Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Qui sommes-nous pour juger? – 29 novembre 2015 – 1er avent 16 février 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 10 h 45 min

Luc 21, 25-36

Et voila, nous y sommes. Tout va tellement vite que nous ne l’avons pas vu arriver… Ah si, un signe tout de même, le marché de Noel de Chambéry est installé, avec, bien positionné devant la cathédrale le chalet du Père Noel… Je ne sais pas ce que l’évêque en pense…

Oui, nous y sommes à ce premier dimanche de l’Avent – qui sonne également le début du calendrier de l’Avent vivant de notre paroisse.

1er dimanche de l’avent. En général, cette période me fait retomber en enfance, surtout lorsque le temps est à la neige comme hier.

En général, je suis pleine d’entrain pour préparer les bredele tant attendus par mon mari… il va falloir que je m’y mette, car c’est presque une cause de divorce en Alsace!

En général, à cette période-là, je lis les textes apocalyptiques proposés à notre lecture de façon assez légère. Mais aujourd’hui je trouve qu’ils prennent un autre relief.

Lundi dernier j’étais avec des membres de la communauté/fraternité du chemin neuf pour lire et méditer à plusieurs le texte de Luc. C’est ce qu’ils appellent BIDIM – Bible du Dimanche. Et j’ai eu comme un flash, le rendant un peu trop d’actualité à mon gout.

 

Reprenons le texte ensemble. Voyez les signes qui sont annoncés : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et, sur la terre, une angoisse des nations qui ne sauront que faire au bruit de la mer et des flots; les humains rendront l’aime de terreur dans l’attente de ce qui surviendra pour la terre habitée, car les puissances des cieux seront ébranlées. ». 

Oui, avec notre influence désastreuse sur notre planète, nous sommes tout seuls, comme des grands, en train de fabriquer/produire les signes annoncés dans l’Evangile de Luc.

 

Dernièrement, j’ai appris un nouveau mot (on en apprend à tous les âges): anthropocène. Je ne sais pas si vous savez ce que cela signifie. C’est un néologisme (pas si nouveau que cela puisqu’il date des années 90): anthropos: homme; kainos: nouveau. C’est l’ère de l’homme, ou plus exactement de l’humain. Une nouvelle période où l’activité humaine est devenue la contrainte géologique dominante devant toutes les autres forces géologiques et naturelles qui jusque là avaient prévalu.

 

Donc voila pour cette 1ère partie de l’Evangile de Luc qui nous projette dans notre actualité avec l’ouverture de la COP 21 demain, dans un climat assez tendu avec l’arrivée des chefs d’état en même temps que l’état d’urgence en Ile de France… et les associations qui ont été interdites de manifestations ou de village alternatif au sein de la COP 21 et qui n’ont pas dit leur dernier mot… Je pense que les chaines d’info vont avoir du grain à moudre ces prochains jours… Il est donc temps d’éteindre la télé!

 

Et il y a cette dernière partie du texte de l’Evangile que je trouve également criante d’actualité, mais qui me fait froid dans le dos : « Prenez garde à vous-mêmes, de peur que votre coeur ne s’alourdisse dans les excès, les ivresses et les inquiétudes de la vie et que ce jour n’arrive sur vous à l’improviste comme un filet car il viendra sur toux ceux qui habitent la surface de toute la terre. »

 

Peut-être avez-vous entendu ou lu les propos de certains pasteurs ou prêtres au sujet des attentats de Paris. Ca a commencé avec un pasteur canadien qui lors d’une prédication a condamné non pas les actes de terreur, mais les victimes de Paris, ville de la débauche (un peu à la façon de Sodome et Gomorrhe!). Finalement, ces 130 personnes n’avaient eu que ce qu’elles méritaient. `

Et, plus récemment, cette tribune d’un prêtre catholique de la basilique de Fourrière intitulée: « Les aigles (déplumés) de la mort aiment le diable » en référence au groupe de rock que nombre de victimes étaient allées écouter: les Eagles of Death Metal (les aigles de la mort / metal). Ce prêtre qui compare les spectateurs du Bataclan aux terroristes eux-mêmes : « Ces pauvres enfants de la génération bobo, en transe extatique, « jeunes, festifs, ouverts, cosmopolites… ». Mais ce sont des morts-vivants. Leurs assassins, ces zombis-haschishin, sont leurs frères siamois. » « Même déracinement, même amnésie, même infantilisme, même inculture… Les uns se gavaient de valeurs chrétiennes devenues folles : tolérance, relativisme, universalisme, hédonisme… Les autres, de valeurs musulmanes devenues encore plus folles au contact de la modernité : intolérance, dogmatisme, cosmopolitisme de la haine… »… Nous pouvons d’ailleurs signaler le haut niveau d’amalgame de ce prêtre… tous les mêmes, tous pourris…

 

Il est vrai que certaines chansons de ce groupe de rock parlaient du diable sur fond d’humour, alors voici l’interprétation du prêtre Benoit: « Vous invoquez le diable en rigolant ? Lui vous prendre au sérieux. Un exorciste extraordinaire me le disait le jour même des attentats : « Si vous lui ouvrez la porte, il se fait une joie d’entrer. ». Et enfin, dénigrant l’horreur de ce 13 novembre avec ces propos: « Le drame de l’humanisme athée, qui aime le diable, la mort, la violence, et qui le dit… et qui en meurt ! Le signe de la mort et du chaos ne flotte pas que sur les rues de Paris, un vendredi soir maudit. 130 morts, c’est affreux ! Et 600 morts, c’est quoi ? C’est le chiffre des avortements en France le même jour (Ministère de la Santé – merci Orwell !). Où est l’horreur, la vraie ? ». Ce qui voudrait dire que des femmes subissant un avortement sont pires que des djihadistes. Et comment peut-on comparer les drames humains? Qui se permettrait de faire un classement?

