Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Nous et nos petits diablotins – 14 février 2016 – 1er Carême 16 février 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 11 h 17 min

Luc 4, 1-13

Nous sommes le dimanche 14 février… et oui, c’est la Saint Valentin, la fête des amoureux, mais c’est également et surtout le 1er dimanche de Carême. Dans notre tradition, il est vrai que le Carême n’est pas vraiment suivi. Nous trouvons, proposées par notre Eglise, les conférences de Carême radiodiffusées, mais sinon, rien d’institué.

Des amis catholiques me disaient qu’il en était de plus en plus de même dans leur Eglise: les restrictions alimentaires ne font plus recette!

 

Le temps de Carême est devenu, comme le temps de l’Avent, un temps de réflexion, avec des optiques différentes, bien sûr, les évènements ultimes concluant ces temps étant fort différents: un temps de joie et d’espérance / un temps de deuil et de relèvement.

Et les textes qui nous sont proposés à la lecture sont riches en matière de réflexion. Aujourd’hui, voici le texte que l’on peut considérer comme fondateur du Carême, ces 40 jours de pause en référence aux 40 jours passés par Jésus dans le désert.

 

Dans notre calendrier liturgique, ces 40 jours précèdent Pâques, ce qui n’est en rien le cas dans l’Evangile car ce passage, au contraire est un récit initiatique préalable au ministère de Jésus. Jésus vient d’être baptisé, il n’a pas encore commencé à prêcher, ni à enseigner, ni encore à guérir, mais il est tout de suite mené au désert l’Esprit.

 

Voyons si vous avez bien entendu combien de fois Jésus a été tenté? 3 fois? Non, il a été tenté de façon incessante durant ces 40 jours. Voici les 1ers versets selon la NBS: « Jésus, rempli d’Esprit saint, revint du Jourdain et fut conduit par l’Esprit au désert, 2où il fut mis à l’épreuve par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là et, quand ils furent achevés, il eut faim. » et voici une traduction un peu plus littérale, plus collée au texte grec: « Or Jésus, plein d’Esprit Saint, retourna du Jourdain et il était mené dans l’Esprit, dans le désert, étant sans cesse tenté pendant 40 jours par le diable. Et il ne mangea absolument rien en ces jours-là, et comme ils avaient été épuisés, il eut faim. »

 

Alors, qui est épuisé? Les jours ou les protagonistes de l’histoire: Jésus et le diable? Les 2 possibilités sont envisageables donc on peut tout à fait imaginer 40 jours de joute verbale et mentale entre Jésus et le diable.

40 journées de tentations infernales… on comprend bien la raison de leur épuisement. Alors, le diable va tenter le tout pour le tout, il va sortir le gros arsenal et va mettre à l’épreuve l’identité même du Christ. Par 2 fois, il lui dira: « Si tu es le fils de Dieu ». Il faut se rappeler que dans le chapitre précédent, la double nature de Jésus est évoquée. Lors du baptême, la voix qui survient du ciel dit: « Tu es mon fils bien aimé, c’est en toi que j’ai pris plaisir ». Voila posée la nature divine de Jésus, mais juste après est listée sa généalogie remontant à Adam et qui pose la nature humaine de Jésus. Il est le descendant d’une longue lignée connue qui comprend des noms célèbres: Adam, Mathusalem, Noé, David… du beau monde!

 

Durant ces 40 jours au désert, c’est avant tout sa nature humaine qui va être tentée, celle qui réclame de la nourriture, celle qui donnerait tout pour un bout de pain. Mais la nature divine lui permettra de garder la tête haute et de ne pas s’abaisser à ramper devant le diable. Et pendant 40 jours, il résiste, même si, comme nous le dit le texte, il a faim!

Comme je vous le disais, le diable va jouer son va-tout, il va reconnaitre Jésus comme Fils de Dieu (peut-être espère-t-il le flatter aussi!). Ce qui est étonnant c’est que cette appellation, dans l’Evangile de Luc, n’est utilisée que par des adversaires: ici, le diable, plus loin, des démons qui, dans une sorte de confession de foi affirment: « Toi, tu es le Fils de Dieu », enfin, le Sanhédrin, les grands prêtres et les scribes qui poseront cette question lors du procès de Jésus: « Est-ce donc toi qui est le fils de Dieu? »

Les adversaires seraient donc plus à même de confesser la divinité de Jésus! Le diable va donc tenter Jésus en commençant par lui demander un miracle: transformer des pierres en pain. Mais Jésus citera les Ecritures, voici le verset complet du Deutéronome: « Il t’a donc affligé, il t’a fait souffrir de la faim et il t’a nourri de la manne que tu ne connaissais pas et que tes pères n’avaient pas connue, afin de t’apprendre que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais que l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche du SEIGNEUR. » (Deut 8, 3).

 

Le diable tentera par la suite de jouer sur la corde sensible du pouvoir, de l’autorité: si tu te prosternes devant moi, je te donne autorité sur tous les royaumes de la terre habitée. Jésus citera encore une fois les Ecritures pour contrer le diable: « C’est devant le seigneur ton Dieu que tu te prosterneras et c’est à lui seul que tu rendras un culte » (deut 6, 13-14)

 

Enfin, le diable changera de stratégie, voyant que Jésus se sert des Ecritures pour ne pas sombrer dans la tentation, il citera lui-même ces Ecritures, voici les versets 11 et 12 du Psaume 91: « Car il donnera pour toi des ordres à ses messagers pour te garder dans toutes tes voies ; 12ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. ». Cela ne perturbera nullement Jésus qui gardera sa ligne de conduite et citera de nouveau le Deutéronome: « Tu ne provoqueras pas le Seigneur ton Dieu ».

