos aussi: des ouragans, des tsunamis, des inondations pour punir ce monde de dépravation! Et oui, c’est tellement plus simple d’affirmer que c’est Dieu qui agit pour nous punir plutôt que de remettre en cause notre action, notre implication directe dan la tournure des événements.

 

Ah bien sûr, Dieu serait en totale capacité de nous envoyer moultes catastrophes… Nos textes bibliques disent qu’il l’a déjà fait: déluge, destruction de Sodome et Gomorrhe… Mais aujourd’hui, c’est de notre propre capacité de destruction que nous sommes les témoins. L’homme est capable de tuer l’homme, tout comme il est capable de tuer la nature.

 

Mais heureusement pour nous… et malheureusement pour d’autres, les effets de nos agissements ne sont pas tout à fait mesurables chez nous. C’est ça le souci de la justice climatique: les pays les plus pollueurs ne sont pas les 1ères victimes de la pollution. Ce sont en général les moins pollueurs qui en subissent les conséquences. Ce qui fait qu’ici on se dit que, finalement, cette histoire de réchauffement climatique ce n’est pas si grave et que les écolos nous tapent un peu sur le système avec leurs propos dramatiques, catastrophiques… vous avez certainement déjà du entendre cela… voire même vous l’avez déjà dit! J’ai certainement du le dire il y a quelques années, avant une prise de conscience.

Car c’est une prise de conscience individuelle et collective qui nous faut aujourd’hui. Ah, on pourrait nous culpabiliser réciproquement. Là, ce matin, on pourrait presque tous se renvoyer la balle: toi, t’es venu en voiture; oui, mais moi c’est une essence, lui par contre, il a un diesel, c’est beaucoup plus polluant; oui, peut—être, mais moi je ne prends jamais l’avions; bon ok, moi je prends l’avions, mais je mange bio…

Mais cette façon de se culpabiliser n’est pas spécialement productive, elle peut même avoir l’effet inverse que celui recherché.

 

Un autre moyen existe: la responsabilisation. Dieu nous a donné sa création, nous avons la responsabilité d’en prendre soin. C’est un don qu’il nous a fait et en général, quand on nous fait un cadeau, on en prend soin. Oui, nous sommes responsables de ce merveilleux don. Il faut donc changer les mentalités… en commençant par la nôtre. Etre reconnaissant et non exigeant comme des enfants capricieux.

 

Ces derniers temps, j’ai beaucoup lu d’articles, vu et écouté des émissions, des chroniques sur la question du respect de la création mais également sur les attentats et j’ai été étonnée d’entendre à chaque fois les mêmes mots pour les 2 sujets.

Par exemple, voici une phrase tirée d’un reportage et vous me direz de quel sujet elle traite: « Nous sommes à un carrefour de civilisations, dans une crise anthropologique. Il nous faut mener la bataille de l’esprit. L’homme n’est plus relié à rien, ni au passé, ni au futur. L’âme du monde est profondément malade. » Il s’agit d’une prise de parole de Nicolas Hulot lors de l’émission interreligieuse de la 2 sur le thème « que faisons-nous de la création ». Car je crois qu’effectivement tout est lié.

 

Nombre de nos concitoyens sont confrontés à un vide intersidéral lorsqu’il est question de donner un sens à leur vie. Avant, c’était simple, c’était la religion qui remplissait ce vide. Et puis, on a envoyé valser les religions (et on continue de les envoyer valser), certains n’ont pas perdu pour autant la vision d’un sens. Nombre d’humanistes, de philosophes n’ont pas la « religion » pour s’orienter, mais mettent le respect du vivant au coeur de leur vie. D’ailleurs, j’ai un peu de mal aujourd’hui à me dire que c’est la religion qui donne un sens à ma vie. Non, ce n’est pas la religion, c’est ma foi! Ce ne sont pas des doctrines, c’est ma relation à Dieu, au Dieu de Jésus-Christ.

D’autres ont choisi de se tourner vers le matérialisme, une autre religion finalement, mais qui ne fait que favoriser l’insatisfaction: toujours plus, toujours mieux, jamais arrivé à ses fins… On compense le manque de spiritualité (et là je ne veux pas parler des religions) par le matérialisme.

En fait, on a juste mis l’homme au coeur des préoccupations, enfin, pas vraiment l’Homme avec un grand H, mais simplement MOI! Ce qui compte, c’est moi.

Dans cette émission interreligieuse, le représentant du bouddhisme disait: « On ne vit qu’avec (avec les autres, avec la nature) et on a le devoir d’en prendre soin. Il faut lâcher prise avec l’ego qui est un empêchement à la compassion, à l’amour et au respect de l’autre ». Il faut donc se décentrer et arrêter de penser à son nombril, à sa propre satisfaction.

 

Dans le christianisme on a pourtant ce commandement de Jésus: aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. J’ai entendu cette phrase pour illustrer le « aimer Dieu »: Quand on aime Rembrandt, on ne brule pas ses toiles! Et bien c’est pareil avec Dieu : si on l’aime, on ne détruit pas sa création, on en prend soin, on la protège. Et aimer Dieu c’est aussi aimer son prochain… comme soi-même, donc le considérer à sa juste place, pas le sous-estimer parce qu’il est loin ou d’une autre culture, ni forcement le surestimer, juste l’estimer comme créature de Dieu.

 

Je vous parlais d’espérance au début de cette prédication, j’ai envie d’y revenir. Car je crois qu’il y a des signes d’espérance humaine. Je crois qu’il est possible de croire en la capacité de l’être humain de faire toutes choses nouvelles.

De plus en plus de personnes se lèvent et s’indignent concernant le réchauffement climatique… Vous me direz s’indigner ce n’est pas grand chose… Peut-être, mais c’est déjà mieux que rien; beaucoup également agissent en remettant au coeur de leur préoccupation des valeurs que l’on pensait égarées: le respect, l’amour, le souci de l’autre. Certains retrouvent un sens à leur vie par ce biais-là.

Voyez la mobilisation des français suite aux attentats. Il faut parfois un malheur, voire plusieurs malheurs consécutifs pour que des questions émergent, pour que de nouvelles orientations de vie soient prises.

Oui, l’humain peut changer, mais il ne faut pas qu’il attende que les autorités changent, il doit agir à son échelle.

On entend encore beaucoup trop à mon gout que les religions sont causes de toutes les guerres, tous les conflits. On veut même nous interdire de prier pour les familles des victimes. Il est temps de montrer que les religions, ou plus exactement leurs fidèles ne veulent pas de ces guerres et que le seul message qu’ils veulent diffuser et un message d’amour et de respect. Et si certains ne veulent pas de ce message, c’est malheureux… mais nous pouvons toujours prier pour eux!

Amen

 

 

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