Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Changer de lunettes… – 2 octobre 2016 24 janvier 2017

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 11 h 51 min

Luc 17, 1-10

« Si vous aviez la foi comme une graine de moutarde »… Qu’est-ce qu’elle fait parler d’elle cette graine de moutarde dans l’Evangile. Rappelez-Vous en Luc 13, Jésus compare le Royaume  cette toute petite graine qui pousse jusqu’à devenir un arbre pouvant accueillir des oiseaux.

Cette semaine, j’ai vu un reportage sur la culture de la moutarde en Bourgogne… ça ne ressemblait pas vraiment à des arbres… Mais bon, disons que la moutarde de Palestine était plus branchue que la bourguignonne.

Cette graine on la retrouve aussi dans l’Evangile de Matthieu: « Jésus leur répondit : « Parce que vous avez trop peu de foi. Je vous le déclare, c’est la vérité : si vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez à cette colline : “Déplace-toi d’ici à là-bas”, et elle se déplacerait. Rien ne vous serait impossible. »

Et justement, sur ces interventions de Jésus concernant la foi grande comme une graine de moutarde, je m’interroge, enfin, plus exactement, j’ai envie d’interroger Jésus: franchement, quelle est l’utilité de déplacer une montagne? Ou encore de planter un pauvre murier qui n’a rien demandé au beau milieu de la mer? Sincèrement, ça ne sert strictement à rien. Il aurait pu dire: si vous aviez la foi comme une graine de moutarde vous pourriez vous aussi multiplier les pains, relever les morts… ça au moins, c’est utile!!

Mais bon, laissons de côté ce murier et lisons un peu avant et un peu après.

 

Un peu avant, Jésus dit aux disciples et donc à nous, qu’il ne faut pas que nous soyons source de scandale, case de chute pour les plus petits de nos frères et une de ces attitudes qu’il nous faut adopter est celle du pardon.

Nous devons pardonner même 7 fois à celui qui a une démarche de conversion. Mais il faut être honnête, pardonner déjà une fois demande de l’énergie et parfois oblige à prendre sur soi, alors 7 fois, ça frôle l’épuisement ou la crise de nerf.

Ca me fait penser quand une de mes filles fait une bêtise assez récurrente et qu’elle s’excuse, j’ai tendance à lui dire: c’est bien beau de s’excuser, mais est-ce que ça sert vraiment à quelque chose puisqu’on sait très bien toi et moi que tu ne vas pas spécialement faire d’effort pour éviter de refaire cette bêtise. Et oui, car ça agace d’être face à une personne qui réitère inlassablement les mêmes erreurs qui peuvent parfois nous blesser profondément.

Et bien Jésus nous dit que certes il faut rabrouer l’autre lorsqu’il a péché contre nous mais qu’il faut aussi être en capacité de lui pardonner autant de fois que cela sera nécessaire.

 

Allons voir maintenant un peu après avec cette histoire de serviteur inutile.

A 1ère lecture, on se dit que ce n’est pas juste, que, oui, nous avons besoin de reconnaissance lorsque nous accomplissons notre mission, besoin qu’on nous remercie pour le travail accompli, qu’on fasse une fête en notre honneur pour nous célébrer, pour célébrer notre ouvrage… Et bien non nous dit Jésus : tu devais faire une tache, tu l’as faite, c’était ton job, pourquoi te remercier? Certes, mais nous pourrions rétorquer à Jésus: d’accord, pas de remerciements, mais de là à dire que nous sommes inutiles, c’est un peu fort. Car tout de même, l’esclave laboure, pait les bêtes, on ne peut pas dire que ce soit inutile.

 

Alors, je vous propose de quitter le point de vue de notre petite personne qui a du mal à pardonner par peur de perdre sa dignité, qui a du mal à accomplir sa mission sans attendre les honneurs et de chausser d’autres lunettes, celles de Jésus, même si l’image est totalement anachronique.

Et maintenant, relisons le texte avec comme optique non pas nous-mêmes mais le Royaume, car, a priori, c’est bien de cela que Jésus est venu nous parler, c’est bien le Royaume qu’il est venu annoncer.