 

Enfin, toute cette digression pour en revenir à cette phrase de Luc : « Prenez garde à vous-mêmes, de peur que votre coeur ne s’alourdisse dans les excès, les ivresses et les inquiétudes de la vie ».  Et il est vrai qu’avec une lecture littérale de ce verset, nous pourrions nous aussi avoir une interprétation radicale: « certains buvaient de la bière tout en écoutant de la musique du diable… et bien ils ont eu ce qu’ils méritaient »! Rien qu’en prononçant ces mots, j’en ai des frissons. Comment peut-on aujourd’hui encore avoir une telle réflexion? Un peu à la façon de certains qui considèrent que si une femme en jupe se fait violer c’est qu’elle l’avait quand même bien cherché!

Car il faut se garder d’une certaine morale rétrograde et ne pas utiliser les textes bibliques comme bon nous semble et si possible en condamnant. Et pourtant lorsque Jésus dit ces paroles, il commence bien par cette recommandation:  « Prenez garde à vous-mêmes » et non prenez garde à eux… Faites déjà attention à ce que vous faites (et peut-être dans un second temps mettez en garde d’autres… mais a-t-on jamais fini de s’occuper de nous remettre nous-mêmes dans une certaine droite ligne?)

 

Est-ce que Jésus a eu de tels propos de condamnation? Non, au contraire, il a appelé au non-jugement: « Ne jugez pas afin de ne pas être jugés. Car c’est avec le jugement par lequel vous jugez qu’on vous jugera, et c’est avec la mesure à laquelle vous mesurez qu’on mesurera pour vous ». (mat 7, 1-2)

D’ailleurs, le prêtre Benoit devrait se réjouir que son Eglise mette en pratique ce commandement car, il n’a pas été jugé, ni condamné par le cardinal Barbarin: « Après avoir pris le temps de le rencontrer et de l’écouter, j’ai décidé, en accord avec son évêque Mgr Armand Maillard, de le relever de ses différentes charges pastorales dans le diocèse de Lyon. Je demande au père Benoît de se retirer immédiatement dans une abbaye pour prendre un temps de prière et de réflexion ». Une réponse emplie de sagesse pour ne pas rentrer dans le jeu de la condamnation. Se remettre face à Dieu, il n’y a que ça de vrai!

 

Non, Jésus n’appelle pas au jugement. Mais il nous appelle à nous regarder nous, en 1er lieu… et en se regardant on peut se dire en toute humilité et en toute humanité: « Mais oui, finalement, qui suis-je pour juger? »

 

Oui, il y aurait mille raisons, de très bonnes raisons pour déprimer, nous enfermer dans la terreur, n’avoir plus aucune vision d’avenir et pourtant, Noel arrive qui nous rappelle une bonne nouvelle. Certes, ce n’est pas sérieux de se forcer à être joyeux. Mais pourtant, c’est un fait, Noel arrive avec son lot de joie, d’éclats de rire, de chants joyeux… et après noel, ce seront les rois mages et leur galette, puis le carnaval, puis des anniversaires à fêter, des mariages à célébrer, des naissances, des baptêmes… Oui, en fait, la vie reprend ses droits. Sans oublier, mais en continuant de vivre.

 

Au Bataclan, il y avait une jeune de 24 ans qui s’appelait Ariane Theiller, elle avait été la catéchumène d’une collègue, elle avait été éclaireuse unioniste et la présidente du mouvement lui a rendu ce petit hommage: « Nous continuerons de chanter, de camper. Pas comme si rien ne s’était passé, mais pour cela ». C’est aussi pour cela qu’il nous faut vivre pleinement ce temps de l’avent, vivre pleinement ce temps de noel, même si cette année nous n’avons pas vraiment le coeur à la fête.

 

Voyez, après la mort du Christ et, certes, sa résurrection, les chrétiens auraient pu se dire: « c’est trop triste ce qu’il s’est passé, ne célébrons pas sa naissance ». Mais c’est bien remplis de reconnaissance pour cet enfant qui nous a été donné et qui est mort pour nous que nous célébrons Noel de façon joyeuse. Nous ne fêtons pas la naissance pour la naissance, nous célébrons ce don si précieux envoyé par Dieu. Nous ne célébrons pas un anniversaire, mais bien un changement majeur qui est intervenu dans la vie des hommes.

Alors oui, préparons Noel, chantons, fabriquons des couronnes de l’avent, cuisinons des bredele ou des buches glacées, vivons l’avent, vivons Noel car Dieu s’est approché de nous, Dieu s’est fait homme et ce petit enfant à nous de l’honorer jour après jour, année après année. Amen

 

 

Commenter

 
 

Youssef ALLOUCHA |
Hassan al Banna |
école islamique |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Procuresdbate
| Greencoffee
| sac lancel