Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Agir parce que c’est juste – 28 aout 2016 20 septembre 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 12 h 32 min

Luc 14, 1-14

J’aime quand Jésus est à table, quand il s’inscrit dans le quotidien de la vie de chacun, quand il transcende nos gestes les plus anodins par ces paroles, par ces paraboles du Royaume et j’aime faire l’effort de l’imaginer durant un repas de l’époque, de contextualiser la scène: exit la table haute, les chaises, les couverts… retour aux sofas, à la table basse, au pain en guise d’assiette.

Aujourd’hui, si nous déjeunions ainsi allongés sur le côté, mangeant avec les mains, je crois que nous aurions du mal à garder notre sérieux… pourtant, c’est ainsi que se réglaient les problèmes politiques, que se discutaient les concepts théologiques ou philosophiques: Jésus ne déroge pas à la règle, il joue le jeu car il sait bien qu’en acceptant l’invitation de ce chef des pharisiens, il ne sera pas question de parler de la pluie et du beau temps, ni de donner son avis sur la déco de son hôte!

Mais avant que les questions ne fusent, que les hostilités ne soient ouvertes, voici un invité surprise: un hydropique, autant dire que cet homme souffrait d’oedèmes. Que fait-il ici, pendant ce repas de shabbat chez ce chef pharisien? Faisait-il partie des invités? Ou allait s’inscrivait-il dans une stratégie mise au point par les pharisiens pour piéger Jésus? Etait-il présent parce qu’il avait entendu que J2sus était dans la maison et qu’il pourrait le guérir? Nous n’en savons rien, mais il est là, face à Jésus et ce dernier ne peut rester insensible à la maladie qui lui est ainsi exposée.

 

Mais Jésus ne va pas tout de suite guérir cet homme. Il va prendre le temps d’interroger les pharisiens présents ce jour-là: « Est-il permis ou non d’opérer une guérison pendant le sabbat ? » Pas de réponse! Qui ne dit mot consent, alors Jésus va guérir cet homme un jour de shabbat.

Aucune remarque ne lui ai faite, le repas pourra reprendre son cours… Mais non, Jésus insiste et continue d’interroger : « Lequel de vous, si son fils ou son bœuf tombe dans un puits, ne l’en retirera pas aussitôt, le jour du sabbat ? » Et encore une fois, aucun réponse, il leur a cloué le bec.

Alors, comme il n’y a aucune réaction, aucune critique, il va encore plus loin et de premier abord, on peut se demander quel est le lien entre cette guérison un jour de shabbat et cette parole sur les invités au repas, si ce n’est le lieu de la scène: le repas!

 

Alors, approfondissons cette parabole qui n’use pas des codes habituels de la parole: le royaume de Dieu est comme… Mais nous comprenons bien que dans un premier temps, le maitre de maison est semblable à Dieu et qu’il s’agit de bien agir en vue du Royaume, mais également de bien se comporter dans ce monde-ci, durant cette vie.

 

Jésus s’adresse à une frange du judaïsme qui aime se montrer, qui aime se vanter, qui aime tout simplement avec les 1ères places pour être vue, pour se sentir important. Mais qui sont-ils pour se sentir aussi importants? D’où sont-ils autant orgueilleux?

D’ailleurs, souvenez-vous des disciples qui ne sont pas à l’abri d’un tel comportement lorsqu’ils demandent à Jésus de pouvoir occuper les 1ères places, les meilleurs dans le Royaume.

 

Mais sommes-nous nous-mêmes à l’abri de ce genre de comportements? Honnêtement, c’est toujours agréable d’être aux 1ères places, aux places d’honneur, qu’on nous voit. Et on nous pousse à être aux 1ères places dès notre petite enfance: être le meilleur en classe, le 1er au conservatoire, sur la plus haute marche d’un podium… pas beaucoup de reconnaissance pour ceux qui arrivent après, même à la 2èe place, on ne se souvient pas d’eux… Et finalement avec le développement des réseaux sociaux, des partages de photos ou de videos, on cherche à être reconnus, connus, tout simplement à avoir notre heure de gloire… Et lorsque certains l’atteignent, la chute est encore plus brutale… car tout cela n’est souvent que faux semblant.

 

Jésus nous dit: ce n’est pas à vous de choisir votre place, c’est le maitre de maison qui a cette tâche. Un peu comme dans les repas de noces où les mariés se cassent la tête pour faire le plan de table… Mais ils y ont réfléchi à cette organisation et chacun doit accepter d’être placé à sa juste place.

Et bien Jésus nous dit: arrête de penser à ta petite gloriole car tu risques de chanter très rapidement et cela peut avoir de malheureuses répercussions dans ta vie. Mets-toi derrière, laisse la place aux autres. Peut-être te demandera-t-on d’avancer, mais peut-être pas et ne t’en offusque pas. Oui, laisse les 1ères places libres, ne sois pas orgueilleux, prétentieux, hautain, sois tout simplement juste et bienveillant envers tes frères et soeurs.

Notons tout de même que ces paroles de Jésus ont été entendues au moins à un endroit: dans les Eglises… la preuve : les bancs vides aux premiers rangs!

 

Il ne s’agit pas là de fausse modestie pour mieux se faire honorer par la suite, mais bien d’une conception juste de l’humanité, du rapport aux autres.

Mais Jésus ne s’arrête pas là. Il s’est adressé aux invités, maintenant, il s’adresse au maitres de maison qui n’ont de cesse que d’inviter des gens de leur rang, voire un peu plus élevé même. Mais c’est facile cela: on invite pour se faire bien voir et ensuite on est à son tour invité car c’est bien connu, que ce soit de bon coeur ou pas, il faut rendre l’invitation! C’est du donnant-donnant.

Jésus nous dit: arrêter de vivre dans cette réciprocité stérile, soyez courageux et invitez à votre table des personnes qui ne vous rendront rien, qui consommeront, vous diront merci ou pas et que vous ne reverrez certainement pas! Ce sera effectivement un repas sans intérêt d’un point de vue purement politique, mais tellement plus juste.

 

Alors, en interprétant cela comme une parabole, on pourrait nous dire: si vous agissez ainsi ce n’est pas sans intérêt, c’est cette fois ci pour avoir les meilleures places dans le Royaume. Pour certains peut-être. Pour ma part, j’espère que dans le Royaume il n’y aura qu’un seul banc, au premier rang, pour tous. Et je suis tellement peu parfaite : mes comportements, mes paroles vont parfois à l’encontre de ce que Dieu me demande, comme lors que je suis en voiture, ou que, piéton je peste contre les voitures… qu’il me faudrait me faire nonne pour équilibrer la balance face à Dieu, si on considère un Dieu comptable.

Mais c’est une vie juste et emplie de bienveillance vers laquelle Jésus nous demande de tendre, peu importe les habitudes, les traditions et c’est bien cela qu’il dit: vote l’humain, aimez l’humain avant d’être des fervents défenseurs de la loi et des coutumes : oui, un homme doit être secouru, même un jour de shabbat et qu’importe les critiques; oui, il nous faut accueillir les plus faibles même s’ils sont sans papier et menacés d’expulsion… et ce n’est pas pour se faire bien voir de Dieu, mais simplement parce que l’on trouve cela juste, humain.

 

La semaine dernière Paul nous parlait de coup de fouet et bien je crois que les textes bibliques suivis ces temps-ci dans l’Evangile de Luc nous montrent que nous avons réellement besoin de ce coup de fouet pour dépasser toutes les barrières et les cadres si bien dressés autour de nous. Il y a du travail et un coup de main de l’Esprit ne serait pas superflu. Amen.

 

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