Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Un peu de cohérence, svp – 8 janvier 2017 24 janvier 2017

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 12 h 13 min

Esaie 60, 1-6 ; Epésiens 3, 1-6 ; Matthieu 2, 1-12

Avez-vous résisté à la tentation? Non, je ne parle pas des repas conséquents de réveillons, même si, je l’espère, vous n’avez pas fait trop d’excès payables à plus ou moins long terme… Je voulais parler de la tentation de manger une galette des rois avant l’heure, avant la date fatidique de l’épiphanie : aujourd’hui (demain).

J’avoue, je me confesse devant vous, je n’ai pas résisté à la tentation… j’ai craqué et acheté une galette mercredi pour la manger avec les enfants.

Toutes les boulangeries proposent leurs galettes, leurs couronnes, les associations organisent des ventes de galettes, elles sont dégustées à l’école, entre collègues, les mairies organisent des combinaison de voeux et de dégustation de galettes. Tous le monde est en mode galette des rois… Ca ne vous interroge pas? Moi, j’avoue que ça me perturbe un peu…

 

Parce que  lorsque nous parlons de galette des rois, nous sommes bien en train de parler des rois mages, ceux-là mêmes qui ont apporté des présents à l’enfant Jésus, même si dans l’Evangile, ils ne sont pas rois.

Donc, pour récapituler, on ne peut pas parler de la naissance de Jésus dans les bâtiments et institutions publics, mais on peut fêter les rois qui viennent se prosterner devant le petit Jésus qui vient de naitre…

 

Autant je ne suis pas une grande fan des crèches dans les mairies, les écoles et autres, autant, il faut faire preuve d’un peu de cohérence: soit on parle de Jésus, soit on n’en parle pas, mais il faut se tenir à une certaine logique et à une rigueur intellectuelle car c’est quelque peu se moquer du monde.

 

Même dans les plus hautes sphères de l’état, état laïc comme on se plait à nous le rappeler à tout bout de champ, on fête les rois. A l’Elysée, on partage la galette, avec une petite spécificité car il n’y a pas de fève dedans afin d’éviter que le président ne soit fait roi. Donc, comme à l’Elysée on mange la galette des rois, j’ai jeté un coup d’oeil sur les sites gouvernementaux pour savoir de quelle façon ils légitimaient la tradition des rois dans ce pays laïc qui refuse les crèches en mairie. C’est sur le site du ministère de l’agriculture que l’on trouve une explication concernant cette galette.

 

Donc le site se réjouit que le temps de la galette arrive et nous propose de revenir aux origines de la galette. Alors, on nous explique bien que l’origine n’est pas chrétienne, mais païenne. Pour votre culture, voici ce que l’on peut dire de cette galette: « les romains utilisaient des fèves blanches ou noires, durant les saturnales de début janvier, pour élire l’esclave « roi d’un jour ». Sous l’Ancien Régime, la galette, plus communément appelée gâteau des rois, tombait en pleine période des redevances féodales. Il était d’usage d’en offrir une à son seigneur.

Ce n’est qu’en 1801, que le concordat fixe la date de l’Épiphanie au 6 janvier. La tradition de la galette s’installa ainsi durablement en France. Au moment de la Révolution française, on tente de la supprimer – on ne devait alors plus parler de roi – mais cette tentative se solde par un échec. »

 

Pour ce qui est de la tradition chrétienne, il nous est dit ce ci: « La galette des rois est reliée depuis des décennies à la fête chrétienne de l’Épiphanie, célébrée le 6 janvier. C’est l’occasion de « tirer les rois ». Cependant, comme beaucoup de fêtes religieuses, la galette des rois découle à l’origine d’un rite bien païen. Ce n’est que plus tard qu’elle devint une tradition culinaire, le jour de l’arrivée des Rois Mages. »… Donc, j’imagine quelqu’un qui n’a aucune culture religieuse, qui lit ce texte et qui doit se demander : l’arrivée des mages où et pourquoi? Comme si le censeur de la République avait insisté pour que le nom de Jésus, ô nom repoussant au possible, disparaisse de l’explication…

Et nous ne dirons pas non plus au rédacteur de l’article que l’Epiphanie est fêtée en occident depuis le 4ème siècle et qu’il s’agissait alors de la fête principale du Christianisme. Elle regroupait alors l’adoration des mages, le baptême au Jourdain et les Noces de Cana. Ce n’est qu’au 16ème siècle que la séparation entre ces trois commémorations sera effective.

