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Multiplication, division??… PARTAGE – 3 septembre 2016 – temps pour la création 20 septembre 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 12 h 37 min

Marc 6, 30-44

Vous le savez peut-être, mais du 1er septembre au 4 octobre, chaque année, a lieu le temps pour la création organisé par le Conseil Oecuménique des Eglises… ce sont les orthodoxes qui sont à l’origine de ce temps et heureusement que notre Eglise protestante a saisi ce temps pour le faire sien et pour ouvrir les réflexions. Cette semaine, jeudi 1er, nous avions un temps de partage avec l’Eglise catholique aux Hauts de Chambéry car voila maintenant 2 ans que l’Eglise catholique s’est elle aussi dans l’aventure écologique.

Alors, c’est sûr, ce texte de la multiplication des pains et des poissons n’a, à première vue, rien à voir avec les questions environnementales ou le respect de la création. Mais il aborde un sujet plus profond, fondamental à toute réflexion globale sur notre façon de vivre, sur notre façon d’investir ce monde.

 

Alors, revenons au contexte de ce texte: Jésus a envoyé ses disciples en mission pour proclamer le règne de Dieu et guérir les malades. Les disciples sont de retour et se précipitent auprès de Jésus pour lui raconter leurs aventures. Certainement pour être plus au calme, Jésus leur propose de s’éloigner par bateau. Mais les foules se demandent pourquoi ils s’éloignent et décident de les retrouver. Et Jésus se met à les enseigner : voyez tout de même la disponibilité de Jésus que ce soit avec les disciples ou avec la foule : il se laisse déranger, il accueille les foules. Son but était certainement d’être un peu tranquille puisqu’il souhaitait se retirer à l’écart. Mais il change ses plans, il ne s’en offusque pas, il laisse faire.

 

Les disciples ne sont pas vraiment dans le même état d’esprit. Vous me direz, ils reviennent de mission à travers le pays, ils doivent être bien fatigués et ne souhaitent qu’une chose : être tranquilles !

Alors, sans ménagement, ils demandent à Jésus : « Renvoie-les ». Et oui, ils ne sont pas idiots non plus, quand ils sont partis avec Jésus, ils n’ont emporté de quoi manger que pour 13… pas pour 5000 ! Donc ils s’inquiètent et ils ont de quoi : imaginez le mouvement de foule que la faim pourrait produire !

 

Mais c’est à croire que les affaires bassement matérielles ne sont pas un souci pour Jésus : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! ». Heureusement que ce n’est pas lui qui tient les cordons de la bourse !

Mais la suite lui donnera raison… C’est la multiplication des pains et des poissons.

 

Mais quelle étrange idée d’appeler ce récit ainsi : pas une seule fois il y ait question de multiplication. Jésus ne multiplie pas, il rompt, il donner. Et rompre, c’est diviser, tout le contraire de multiplier, il me semble (même si les maths n’ont jamais été ma tasse de thé !)

Peut-on pour autant parler de division des pains ? Non, car parler de division aujourd’hui, c’est parler de guerre, de querelle… mais déjà à l’époque puisque Paul évoque les divisions au sein de la communauté de Corinthe.

Parlons alors de multiplication… mais la multiplication nous fait dévier vers l’abondance (abondance des biens, des denrées) et cette abondance vers le gaspillage, le trop plein, le toujours trop, toujours plus, comme un besoin irrépressible d’être totalement comblé de biens, une sorte de boulimie consommatrice. Et ce n’est pas faux, car voyez, là aussi, il y aura trop : 12 paniers remplis…. J’espère qu’ils ont été redistribués !

 

Nous aimons bien cette idée d’un Jésus quelque peu magicien, grand prestidigitateur qui ne sort pas des lapins de son chapeau, mais des pains de ses manches ! Mais comme tout magicien, il lui fallait bien un « truc »… Et bien son truc est tout simple et nous le connaissons : il est Fils de Dieu. Vous me direz, nous aussi nous sommes enfants de Dieu. Oui, mais lui est le Fils Unique de Dieu. Ce qui lui confère des pouvoirs : guérir des infirmes, des lépreux, faire se calmer une tempête ou encore multiplier des pains et des poissons. Oui, Jésus est très fort… Mais est-ce là le fond du message de l’Evangile ? de ce récit ?

 

Alors, si nous changions d’optique : laissons de côté la multiplication dont il n’est même pas question dans ce texte et parlons du partage.

Alors que multiplier dépendait de la magie, du surnaturel, partager est du ressors de tous. Partager ce qui a été reçu, partager ce qui a été donné par un autre. Les 5 pains et les 2 poissons ne sont pas tombés du ciel. Dans l’Evangile de Marc nous pouvons imaginer que ce sont les disciples qui les avaient apportés, dans l’Evangile de Jean, qui relate la même scène, il nous est dit que c’est un garçon qui a accepté de partager ce qu’il avait.