 

Malheur à nous si nous sommes cause de scandale – traduisons par: malheur à nous si par notre comportement nous détournons un frère à l’annonce du Royaume. Même si il n’est pas toujours aisé de savoir de quelle façon seront interprétés nos gestes et nos paroles… Mais lorsque nous semons la haine au lieu de l’amour, lorsque nous jugeons, condamnons de manière péremptoire, oui, nous sommes des freins pour le Royaume.

 

Et Jésus nous donne cet exemple du pardon: si tu n’es pas en capacité d’accueillir ce frère qui vient quémander ton pardon, tu freines l’annonce du Royaume, même si ce frère a besoin de plusieurs essais pour aboutir au changement radical. Oui, tu dois l’accueillir et non pas le rejeter : ce n’est pas une question d’honneur, mais c’est une question qui te dépasse, celle du Royaume.

 

Mais Jésus se trouve face à des disciples qui n’ont pas encore revêtu les lunettes de Jésus et qui se disent que pour être capable de pardonner jusqu’à 7 fois la même personne pour le même péché, il faut nécessairement acquérir un surplus de foi! Alors, ils demandent, mais ils n’obtiennent qu’une petite parabole de graine de moutarde et de murier.

Alors, cette histoire de murier planté dans la mer est-elle toujours inutile lorsqu’on s’élève vers le Royaume? La foi permet de déraciner un murier et de le planter dans la mer. Traduisons: la foi permet de déplacer un arbre bien vivant au milieu de la mer qui est a priori le lieu de la mort pour de tels végétaux, mais avec la foi, il est possible de transformer ce lieu de mort en lieu de vie.

Ainsi traduite, cette histoire fait lien avec la question du pardon. Le péché, c’est le lieu de la séparation d’avec Dieu, d’avec son prochain, le lieu de la mort de la relation et bien, par le pardon accordé au pécheur, il est possible de remettre de la vie là où la mort, petit à petit, s’insinuerait. Il s’agit donc d’espérance.

 

Et maintenant, cette histoire de serviteur. Nous sommes appelés au service, à proclamer le Royaume, à annoncer la bonne nouvelle de l’Evangile, à venir en aide aux plus petits, aux plus faibles de nos frères. Voila la mission pour laquelle nous avons répondu présents. ALors, lorsque nous servons, lorsque nous annonçons l’Evangile, lorsque nous aidons, nous faisons juste notre part de travail en vue du Royaume, non pas en vue de notre salut, mais en vue de l’avénement du Royaume.

 

Ce terme d’inutile peut aussi être traduit par simple ou encore sans mérite. Nous sommes là, dans la gratuité du service pour une mission que l’on peut prendre comme un don, comme une marque d’amour et de confiance. A nous de vivre pleinement le service sans attendre de reconnaissance quelconque, mais juste pour nous-mêmes, avoir la satisfaction d’avoir pu servir à quelque chose dans le projet de Dieu.

 

Parfois, on a du mal à remplir cette mission – comme lorsque Jésus nous demande d’aimer nos ennemis; parfois on aimerait en faire encore plus, mais Jésus nous demande de faire notre juste part de travail, ni plus, ni moins; moins, ce serait freiner l’annonce du Royaume, plus ce serait prétendre à une place qui n’est pas la nôtre, une place de pouvoir, une place d’importance au risque d’esquiver la mission et de ne plus servir que notre propre personne, déchaussant ainsi les lunettes qui nous avaient permis de nous élever vers le Royaume.

 

Oui, nous sommes des serviteurs inutiles, sans mérite, notre travail ne bénéficiera d’aucun remerciement, notre participation au Royaume ne dépend pas de nos actions… Pas de rétribution! Ca doit nous parler en tant que protestants: ce que nous faisons n, la façon dont nous effectuons notre service ne sert rien dans une optique de salut. Et c’est bien parce qu’on a rien à perdre, qu’on a déjà tout gagné en Jésus-Christ, que nous pouvons humblement servir, sans rien attendre en retour.

 

Réjouissons-nous d’être simplement au service d’une si belle mission: témoigner de l’amour de Dieu auprès de nous, ses enfants!

 

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