 

Il aurait pu s’en suivre une querelle de versets interminable, vous savez de quelle façon on peut utiliser et instrumentaliser les versets sortis de leur contexte, mais voila, cette 3ème tentation est différente. Alors qu’à chaque fois que l’Ecriture est citée, Luc nous dit: « il est écrit », et bien lors de cette ultime tentation, Jésus présente l’Ecriture autrement: « il est dit », l’Ecriture devient alors parole, mais l’Evangile de Jean nous dit que la Parole est devenue chair.

Le diable pensait juste avoir à faire travailler sa mémoire en se rappelant quelques versets face à quelqu’un qui avait une sacrée mémoire… Mais Jésus est fils de Dieu et si il est en capacité de citer les Ecritures avec autorité, la Parole de Dieu, c’est parce qu’il est lui-même cette Parole. Le diable ne peut pas lutter, épuisé, il s’éloigne de lui.

 

Qu’est-ce que tout cela veut dire pour nous aujourd’hui? Quelles sont nos tentations? Un ami me disait à propos de ce texte: j’ai l’impression d’être  sans cesse tenté, sans cesse poussé à faire les mauvais choix, mais heureusement, je ne suis pas seul face à ces tentations, il me faut prendre le temps de la pause, de la méditation, de la prière pour poursuivre mon chemin et passer outre ces tentations.

Car finalement, l’ultime tentation c’est de vouloir faire seul, sans Dieu, faire face à la vie, à nos petits diablotins intérieurs seul, avec nos petits muscles, notre petite tête. Mais voila, lorsque nous sommes dans ces déserts quotidiens, la plus sage issue est de se remettre entre les mains de Dieu et d’accepter que ses réponses ne soient pas celles attendues à la base.

 

Nous avons également la tentation de nous dire que plus nous nous remplissons (de biens, d’activités) moins nous laisserons de place aux doutes, aux secousses de la vie. Mais nous le savons tous, ce n’est pas l’avoir qui comble, c’est l’être qui nous fait vivre, qui nous fait nous tenir debout. Et je préciserais l’être soi face à Dieu et avoir le courage de se laisser porter, non par lacheté, mais par confiance.

 

Vous l’aurez certainement compris le diable personnalité de l’Evangile de Luc, je ne le considère ni comme une personne, et pourtant mon livre de KT quand j’étais petite le représentait sous les traits d’une beau jeune homme dont il fallait se méfier et ma grand mère catholique fondamentaliste n’hésitait pas à me menacer et me faire peur avec le diable qui était caché dans l’armoire de la chambre à coucher, ni comme une puissance supérieure se confrontant au pouvoir du bien.

Le diable c’est littéralement celui qui divise… et vous savez comme nous pouvons être intérieurement divisés.

 

En référence au texte du jour, je me souviens de mon 1er jour de jeûne pour le climat. En fin de journée, j’étais plus que divisée, morcelée : j’ai faim… personne n’est là pour me voir si je mange un petit morceau… oui, mais l’exercice du jeûne tombe à l’eau si je ne suis pas capable de me retenir… allez, juste un fruit, un petit fruit… non, hors de question, pense au climat, à ceux qui ne peuvent manger à leur faim… Même si finalement le conflit était entre ma conscience et moi et que les conséquences d’un petit écart auraient été totalement nulles!! 24h sans manger ce n’est pas la fin du monde, d’autres l’ont fait pendant 40 jours!! Il aurait suffit pour moi de penser à autre chose, de lâcher prise.

 

Je suis en train de lire le livre de Frédéric Lenoir, La puissance de la joie. Il ne donne pas de recette miracle pour être dans la joie perpétuelle, mais propose des attitudes à adopter et un état d’esprit à changer. Le lâcher prise y a sa place. Il nous invite à ne pas résister au cours de la vie, mais au contraire d’entrer dans le flux de la vie, d’accompagner le mouvement de la vie puisque de toute façon il y a des événements sur lesquels nous n’avons aucune prise.

« L’expérience du lâcher prise nous met dans la joie du flux. En y consentant, on accepte d’accompagner le mouvement de la vie, d’épouser ses formes jaillissantes, parfois surprenantes. On accepte de prendre le risque de vivre en permanence déstabilisé. Et si la vie ne suit pas le cours qu’on souhaiterait, peut-être avons-nous un message à en tirer? Peut-être qu’un changement de vie s’impose à nous, qu’il est illusoire de persévérer dans les intentions que nous nous étions données? Peut-être aussi qu’un jour les portes se rouvriront et les choses se feront… Le lâcher prise nous conduit à une forme de consentement pour les menues broutilles du quotidien comme pour les événements plus importants. Apprenons, car il s’agit bien d’un apprentissage, à utiliser la contrariété pour en faire émerger du positif… et de la joie. »

 

En tant que chrétiens, nous avons confiance dans le fait que Dieu ne veut que le bien pour nous, le bon et que la déstabilisation dont parle Frederic Lenoir est peut-être et même certainement un signe de Dieu.

Et comme Jésus au désert, nous avons les Ecritures pour nous soutenir, la Parole de Dieu faite chair qui n’est autre que Jésus, notre frère, notre ami et notre bonheur, notre joie sont ses principales préoccupations.

Alors, lâchons prise, vivons, réjouissons-nous et aimons, le diable, Jésus s’en charge!

Amen

 

 

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