 

Mais bien évidemment, ce ne sont pas 5 pains et 2 poissons qui peuvent rassasier 5000 personnes. Mais c’est un commencement et Jésus va partager ce qui déjà était destiné au partage. Jésus est un des maillons de la chaine de partage. Précédé par le don du pain et suivi par les disciples qui le distribuent et par la foule qui poursuit le partage. Alors, dans cette chaine, au milieu de la foule, qui peut dire à quel moment ou entre quelles mains les pains sont devenus assez nombreux, assez nourrissants pour tout ce monde ? Qui a fait le miracle ? D’ailleurs ce miracle n’est pas même localisable ! Le miracle en tant que signe de l’amour de Dieu n’apparait pas à tel ou tel moment de la distribution. En fait, le miracle apparait rétrospectivement : croyez-vous vraiment que les 5000 personnes étaient au courant qu’il n’y avait que si peu de nourriture ? Non, elles se sont passés les aliments et ont mangé, sans se poser de question. D’ailleurs, personne ne s’étonne : ni la foule, ni les disciples qui sont pourtant aux 1ères loges. Ce n’est qu’à la fin du récit, lorsque nous récupérons ces 12 paniers pleins que nous pouvons nous interroger : comment est-ce possible ? Et si nous avions été présents au milieu de cette foule, nous aurions passé le pain à notre voisin sans même nous rendre compte qu’un miracle avait lieu à ce moment-là !

 

Si nous ne nous lassons pas du Jésus « faiseur de miracles », ici, nous sommes en présence du Jésus pleinement humain : qu’a-t-il fait ? Il a prononcé la bénédiction sur les aliments… ce n’était pas une nouveauté : au début des repas, il était de coutume de rendre grâce à Dieu. Il a rompu le pain ce qui est tout à fait normal. Dans le judaïsme, on ne coupe pas le pain, le couteau servant à l’action étant signe de division, on rompt le pain, on le partage.

Rien de nouveau sous le soleil dans les actes de Jésus : il a agi en bon juif de son époque, il a agi comme un homme, tout simplement. Il n’a pas fait de grands gestes, il n’a pas prononcé de formules magiques incompréhensibles, il a agi en humain. A ce moment précis, il faisait partie de la foule, il était un des nôtres… il est l’un des nôtres.

 

C’est peut-être ce que beaucoup ne comprennent pas dans la figure de Jésus… c’est d’ailleurs ce que les autorités juives de l’époque n’ont pas compris : s’il est vraiment fils de Dieu, pourquoi se comporte-t-il comme un humain… jusqu’à la mort ?

Et j’avoue : s’il avait été un de ces supers héros bravant tous les dangers, tellement supérieurs, tellement trop… et biens son message ne m’aurait certainement pas touchée : trop lointain surement ! Mais il a partagé notre humanité, toute notre humanité, il a partagé la vie de ses contemporains. L’eucharistie que nous célébrons est également ce partage qui nous permet de sentir sa présence ; dans le fait de passer le pain et la coupe à notre voisin nous revivons en quelque sorte ce grand diner sur l’herbe entourés de 5000 personnes. Nous ne voyons pas le miracle et pourtant nous en sommes au bénéfice : le miracle d’amour, le miracle du partage fraternel et sincère.

 

Ce miracle du partage est sensible dans les 1ers temps de l’Eglise où les fidèles mettaient tout en commun pour que personne ne soit dans le besoin. C’était également un temps où l’accumulation n’était pas au programme.

Aujourd’hui, où est cette notion de partage? Il faut l’avouer, on est plutôt dans le chacun pour soi et Dieu pour tous. C’est vrai au niveau personnel, mais c’est également vrai dans d’autres sphères: les gouvernements, les grandes entreprises, les multinationales qui s’accaparent des biens, des terres au détriment des plus petits, au détriment de notre planète, qui tentent de nous convaincre qu’il n’y a pas d’autres choix de société, d’autres choix de vie et nous sommes perpétuellement abreuvés par cette politique stratégique qui fait de nous des pions sans jugeote. Pas facile de faire marche arrière, de proposer autre chose…, nous sommes tellement noyés par les fausses infos, les mauvaises rumeurs, nous avons l’impression d’être rentrés dans un cercle vicieux duquel nous ne pouvons sortir… Pourtant un autre monde est possible, comme le dit le documentaire DEMAIN : un nouveau monde est en marche. Il ne s’agit même pas de proposer quelque chose de compliqué, de gigantesque, mais juste quelque chose de juste comme le partage des richesses, le partage des biens dans le respect des humains, mais également de cette terre nourricière avec laquelle nous nous comportons comme des enfants indignes et ingrats.

Certains nous diront que c’est utopique et que les récits évangéliques sont trop beaux pour être vrais… : 5 pains et 2 poissons… c’est ça ! Chacun avait apporté à manger mais n’osait pas le sortir, de peur d’être dépouillé ! Mais qu’en voyant certains sortir leur nourriture, tous ont sorti leur repas ! Quand bien même… si le partage est au cœur de ce récit et si c’est la peur qui était présente dans le cœur des gens… voyez comme le partage a été plus fort que la peur, plus fort que les craintes ! Car Jésus nous dit simplement : n’ayez pas peur, faites-moi confiance, faites-vous confiance mutuellement ! Amen

 

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