 

Et nous ne dirons pas non plus au rédacteur de l’article que le concordat n’a en rien fixé la date du 6 janvier, mais au contraire, en supprimant un certain nombre de jours fériés a déplacé l’Epiphanie au dimanche le plus proche… Non, non tout cela nous ne le dirons pas au rédacteur.

 

Donc si j’ai bien compris toute l’explication, à l’Elysée on  tire les rois au moment de l’Epiphanie en référence au rite paien et certainement pas pour faire une allusion aux mages venu à la rencontre de l’enfant Jésus… mais bien sûr!… Nous ne sommes pas loin de faire appel à la célèbre marque de boisson pétillante américaine qui est à l’origine de la popularité du père Noel pour nous trouver un autre créneau porteur de succès pour la fête de l’Epiphanie… que pourraient-ils nous inventer? En lien avec Disney quelque chose avec la reine des neiges qui pourrait fêter son anniversaire le 6 janvier… et hop, exit les rois mages et le petit Jésus et le tour est joué!

 

Niveau cohérence, je donne donc une très mauvaise note… Par contre, certains sont cohérents, comme ces maires qui ont insisté et parfois bravé les interdits pour installer des crèches dans leur mairie (je le répète, je ne suis pas forcement pour, je suis plutôt indifférente sur le sujet) et qui donc peuvent en toute légitimité offrir la galette à leurs administrés au moment des voeux de nouvelle année. Et parmi ceux-ci, je voudrais en citer un : le célèbre maire de Bézier, Robert Ménard. Non, n’hurlez pas, reconnaissez qu’il est cohérent: il installe la crèche dans sa mairie et dans une logique toute simple fête l’Epiphanie en tirant les rois.

 

Cependant, il faudrait peut-être lui rappeler un petit quelque chose qui pourrait être gênant dans cette histoire de galette partagée avec les séniors de la ville cette année à Bézier… Car les fameux mages, communément appelés rois-mages venus adorer Jésus et lui présenter des présents viennent, selon l’Evangile d’Orient… et sans vouloir faire de peine à M. Ménard et à tant d’autres, l’Orient de Bethléem, ce n’est rien d’autre que ce que l’on nomme aujourd’hui : Jordanie, Irak, Arabie Saoudite, Iran, Afghanistan, Pakistan, voire même, pour l’orient du nord, la Syrie… Et oui, les mages présentés dans l’Evangile étaient certainement, pour employer un terme très générique et plutôt péjoratif aujourd’hui: des arabes! Ah!!! des arabes dans la crèche: mon Dieu!! … Tout cela au moment où ce maire refuse d’accueillir des réfugiés de la même origine que les mages, ça la fout mal!

 

Mais ouf, nous sommes sauvés, car la tradition et les exégètes sont passés par là et nous ont proposé des mages aux prénoms policés, en latin à l’origine, mais qui ont donné des prénoms qu’on peut considérer comme « bien français »: Gaspard, Melchior et Balthazar. Et pourtant… Gaspard (peut être de l’hébreu ghaz, trésor, ou du sanskrit gathaspa – celui qui vient voir), Melchior (qui vient de l’hébreu Malak, le roi), Balthasar (Bel Shar Oursour, Bel, protège le roi en babylonien). Tout cela n’est pas bien français!!

 

Alors là, nous sommes proches d’une autre incohérence : Fêter Noël autour de Jésus dans la crèche, se réjouir autour de la galette en fêtant les rois offrant des présents à Jésus… mais au final ne pas mettre en pratique les commandements de Jésus dans sa propre ville, dans sa propre vie.

Car ce qui nous est présenté dans ces récits de l’enfance ce n’est rien d’autre que l’accueil et la reconnaissance. L’accueil d’un petit enfant comme Sauveur, loin de tous les clichés et attentes de l’époque. La reconnaissance envers Dieu de Joseph et Marie pour la naissance de Jésus. L’accueil de ces mages étrangers auprès de Jésus et l’accueil qu’ils lui feront au fond de leur coeur. La reconnaissance des mages pour cette naissance qui promet un avenir tellement différent.

