Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Relevez-vous – 23 octobre 2016 24 janvier 2017

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 11 h 59 min

Luc 18, 9-14

On aime bien voir des leçons de morale dans les Evangiles et plus particulièrement dans les paraboles proposées par Jésus. On aime bien quand on peut distinguer sans souci le gentil et le méchant et lorsque le méchant est puni et que le gentil gagne. Nous sommes parfois restés sur des clivages enfantins: dimanche dernier, la parabole de la veuve et du juge suivait ce schéma – la pauvre veuve face au juge injuste… et voila que la veuve obtient justice: un vrai conte de fées!

 

Il arrive que Jésus nous prenne par surprise: que le méchant ne soit finalement pas si mauvais que ça, voir même qu’il ait le meilleur rôle dans l’histoire. Samedi dernier avait lieu le baptême de Guilhem Houdant à l’Eglise de Montagne. Ils avait choisi la parabole du fils prodigue… Elle est pleine d’espérance cette parabole, elle est belle, mais avouons-le nous avons de la peine pour le fils ainé qui voit son frère, cet incapable, cet ingrat, être été par son père… Parce que ce n’est pas juste, selon notre conception de la justice, que ce fils indigne soit accueilli.

 

Alors, aujourd’hui, cette parabole nous fait plaisir: on revient aux fondamentaux de notre justice humaine: le vaniteux pharisien est rabaissé et l’humble collecteur de taxes est élevé.

Mais est-ce que nous sommes vraiment en présence de leçons de morale dans l’Evangile? Non, bien sûr que non. Jésus ne fait pas la morale mais il nous ouvre les yeux, il nous propose de nouvelles façons de voir le monde, de vivre la justice. Parce qu’après tout, si nous sommes satisfaits de l’abaissement du pharisien, c’est parce qu’on a pris l’habitude de le voir, lui et ses semblables, comme des opposants de Jésus qui lui tendent des pièges, qui vont tenter de le faire condamner… Pourtant, on oublie qu’ils ont souvent accueilli Jésus à leur table, pour discuter, pour être instruits. Car les pharisiens étaient avant tout des juifs très exigeants, zélés. Le mot pharisien vient de l’araméen et signifie « séparé »… Ils se séparaient du péché, de l’immoralité ambiants et pour cela ils avaient codifié les 613 commandements de la Torah.

Si nous avons cette diatribe contre les pharisiens dans l’Evangile de Luc c’est surtout parce qu’on moment de la rédaction de cet Evangile, après la chute du Temple en 70, les pharisiens n’étaient pas tendres avec les disciples de Jésus, ils en étaient même venus à les persécuter.

Luc, d’une certaine façon règle ses comptes avec cette partie du judaïsme.

Il est donc important de prendre véritablement ce texte comme une parabole qui peut tous nous concerner et pas comme une attaque du pharisianisme.

 

Maintenant que nous sommes avertis, reprenons cette parabole.

Nous avons donc 2 hommes que tout oppose

  • 1 pharisien, juif fervent, zélé, qui respectent scrupuleusement les commandements
  • 1 publicain, collecteur d’impôts qui avait mauvaise réputation car il récoltait les impôts pour les romains, les envahisseurs. Il était considéré comme un traitre au peuple et pire encore: son salaire, il le percevait sur les taxes récoltées et certains avaient tendance à abuser de cette contrepartie et à gonfler les impôts de leurs concitoyens. Autant dire qu’ils étaient mal vus. Le théologien protestant Michel Barlow a bien résumé la chose en concluant qu’ils étaient à la fois escrocs et collabos!

 

Ce pharisien et ce publicain ont tout de même un point commun: ils montent au temple pour prier. Mais ce n’est pas tout, tous 2 sont profondément convaincus de leur condition et ils sont profondément sincères et justes dans leurs prières. Pourtant, leurs adresses à Dieu sont à l’opposé: l’un s’élève, l’autre s’humilie.

 

Revenons à la prière du pharisien… d’ailleurs, peut-on vraiment appeler cela une prière? Luc précise pourtant « le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même ». On peut également traduire la fin de cette phrase par : « priait ainsi POUR lui-même » comme si il se réconfortait par le rappel de tous ses bons actes: le jeûne, l’offrande au Temple. Mais il est aussi dans la comparaison, ou plus exactement, dans le mépris de l’autre qui ne peut être que mauvais, moins bon que lui, lui-même ayant atteint un certain degré de perfection, personne ne peut rivaliser avec lui.

Se présenter à Dieu pour exposer sa satisfaction d’être tel qu’on est peut prendre la forme de remerciement, d’une prière de louange: « Merci Seigneur de me permettre d’être un homme pieux, à ton service »… Mais se présenter à lui en appuyant sa satisfaction sur le mépris et la haine de l’autre est une étrange manière de faire.

