Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Accueillir – 3 juillet 2016 20 septembre 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 12 h 21 min

Luc 10, 1-20

Ils sont 72… on ne sait rien d’eux, on ne sait pas de quelles origines ils sont, on ne sait pas si cela fait longtemps qu’ils suivent Jésus, on ne sait pas ce que représentent ces 72 par rapport à la totalité des disciples, des suivants de Jésus… Ce que l’on sait, c’est qu’étonnamment, cet envoi en mission se situe juste après les explications de Jésus sur la façon de le suivre. Une suivance très dure qui invite à tout abandonner pour se consacrer à l’annonce du règne de Dieu.

Des paroles fortes de Jésus, mais qui n’ont apparement pas découragé tout le monde puisqu’ils sont au moins 72 à avoir pris la ferme décision de suivre Jésus.

 

72, ce n’est pas un chiffre posé là par hasard. Ce chiffre est inspiré de la liste des peuples descendants des fils de Noé que l’on retrouve dans la Genèse. 72 symbolise donc la totalité de la race humaine puisqu’à partir de Noé et du déluge, tout recommence à zéro.

 

Ils sont donc 72 et écoutent les dernières recommandations de Jésus qui ne sont pas toujours des paroles faciles à entendre et qui vont demander à ces disciples une certaine « discipline », une certaine humilité, mais également un dépassement de soi.

Je sais que parmi vous un certain nombre a déjà fait des visites d’Eglise à des inconnus et bien, il faut une certaine dose de courage pour aller à la rencontre de personnes qui ne vous attendent pas forcement, qui vont peut-être déverser leur haine de l’Eglise – institution ou parfois vous emmener sur des thématiques politiques, sociologiques ou psychologiques plus qu’hasardeuses. Heureusement, la plupart du temps, tout se passe bien. Et on ressort enrichi de ces rencontres, parfois même perturbé car on a l’impression d’avoir plus donné que reçu… ce qui n’était pas l’objectif premier!

 

Jésus n’ayant pas l’habitude d’atténuer les choses annonce tout de suite la couleur: vous serez comme des agneaux au milieu des loups et on sait ce que les loups font aux agneaux! Malgré cela, pas de désertion annoncée dans les rangs des 72!

 

Et Jésus continue: n’emportez rien; pas de bourse, pas de sac, pas de sandale… aujourd’hui cela paraitrait totalement impossible… à l’époque ça pouvait encore se réaliser.

Ne saluez personne! Là tout de même, Jésus y va un peu fort, d’autant plus dans un pays où les salutations sont une institution. Vous connaissez les salamalekh, je ne sais pas si en hébreu on parle de Shalomalech, mais l’esprit doit être le même: on prend soin de l’autre en lui demandant des nouvelles de la famille, de toute la famille: de quoi détourner de la mission principale  de l’annonce de la venue du Règne de Dieu.

 

Alors, il peut faut ne pas s’attarder en route et entrer dans les maisons… mais quelles maisons choisir? Nous n’en savons rien. Toujours est-il qu’il ne faut pas faire de porte à porte, ce qui veut dire que certaines maisonnées n’entendons pas la bonne nouvelle, en tout cas pas de la bouche des disciples, mais certainement par le bouche à oreille.

On peut imaginer qu’ils seront orientés par l’Esprit… Cependant, ils seront tout de même confrontés à des maisonnées rebelles à tout message venant de leur part. Mais c’est aussi cela la vie de disciple: se confronter à des refus, à d’autres conceptions spirituelles. Parfois même ce seront des villes entières qui seront rétives alors Jésus invite les disciples à ne pas insister, mais à tout simplement secouer la poussière de leurs souliers.

 

On prend souvent cette façon de faire comme un signe de mépris, de colère. Mais au contraire, il s’agit plus exactement d’une attitude de détachement: se débarrasser de toute rancoeur, de tout fardeau, ne pas s’encombrer l’esprit de cette attitude négative à son égard ou à l’encontre du message que l’on souhaite transmettre, passer à autre chose, à un autre village qui lui a besoin de ce message et sera à l’écoute.

 

Pourtant, dans la suite du texte, on entendra des paroles dures de la part de Jésus à l’encontre de ces villes qui refusent de croire. Certains exégètes estiment que ce ne sont pas des paroles de condamnation, mais plus exactement des paroles de lamentation emplies d’une détresse et d’une tristesse infinies.

 

Voila donc tout ce que Jésus ordonne aux disciples pour accomplir au mieux leur mission. Les disciples vont partir, on ne sait combien de temps va durer leur mission, ni combien de villages ils auront pu visiter, mais ce que nous relate l’évangéliste c’est que ce fut un succès, même auprès des démons. Si ce fut une réussite c’est bien parce que des portes se sont ouvertes et que des maisonnées ont accueilli les disciples, se laissant instruire, mais aussi guérir.