 

Et si c’était finalement ces savants, ces rois-mages qui donnaient toute sa portée à la fête de noël, tout son relief et son importance pour nos vies ?

 

Noel, c’est la naissance du fils de Dieu, ou plus exactement, c’est la naissance du fils du Dieu des juifs, car c’est bien dans ce contexte, pour le peuple d’Israel que Dieu fait naitre son fils : il suffit de reprendre les propos de l’ange s’adressant à Marie : « le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son Père et il règnera pour toujours sur la maison d’Israel ; son règne n’aura pas de fin ». C’est donc bien pour le Israel, pour le peuple juif que cet enfant nait !

Pourtant l’arrivée de ces 3 hommes importants venus d’Orient va donner une nouvelle dimension à cette naissance. Ces 3 savants ouvrent une perspective universelle. Avec eux, c’est donc toute l’humanité qui est concernée par cette naissance. Tous les hommes, toutes les femmes et plus seulement Israel.

 

Cependant, nous le savons, Jésus, durant son ministère, se tournera premièrement vers les juifs, les circoncis. Et puis, il y aura cette rencontre avec une femme cananéenne qui lui demandera de sauver sa fille. Jésus la repousse dans un premier temps, puis, témoin de sa grande foi lui dit : « O femme, grande est ta foi ; qu’il advienne ce que tu veux ». Il y aura encore cette samaritaine à qui Jésus demande de l’eau et avec laquelle il va s’entretenir… alors qu’elle est femme et non juive !

 

Beaucoup de juifs restant sourds à son enseignement, Jésus se tourne également vers les incirconcis déplaçant ainsi les frontières de celui qui est appelé le peuple élu. Et ces incirconcis, ces incroyants, ces impurs vont être sensibles aux enseignements du Christ.

 

Oui, ces 3 savants venus de l’Orient ont été les prémices d’un bouleversement dans la conception du peuple de Dieu. Ainsi, la finale de l’Evangile de Matthieu : « Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez, faites des gens de toutes les nations des disciples, baptisez-les pour le nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint, et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé. »

Le Christ ne dit pas : « Allez, faites de toutes les nations des disciples et circoncisez-les » ! Non, c’est bien le baptême qui est enseigné, signe d’une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes qui passe par le Christ.

 

L’Epitre de Paul aux Ephésiens va dans ce sens. Il est l’apotre des paiens. L’Evangile est pour eux aussi. Et on le voit bien avec tous les voyages que Paul a fait autour de la méditerranée, auprès de paiens, de grecs polythéistes… et je ne sais quels croyants encore : ils sont tous dignes d’entendre l’Evangile, d’entendre cette Bonne nouvelle qui a changé sa vie et qui peut leur changer la vie. Les non juifs, comme il le dit, ont part au même héritage que les juifs, font partie du même corps, par Jésus et participent à la même promesse.

 

L’Epiphanie, c’est donc cela : l’ouverture des frontières pour que tous soient héritiers de la Bonne Nouvelle de Jésus, le Christ.

 

Alors si l’on fête Noel et l’Epiphanie sans mettre au coeur de sa vie l’accueil et le souci de l’autre comme les mages ont eu souci de Jésus en lui présentant des offrandes, nous sommes hypocrites… Malheureusement aujourd’hui en France, l’accueil est un délit. Accueillir l’autre en danger, l’autre qui vient de traverser des pays entiers pour fuir la guerre est passible de prison et d’amendes sonnantes et trébuchantes… Vivre en humanité dans notre pays riche est devenu presque impossible… on préfère graisser la patte du gros bonhomme rouge et s’empiffrer de galettes sans même vouloir comprendre le pourquoi du comment tout en s’assurant que l’autre que l’on veut pas accueillir ne nous pique pas un morceau de galette…

 

C’est un tableau bien pessimiste que je vous dresse en ce début d’année… Mais heureusement, il y a la foi, cette foi qui nous fait espérer. Cette foi en Dieu qui nous aime, mais aussi cette foi dans les hommes et les femmes de bonne volonté qui partout sur notre terre cherche à remettre au coeur du monde la dignité et l’humanité. L’homme est en capacité de rendre le monde très laid… mais il a aussi le pouvoir de le rendre meilleur et tellement beau… c’est à nous de nous mettre à l’oeuvre pour y faire rayonner l’amour de Dieu. Amen

 

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