Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Tout notre confort – 26 juin 2016 20 septembre 2016

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 12 h 19 min

Luc 9, 51-62

Savez-vous combien de chapitres l’Evangile de Luc possède? 24! Nous n’en sommes qu’au chapitre 9 et déjà l’évangéliste nous dit que les jours de l’enlèvement de Jésus, sa mort et sa résurrection approchent et Jésus décide / prend la ferme décision de se rendre à Jérusalem car il sait que c’est là que les événements vont se dérouler… Mais il n’est pas encore arrivé à destination, il y a de la route à parcourir et sur son chemin, il va faire de nombreuses rencontres et surtout beaucoup enseigner et user de paraboles pour tenter d’expliquer à ses auditeurs le concept de Royaume de Dieu (le Bon Samaritain, le figuier stérile, la graine de moutarde, le Notre Père, des guérisons).

 

Donc, Jésus se met en route au chapitre 9 et il n’arrivera à Jérusalem, avec l’épisode des Rameaux qu’au chapitre 19. Durant toutes ses rencontres, ses enseignements, ses prises de bec, il aurait pu faire demi tour sachant l’issue tragique de ce périple (annonce de sa mort)

Mais non, rien ne pourra l’arrêter, ni ses certaines tentations intérieures (cependant, non pas ce que moi je veux, mais ce que toi tu veux), ni les tentations extérieures. Et elles étaient nombreuses. Ce passage de Luc  où Jésus explique de quelle façon on peut le suivre en est rempli!

 

Commençons par le commencement. Voici un village de samaritains vers lequel Jésus a envoyé 2 émissaires/éclaireurs pour préparer sa venue… mais qui ne veut pas l’accueillir. Pour des samaritains, accueillir un juif n’est pas des plus facile. Mais la raison relevée par Luc n’est pas celle-ci: si les samaritains ne souhaitent pas accueillir Jésus c’est parce qu’il monte à Jérusalem, c’est parce que cet homme met comme objectif à sa mission Jérusalem, cette ville que les samaritains ne reconnaissent pas comme centre de la vie religieuse. Pour eux, c’est sur le Mont Garizim qu’il faut aller prier, pas à Jérusalem.

Toujours est-il que ce village refuse Jésus. Ce n’est pas la 1ère fois qu’il n’est pas accueilli: il a commencé sa vie en étant rejeté et ce n’est certainement pas cela qui lui fera baisser les bras.

1ère tentation que le refus de ce village aurait pu soulever: l’abandon de la mission.

 

La 2ème tentation, elle vient des disciples avec leur envie de vengeance: « Veux-tu que nous disions au feu de descendre du ciel les détruite? ». Comme souvent, à côté de la plaque, mais tellement humain! Oui, ces samaritains ne sont déjà que peu de choses pour le peuple juif, alors, ils peuvent bien mourir. Ah, la tentation de la toute puissance et les disciples voient les choses en grand: ils souhaitent tout simplement que le feu divin détruire ce village.

Jésus serait tout à fait en capacité d’opérer une telle sanction, mais au lieu de cela, il se trouve vers eux et les rabroue. On peut imaginer le dépit de Jésus face à ses disciples: non, ils ne comprennent vraiment rien à sa mission. Mais il leur faut continuer la route.

 

Et voila que se présente à Jésus la 3ème tentation: lorsqu’il rencontre ces 3 personnes et qu’il est alors question de suivante. Cette tentation, c’est celle de la facilité, celle de brader le message de l’Evangile.

Jésus aurait pu s’adresser ainsi à ces personnes: « vous voulez me suivre : pas de problème! Venez, c’est facile. Pour vos familes, ne vous inquiétez pas, nous avons prévu des permissions pour que vous puissiez aller les revoir de temps en temps. Pour le confort: on se trouve toujours des petits coins sympas et on est souvent invité à manger… et au programme, c’est ballade, rencontre des populations locales, découverte culinaire, virée en bateau… » Une version anachronique du club med en somme!

 

Mais bien évidemment, suivre Jésus, ce n’est pas ça et Jésus ne tombe pas dans ce travers pour attirer de plus en plus de monde. Non, il annonce ce que les choses seront vraiment: pas une partie de plaisir, même si le message ouvre sur une espérance inouïe.

 

Mais revenons sur ces 3 personnages dont la présence dans l’Evangile permet d’envisager les difficultés de suivante de Jésus.

