Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Ne vous endormez pas dans la foi – 21 aout 2016 20 septembre 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 12 h 28 min

Hébreux 12, 5-13 ; Luc 13, 22-30

Il est une tradition dans nos Eglises réformées et luthériennes: celle d’offrir une Bible lors des bénédictions d’union ou lors des baptêmes. C’est un beau signe: la Parole de Dieu entre dans votre maison et avec laquelle vous ferez route. Lorsque ce sont des familles pratiquantes, pas de souci, on sait tout d’abord que la Bible sera ouverte et ensuite, qu’ils sauront de quelle manière l’ouvrir et la lire: je ne veux pas dire par là qu’il n’y a qu’une façon de lire la Bible, mais bien qu’il faut être préparé pour la lire.

Car lorsque ce sont des familles pour lesquelles la parole de Dieu est quasi inconnue, nous ne sommes déjà pas vraiment sûrs que la Bible servira à autre chose qu’à caler des meubles ou prendre la poussière, mais si par bonheur, elle est ouverte pour être lue, et bien il manque le mode d’emploi! Pas facile de se jeter tête la première dans ce livre: par où commencer ? Faut-il tout lire de la 1ère page à la dernière page comme un roman ? Faut-il se concentrer sur l’Evangile? Si oui, lequel?… 

Bien évidemment avant une bénédiction d’union nous avons un travail biblique avec le couple. Mais quand on se retrouve seul devant ce livre, c’est une autre histoire!

On peut aussi décider de lire au hasard… alors, on peut bien tomber : une belle parabole, un commandement d’amour, ou alors se retrouver au milieu d’une épitre de Paul, pas toujours très lisible ou carrément au coeur d’un combat de l’Ancien testament où le peuple élu est appelé à massacrer un village entier! Autant dire que ça peut refroidir toute velléité de lecture!

 

Et bien les 2 textes d’aujourd’hui sont de cette nature, celle qui nous fait dire: et bien, si c’est ça la parole de Dieu, on va tout de suite la faire taire et fermer ce gros livre. Car si on lit en vitesse ces 2 passages, on peut en retirer ces 2 leçons:

  • Dieu est tellement méchant et tout puissant qu’il ferme la porte du Royaume au nez de ceux qui ont côtoyé Jésus et suivi ses commandements!!
  • Dieu aime tellement ses enfants, nous, qu’il nous corrige, nous punit et nous envoie de grands malheurs pour nous prouver qu’il nous aime: étonnante façon de manifester son amour!!

 

C’est sûr que sans les clefs de lecture, on peut se dire qu’on n’a pas besoin de ce Dieu qui châtie et condamne… qu’on préfèrerait un Dieu d’amour comme on essaie de nous le présenter régulièrement. Parce que c’est bien ce Dieu d’amour qui est présenté dans ces 2 passages du Nouveau Testament, pas un autre Dieu…

Mais vous savez comme on peut interpréter le message biblique de différentes manières, alors je vais vous proposer ma lecture, je ne peux pas faire autrement, mais c’est celle qui me permet de me tenir debout, en paix et dans la joie de servir mon Seigneur…

 

L’Evangile de Luc nous présente un Dieu qui, effectivement, donne l’impression d’être un juge inique, qui n’a que faire de ceux qui croient en lui, qui les condamne à la damnation éternelle… Oui, elle peut être difficile à entendre cette parabole du Royaume : Dieu comme un maitre de maison qui filtre l’entrée de son habitation pour ne laisser entrer que certaines personnes, sans que l’on sache vraiment quelles sont les conditions d’entrée. Et pourtant, il faut être volontairement amnésique pour ne pas se souvenir de ces conditions qui sont liées aux commandements laissés par Jésus. Mais peut-on vraiment parler de conditions?

 

A quoi répond cette parabole proposée par Jésus? A une criante évidence de l’époque : tu fais partie du peuple élu, tu es sauvé – quoi que tu fasses, tu es sauvé! En fait, les conditions du salut étaient très simples : être juif. Et bien là, Jésus fait bouger les lignes… d’ailleurs il les fait bouger depuis le début de son ministère. Non, il ne suffit pas d’être « bien » né pour avoir part au royaume de Dieu.

C’est ce qu’il signifie dans sa fameuse sentence: les derniers seront les premiers et les premiers les derniers! D’ailleurs, ce n’est pas exactement cela qu’il dit, mais: il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers: tout n’est pas catégorique, tous ne sont pas à mettre dans le même panier.

 

Oui, certains qui ne sont pas nés juifs peuvent découvrir le message évangélique et se tourner vers Dieu et ils ne sont pas moins légitimes que d’autres. Ils ont leur place dans le peuple de Dieu et dans son Royaume. Et d’autres qui se pensaient déjà installés auprès de Dieu vont tomber de leur piédestal. Parce que suivre Jésus, ce n’est pas toujours une sinécure, même si c’est avec joie qu’on le fait.

En fait, cette parabole, loin d’être celle du jugement est celle de l’espérance : tout n’est pas joué à la naissance, chacun a son rôle à jouer pour et dans le royaume. Mais je ne vois pas non plus de sélection faite pour l’obtention du permis de Royaume, mais au contraire une motivation pour que chacun se mette à agir en enfant de Dieu.