 

Oui, les disciples ont trouvé des personnes prêtes à les écouter, mais aussi et surtout à les accueillir, à les héberger, à les nourrir. Et ce n’est pas une surprise pour l’époque puisque l’hospitalité est un devoir sacré. La loi mosaïque en fait même la recommandation: « Si un immigré vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas. 34Vous traiterez l’immigré qui séjourne avec vous comme un autochtone d’entre vous ; tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été immigrés en Egypte. » (Lev 9, 34)

Le principe de cette hospitalité est assez simple: le voyageur s’assoit à la porte de la maison jusqu’à ce que le maitre l’invite à manger, à dormir si nécessaire et ce le temps qu’il faudra, sans poser de questions au voyageur. Les disciples ont donc tout simplement été au bénéfice de cette tradition.

 

En lisant ce texte on se dit bien évidemment qu’aujourd’hui cela serait impossible: on n’invite pas des inconnus à venir séjourner chez nous, à moins d’être soi-même un peu marginal.

Mais pourquoi est-ce impossible?

Parce que nous avons appris à mettre des limites, à bien définir notre espace privé, notre propriété A NOUS et que seuls les proches, ceux en qui nous avons confiance, sont invités dans cette intimité, mais surtout, sur notre territoire familial, privé. Il faut dire que souvent cet appartement, cette maison a été acquis à la sueur du front, les prix sont tellement élevé que notre propriété est précieuse, peut-être plus que la vie des personnes qui peuvent vivre dehors.

Et puis, dans nos propriétés, il y a nos biens, tout ce que nous avons acheté… il ne faudrait pas qu’on se fasse dépouiller tout de même.

 

A l’époque de Jésus, les gens avaient peu de biens, donc ils avaient moins à craindre. D’ailleurs, aujourd’hui encore on dit que c’est dans les pays pauvres que l’hospitalité perdure: ils ont tellement peu, voire rien du tout qu’ils peuvent partager sans peine, sans crainte. Et nous, nous avons tellement tout et surtout tellement trop que l’accueil est un risque pour nous. Comme si, plus le gâteau était gros, plus il était difficile de le partager.

 

Alors, si l’accueil au niveau personnel est déjà tellement difficile, imaginez à l’échelle d’un pays ce que cela peut donner. Et vous voyez où je veux en venir: à cette situation désespérée de l’arrivée de tant de réfugiés aux portes de l’Europe. Oui, ils sont nombreux… et nous, nous sommes déjà tellement nombreux également.

Devant la tache à accomplir, on préfère baisser les bras en se disant que de toute façon, on ne pourra pas gérer le problème. Le PROBLEME… oui, c’est comme ça que nous considérons la situation : un problème, pourtant, il s’agit d’humains, d’hommes, de femmes, d’enfants qui n’ont pas risqué leur vie dans des traversées maritimes périlleuse pour le plaisir, mais pour fuir la guerre, pour fuir la mort: ce n’est pas de la lâcheté, c’est du courage. Je n’arrive même pas à imaginer la détresse de ces familles, je ne peux pas me mettre à leur place moi dont le souci principal en ce moment est de préparer mes vacances!!

 

Le souci de l’hospitalité, il est bien loin car ce qu’on préfère nous mettre devant les yeux, c’est le danger que ces personnes représentent: que certains profitent de la situation pour s’introduire en France avec de mauvaises intentions, le fait que de toute façon, ils ne s’intègreront pas, qu’ils vont, comme d’habitude, voler le travail et le pain des français… Oui, on nous fait peur. Mais le meilleur moyen de tenir un peuple bien en laisse, c’est la peur!

 

Alors, nous, Eglises, Chrétiens, que pouvons-nous faire? En Savoie, nous avons e partie répondu à la question en laissant nos locaux d’Albertville à une famille de réfugiés: beaucoup de personnes se sont relevées les manches pour les accueillir et ça donne du baume au coeur. Mais encore… Et bien, notre Eglise nationale, suite à un voeu au synode national, nous propose une action, pas quelque chose de spectaculaire, mais plutôt de symbolique pour dire: nous n’avons pas peur et notre souci, c’est l’accueil.

 

Nous sommes invités à afficher notre volonté de faire plus de façon individuelle (sur les réseaux sociaux, par des badges, en envoyant des courriers pour interpeller les élus), mais également de façon collective en affichant ce petit écriteau ou plus grand… A se manifester lors du 14 juillet.

 

Voyez, cette protestation publique s’intitule « Exilés: l’accueil d’abord » et en voici le plaidoyer (lecture doc)

 

C’est notre façon d’affirmer notre différence chrétienne dans ce monde et de remettre au centre de nos vies l’humain, par l’hospitalité.

Au fait, savez-vous comment on dit hospitalité en grec? Philonexia: l’amour des étrangers… Voila, tout est dit! Amen

 

 

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