Il y a ce premier homme plein d’entrain: « Je te suivrai, partout où tu iras » Il est vraiment motivé et bien Jésus va faire tomber son excitation : Où j’irai? Et bien tu peux dire adieu à ton petit confort parce qu’avec moi c’est débrouillardise et compagnie »

 

Le deuxième lui, n’a strictement rien demandé, il se tient sur le bord du de la route, peut-être étonné de ce convoi exceptionnel qui passe sous ses yeux. C’est Jésus qui l’apostrophe: « Suis-moi ». Pris de court, il ne dit pas non, mais pose une condition: aller ensevelir son Père. Louable comme demande, honorable même! Mais non, mauvaise réponse pour Jésus, car quand on le suit on ne s’embarrasse pas des morts. D’ailleurs, quand on le suit, on est appelé à dépasser notre conception de la mort. Mais Jésus ne fait pas que le rabrouer, il l’envoie en mission. Lui qui n’a rien demandé est appelé à aller annoncer le règne de Dieu.

 

Enfin le 3ème est tout aussi motivé que le 1er: Je te suivrai, Seigneur… MAIS… Et oui, lui aussi met une condition à sa suivance : dire au-revoir à sa famille… tout aussi louable que d’aller enterrer ses morts… Mais plus raisonnable car là, il s’agit de vivants. Mauvaise réponse quand même. Car quand on suit Jésus, on regarde devant, on vit d’espérance, pas de regrets. Regarder derrière c’est ne pas avancer, comme la femme de Loth transformée en statue de sel et à jamais condamnée à l’immobilisme.

 

3 personnages, 3 profils, 3 volontés, mais un seul envoi en mission: l’envoi de celui qui ne demandait rien, comme si on ne pouvait être envoyé que par l’extérieur, on ne peut se missionner tout seul.

Ce texte nous invite à réfléchir nous aussi à ce qui nous retient en arrière, ce qui fait que nous sommes dans la suivance, mais à condition… et en condition, nous sommes très forts, à différents niveaux et à différentes étapes de notre vie: je ferai plus une fois que les enfants seront grands, enfin, j’aurai du temps… Maintenant que les enfants sont partis, on profite des WE pour voyager, voir les amis… Maintenant qu’on est à la retraite, on réserve nos WE et beaucoup de nos semaines à nos petits enfants… (forcement, c’est vous qui êtes là, qui entendez cela… mais vous pourrez ressortir l’argument à vos amis).

 

Et il faut l’avouer, nous ne sommes pas prêts à tout abandonner pour suivre Jésus. En tant que pasteurs, nous sommes les 1ers à vouloir préserver notre famille de cet engagement qui pourrait être non stop pour l’Eglise… Mais il est important de distinguer l’institution de la foi. Car notre engagement de foi ne s’arrête pas à la porte du temple: nous sommes tout aussi chrétiens à l’intérieur qu’à l’extérieur, enfin, je l’espère. Et nous devons vivre en tant que chrétiens dans la cité, dans notre famille, ne pas nous excuser de cela… ce serait comme regarder en arrière et oublier le message d’espérance de l’Evangile.

 

Mais bon, en tant que chrétiens vivant en France, on ne peut pas dire que nous sommes déstabilisés et que nous avons à abandonner notre petit confort.

Dimanche dernier, nous avions un culte à Albertville. A la fin du culte, je commençais à lire un texte d’envoi… et j’ai été obligée de m’arrêter parce que ce jour-là, il résonnait d’une étonnante façon… et aujourd’hui, il résonne également étonnamment à cause des textes bibliques. Vous l’avez surement déjà entendu: « Si Dieu nous envoie, ce n’est pas pour vivre confortablement et douillettement dans l’assurance de son amour et de son pardon. »

Finalement lorsque nous nous disons cela le dimanche matin, de quelle façon ces paroles résonnent en nous? De quelle façon sommes-nous « dédouilletés » ou « déconfortés ». Dimanche dernier notre confort nous explosait à la figure.

 

Nous n’étions pas nombreux: 10 au total, dont 7 américains: les 2 parents et les 5 enfants, dont le petit dernier qui n’a pas plus de 1 mois.

Une famille qui repart après demain au Tchad comme missionnaire. Alors comme expérience destabilisante, elle se pose là!

Entre nous, nous nous disons que ce n’est pas facile d’être chrétien, qu’on ne peut pas s’exprimer, mais finalement, quand on fait vraiment l’expérience, quand on assume notre foi et qu’on est bien dans ses chaussures, mais surtout qu’on n’impose pas une quelconque supériorité comme les disciples qui se sentant détenteurs d’une vérité sont prêts à exterminer toute la population d’un village… et bien tout se passe bien.

 

Et ces missionnaires qui partent au Tchad ne partent pas non plus avec une vérité à imposer, ils seraient les mal venus… mais avec une présence bienveillante inspirée de l’Evangile et nourrie par leur foi. Ils n’y vont pas en colonisateurs comme les occidentaux ont pu le faire il y a quelques décennies encore… mais bien comme des frères et soeurs au milieu d’une communauté.

 

Alors, aujourd’hui, je ne vais pas conclure ma prédication, mais juste vous laisser ces interrogations: qu’est-ce qui nous retient, qui nous fait regarder en arrière? quel part de notre confort est-on d’accord d’abandonner?

 

 

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