Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Pécheur mais déjà pardonné – 6 mars 2016 14 mars 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 14 h 54 min

Luc 15, 1-3; 11-32

Aujourd’hui, c’est un texte bien connu de l’Evangile qui nous est proposé: la parabole du fils prodigue. Vous savez, il est de ces passages que l’on a tendance à sauter car on les connait par coeur… tout comme les généalogies à rallonge de l’ancien testament, non pas que nous les connaissions par coeur, mais nous nous disons qu’elles ne nous apprendront rien de nouveau… Alors, on les survole…

D’ailleurs, j’ai envie de vous raconter l’histoire, sans la lire, a priori, je la connais par coeur… mais avec mes mots et forcement une petite dose d’interprétation…

Un homme a deux fils. Le cadet veut vivre sa vie loin de l’exploitation familiale, demande sa part d’héritage et part vivre la grande vie loin de la maison paternelle. Il déchante rapidement, n’a plus d’argent et rentre tout penaud à la maison lorsqu’il a trop faim. Son père l’accueille et fait la fête. Mais voila, le frère ainé est quelque peu jaloux: jamais son père n’a fait la fête pour lui et voila, fin de l’histoire.

 

Alors, vous qui connaissez également cette histoire par coeur, que rajouteriez-vous?

Lecture Luc 15

 

L’interprétation globale de cette parabole peut être très simple, très rapide: le Père, qui est Dieu est toujours dans l’attente du retour de ses enfants et se réjouit lorsque l’un d’entre eux revient vers lui. Si nous ne retenions que cela ce serait déjà une très bonne nouvelle.

Mais cette péricope recèle de petits trésors pour nos vies. J’ai envie de les lister avec vous. Ils s’appuient parfois sur des confusions, des incompréhensions entre les protagonistes de l’histoire.

 

Commençons par le commencement:

Ce texte nous parle de liberté: la fameuse liberté des enfants de Dieu: un homme a 2 fils et l’un d’eux souhaite prendre son envol, vivre sa vie loin de la figure paternelle. Pourquoi pas, mais voila, il fait quelque chose qui peut nous choquer: il demande sa part d’héritage: on pourrait dire que de façon anticipée, il tue le Père… car après tout, l’héritage, on le reçoit à la mort du Père! D’autant plus que dans une traduction plus littérale on pourrait traduire ainsi: « Père, donne moi la part d’être qui me revient »… comme si il réclamait une part d’âme de son père.

Les raisons de cette demande ne sont pas explicitées par el fils: le père est-il trop présent dans sa vie, a-t-il eu une mauvaise éducation, croit-il que son père ne l’aime pas…? Nous n’en savons rien… Et le Père, malgré le comportement du fils, laisse faire, il ne dit rien, ne cherche pas à savoir quel est le problème, il ne met pas non plus ne garde son plus jeune enfant sur les dangers de la ville. Non, il le laisse libre de vivre sa vie: le cadet, enfin libre, sans attache et avec un petit pécule en poche s’émancipe.

 

Ce texte nous parle de responsabilité. Le cadet est certes libre, mais a priori, pas complément conscient de ce que tout cela veut dire. Lui qui a toujours vécu dans le confort de la maison familiale, ne sait pas franchement comment se prendre en main. Il vit en irresponsable et se retrouve sur la paille.

 

Ce texte nous parle d’abaissement. Après avoir vécu la grande vie, enfin, selon lui, le fils cadet se trouva fort dépourvu quand la famine fut venue! Lui qui avait l’impression d’être le roi du monde se retrouve à garder les cochons. Imaginez : les cochons! L’animal impur par excellence. Oui, le fils est tombé bien bas et même encore plus bas que cela puisqu’il en est à lorgner la nourriture destinée aux porcs. C’est à croire qu’il ne se considère plus comme un être humain, il est devenu un animal, il n’est plus digne d’atre considéré comme un homme… Pourtant, il ne peut manger les caroubes car personne ne lui en donne… Certainement parce que ceux qui l’entourent le considèrent encore comme un être humain. Ils ont plus d’estime pour lui que lui n’en a de lui-même. Et c’est peut-être cela qui va l’aider à se relever.

 

Ce texte, avant de nous parler de « relèvement » nous parle de confession des péchés, de conversion.

« Père, j’ai péché contre toi et contre le ciel ». Qui condamne le fils cadet dans cette histoire? Personne sinon lui-même. Il est le seul à se désigner pécheur. Personne dans ce récit ne le considère ainsi. Mail il lui faut un temps de pause, de réflexion. Littéralement, le texte nous dit: « rentrant en lui-même ». Il est le seul à pouvoir faire ce voyage intérieur, à faire le point sur sa situation, à se rendre compte qu’il s’est égaré. Oui, il est le seul à pouvoir se sortir de cette mauvaise passe. Mais en fait, il n’est pas seul car sa préoccupation principale est son père. D’ailleurs, peut-il encore l’appeler père… non, il ne le mérite plus. Petit à petit, il redevient un homme, mais pas au point de redevenir un fils… selon lui!

 

Ce texte nous parle donc de relèvement ou pour utiliser un terme plus connu, de résurrection. D’ailleurs, les mots accompagnent le cheminement intérieur du fils: il se dresse, se lève et se met en route. Il y’a encore de la vie en lui, de l’énergie vitale. Non, il n’est pas mort ou il n’est plus mort. Il rentre à la maison, même si c’est pour devenir serviteur de son père.