 

Finalement, j’ai presqu’envie de changer les propos du pharisien pour que sa présentation soit plus assortie à sa prière. Dans la version évangélique, voici ses premières paroles: « O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes »… Je crois que pour être plus cohérent, il faudrait y lire: « O Dieu, rends moi grâce car je ne suis pas comme le reste des hommes ». Comme si il se justifiait lui-même et que Dieu ne pouvait qu’entériner cette auto-justification par une justification divine.

 

Laissons quelques instants le pharisien, d’ailleurs, il n’a pas vraiment besoin de nous… a-t-il d’ailleurs besoin de quelqu’un, a-t-il même besoin de Dieu? Laissons-le tout de même et approchons-nous du publicain qui est resté en retrait comme si il ne se sentait pas digne de s’approcher symboliquement de Dieu en se mettant au même niveau que le pharisien.

Lui aussi est debout, d’ailleurs, c’est encore un point commun avec le pharisien. Mais, alors que le pharisien se tient debout, droit dans ses bottes, fier, le publicain est debout parce qu’il avance vers le Temple, mais il ne va pas jusqu’au bout, il s’arrête net et si il avait pu se glisser dans un trou de souris, il l’aurait fait. Car dans sa bouche, nous pouvons sentir poindre un soupçon de honte: il sait qui il est, il est conscient que certainement parfois il s’est laissé aller au vol sous prétexte de collecter les impôts, il sait qu’il a été dans l’abus. Sa prière est une plainte, une tentative qu’il croit peut-être inutile pour une ultime chance de salut…

 

Voici donc ces 2 protagonistes et Jésus (ou Luc) ne va pas se mettre du côté du pharisien, ça nous l’avons bien compris, mais de ce pharisien tel qu’il est présenté ici qui préfère écraser, mépriser l’autre pour se sentir encore plus pur et qui n’intercède pas auprès de Dieu, mais d’une certaine façon demande à Dieu de constater qu’il a coché toutes les cases, qu’il a bien suivi le manuel du bon petit pharisien… Mais à trop vouloir s’élever, on se retrouve abaissé.

 

Il est ici question de justice et de justification.

La justice, on la trouve chez le pharisien qui vit dans cette justice: il obéit à tous les commandements, il est donc juste, on ne peut pas lui s’opposer à cela. Il est juste, il se sait juste.

La justification, elle est du côté du publicain. Ou plus exactement, du côté de Dieu qui va se pencher vers le publicain pour le justifier.

Et la justification passe par la relation. Comme je le disais, le pharisien est juste, il se sait juste et il est bloqué dans un cercle fermé où il n’y a que lui et où les autres, si ils apparaissent sont considérés comme des moins que rien. Le publicain quant à lui est pleinement dans la relation avec Dieu: il sait qui il est et il demande à Dieu de bien vouloir faire quelque chose pour malgré tout ne plus être pécheur. Il est prêt pour un nouveau départ.

En fait, le pharisien est déjà arrivé, il a tout fait, tout réalisé. Il est dans l’acquis et ne veut rien recevoir de nouveau. Le publicain en tant que pécheur a encore tellement à recevoir. Il est dans la conversion, il s’ouvre à d’autres possibles pour lui.

 

Heureusement que le pharisien n’a pas lu Paul lorsqu’il écrit aux Romains et qui rappelle en citant à sa façon les écritures: « il n’y a pas de juste, pas même un seul ».

Est-ce que vous savez exactement ce que signifie la justification? C’est la façon dont Dieu décide de sauver un pécheur, alors qu’à première vue, il ne le mérite pas… mais justement, le mérite n’a plus rien à faire dans la justification, à la différence de ce que l’on peut considérer dans la justice humaine. C’est une démarche qui vient de Dieu et c’est pour cela que l’on parle de justification par la grâce, et c’est aussi pour cela qu’on ne peut s’auto-justifier.

 

Que retenir de cela… Qu’il ne faut pas s’enorgueillir de notre foi, cela serait d’ailleurs totalement déplacée puisque cette foi ne vient pas de nous, mais de Dieu; qu’il ne faut pas non plus entrer dans la comparaison avec d’autres humains, d’autres enfants de Dieu : « O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme… cet athée, ce musulman, ce migrant, ce catholique, cet évangélique, comme mon voisin de banc… »

Mais n’ayez crainte car même si nous n’arrivons pas à combattre nos mauvais penchants, si nous n’arrivons pas à nous dépatouiller avec ce satané péché, Dieu ne coupe pas la relation, lui, il veut encore et toujours être proche de nous… A nous de ne pas l’oublier. Amen.

 

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Youssef ALLOUCHA |
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