 

Et en parlant d’enfant de Dieu, le passage de l’epître aux hébreux y fait grandement référence! Et de quelle manière!!

« Mon fils, ne prends pas à la légère la correction du Seigneur, et ne te décourage pas lorsqu’il te reprend. 6Car le Seigneur corrige celui qu’il aime, il donne des coups de fouet à tout fils qu’il agrée. », qui n’est qu’une reprise du livre des Proverbes (3, 11-12).

Mais qui peut faire bondir les tenants d’une pédagogie positive ou d’une éducation bienveillante!!… J’espère cependant que ceux qui favorisent une lecture littéraliste de la Bible n’éduquent pas leurs enfants à coups de fouet.

Et oui, 2000 ans après sa rédaction, cette épitre semble tout à fait hors de propos et par sa contextualisation très forte peut nous faire passer à côté du message. Parce que si Paul écrit de la sorte, c’est parce qu’il sait qu’il va se faire comprendre par ses lecteurs, parce qu’il enracine ses propos dans une culture particulière.

 

A ce sujet, une petite question, savez-vous de quelle façon on dit « éducation » en grec? Paideia. Et savez-vous quel est le terme employé pour parler de « correction » en grec? Paideia. Et oui, c’est le même terme car dans la Grèce antique, l’éducation passe forcement par l’idée de correction, de punition pour que les idées rentrent mieux et que les enfants ne fassent plus d’erreur par peur de la sévère correction! L’enfant étant considéré comme sans valeur, insignifiant, finalement, ne servant à pas grand chose, on ne se souciait pas du mal qui pouvait leur être fait: ils n’étaient pas sujets, ils étaient objets soumis au bon vouloir des parents, des maitres et des pédagogues. Dans le judaisme, l’enfant n’est pas mieux considéré, c’est une bouche de plus à nourrir et qui n’est pas en capacité de rendre service: il est également considéré comme un objet. Ne parlons pas de la distinction faite entre filles et garçons… les filles servant encore moins à quelque chose.

 

Mais tout ceci nous permet de comprendre pourquoi Paul parle ainsi aux hébreux car pour eux, le modèle même du Père aimant, c’est celui qui corrige ses enfants lorsqu’ils se trompent, lorsqu’ils font une bêtises… On pourrait dire, tout en grinçant des dents: c’est pour leur bien!! C’est pourquoi Paul compare Dieu à ces pères aimants: si vous traversez des épreuves, c’est Dieu qui vous les envoie pour vous renforcer dans la foi.

Aujourd’hui, je me vois mal faire une visite à une personne malade en lui disant: réjouis-toi mon frère, si tu es si malade c’est parce que Dieu t’aime énormément!! Tu ne te rends pas compte de la chance que tu as!! Non, ce serait totalement déplacé et ce ne serait pas non plus ma conception de la foi.

 

Si Paul parle ainsi aux hébreux, c’est aussi pour leur donner du courage, pour ne pas qu’ils abandonnent dans leur foi, dans leur témoignage car ils sont en proie aux persécutions, mais également au découragement. Comme dirait Paul, ils ont besoin d’un bon coup de fouet pour les remettre debout, pour leur redonner confiance, pour ne plus avoir peur.

C’est un message qui doit parler bien plus aux populations persécutées aujourd’hui à cause de leur foi, qu’aux chrétiens notre société libres de vivre leur foi.

Ce peut également être un message d’espoir aux personnes qui traversent des temps d’épreuve, de maladie: non pas dans ce sens où si ils souffrent c’est à cause de Dieu, mais que ce temps d’épreuve peut les rapprocher de Dieu. Je pourrais dire qu’il n’y a pas de sens à l’épreuve, à la maladie, à la souffrance… mais en fait, il y a le sens que chacun, traversant des temps troublés, veut leur donner: ce sera parfois une correction de la part de Dieu et une réponse humaine qui pourra être le rejet de ce Dieu qui fait souffrir. ce sera parfois, a posteriori, un temps que l’on considérera comme nécessaire dans un chemin de vie, de foi qui n’avait que peu de sens et qui se traduira par un rapprochement avec le Dieu de Jésus-Christ… Ce sera bien d’autres interprétations et messages reçus mais qui ne seront dévoilés qu’à la personne concernée. On ne peut qu’accompagner, proposer des solutions, des pistes.

 

Mais à la lecture de ce passage des Hébreux et également de l’Evangile de Luc, j’ai envie de ne retenir qu’un message qu’à la fois Jésus et Paul nous communique: ne vous endormez pas dans la foi! Vous avez reçu un cadeau inestimable, alors, ne vous endormez pas sur vos lauriers, et vivez de cette foi, par cette foi. Le message de l’Evangile est sensé être une joie pour vous et vous en faites une habitude mortifère et triste: réveillez-vous! Vivez et rayonnez votre joie.

Oh oui, parfois, il nous faudrait un bon coup de fouet pour nous mettre en route, pour témoigner… Mais si nous pouvions éviter de déranger Dieu pour qu’il nous le donne, je vous propose de nous donner nous mêmes un bon coup de pied au derrière et d’arrêter d’être si ramollis, coincés dans notre si confortable statut d’enfants de Dieu… Alors, arrêtons d’être seulement enfants de Dieu et agissons en enfants de Dieu, heureux et fiers!

Amen

 

 

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