 

Ce texte nous parle de grâce et d’amour. Voyez le Père, il guète et voit le fils. Depuis combien de temps guète-t-il? Depuis son départ? Si il était si inquiet pour lui il aurait pu aller le chercher… Mais non, le fils devait vivre cette expérience, cette liberté, aller jusqu’au bout de celle-ci pour revenir… enfin!

Et ce père exprime ses sentiments: il est ému, pas simplement une petite émotion, non, il est ému aux entrailles, cette émotion vient du plus profond de lui. Tout ce qu’il a espéré durant ce temps d’absence s’exprime enfin.

Il ne laisse pas son fils arriver. Il court au devant de lui et se jette à son cou. Il ne peut se retenir: enfin, il est revenu, vivant.

 

Alors, le fils s’apprête à se confesser: Père, j’ai péché contre toi et le ciel… Mais son père ne lui laisse pas finir car il ne lui reproche rien. L’amour pour son fils a toujours été présent, même dans l’absence. Il est le fils qu’il a toujours été et il est temps de fêter la joie.

 

Ce texte nous parle de communion. Le repas de la fête ne peut se faire que parce qu’il y a de nouveau communion. Chacun a repris sa place et ses droits: le père a retrouvé le fils, le fils est redevenu fils et peut vraiment considéré son père comme père et non pas maitre.

 

Ce texte nous parle d’incompréhension… et c’est bien cela qui souvent mine les relations humaines: on ne se comprend pas… et on ne cherche pas à se comprendre car on a raison! Et c’est le fils ainé qui incarne l’incompréhension, la confusion même qui l’empêche d’entrer dans la joie.

Alors que son frère cadet, presque mort, s’est mis en mouvement pour rejoindre la maison familiale, le frère ainé s’arrête, il ne peut plus avance, il ne veut plus avancer. Le pardon, la grâce accordées par son père à ce frère rebelle le mettent en colère. Pourtant cela ne lui retire rien. Non, rien ne change pour lui… mais il trouve tout cela injuste.

Mais peut-être n’est-il pas au clair avec sa propre situation. « Je travaille pour toi comme un esclave ». Qui lui a demandé de prendre une telle place? N’est-il pas complément le fils? Quel poids s’est-il mis sur les épaules tout seul?

Tout comme le fils cadet se condamnait en tant que pécheur, le fils ainé se mésestime en tant qu’esclave? Pourquoi? Attirer l’amour du père? Peut-être aurait-il du discuter avec lui pour se rendre compte que l’amour avait toujours été là. Mais aveuglé par son rôle à jouer, il ne le voyait pas.

Il est dans la confusion car il ne sait plus qui il est, ni ce qui lui appartient. Le père a donné son héritage aux 2 fils, se dépouillant ainsi de ses biens. Dans la tradition juive, l’ainé reçoit 2/3 des biens et le cadet 1/3. Autant dire que l’exploitation du père appartient dorénavant au fils ainé et pourtant, il reproche au père de ne pas avoir tué de chevreau pour lui et ses amis… mais il n’avait qu’à se servir.

Il se croyait esclave, son père le replace en tant qu’enfant. Il avait perdu son frère, ne pouvant le nommé que comme « ton fils » et pourtant son père remet chacun à sa place: il est ton frère.

 

Enfin, ce texte nous parle de partage avec ce père qui a partagé ses biens, son être même entre ses fils; avec ce repas qui ne peut être partagé que lorsque la communion est rétablie comme entre le père et le fils cadet, mais qui ne peut avoir lieu lorsque la confusion rôde comme avec le fils ainé.

 

Avec cette parabole, on peut se positionner soit en tant que fils ainé dévoué au delà de toute mesure, soit en tant que fils cadet, rebelle. En fait, on peut surtout se rendre compte que nous sommes tour à tour fils cadet et fils ainé: en quête de liberté, mais également avec un grand besoin de reconnaissance. Et voyez comme le fils ainé est prompt à accuser le père, le frère cadet par rapport à sa situation… Alors que finalement rien de tout cela ne lui avait été demandé.

Oui, nous sommes parfois comme le fils cadet, en pleine conversion, en plein relèvement, conscients de nos erreurs, soucieux de reprendre le bon chemin. Mais parfois et même souvent nous sommes comme le fils ainé, totalement aveuglé. Nous traçons notre sillon avec des ornières tellement sûrs de notre légitimité et de notre bon droit, persuadé d’être dans le vrai, le bon et tellement outré que d’autres fassent autrement. Oui, aveuglé et incapable de nous relever, de nous convertir, encore et toujours, on pourrait dire, impossible de nous réformer.

 

Alors, la parabole ne nous dit pas la suite, espérons qu’elle se termine dans un grand happy end avec les frères qui se tombent dans les bras.

Toujours est-il qu’elle est nourriture pour notre foi et pour notre réflexion en ce temps de carême.

Liberté, responsabilité, abaissement, confession, conversion, relèvement, grâce, amour, communion, incompréhension, partage… Nous n’avons pas fini de nous convertir!

Amen.

 

 

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