Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Relever le goût – 05 février 2017 6 février 2017

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 14 h 25 min

Esaie 58, 7-10 ; 1 Corinthiens 2, 1-5 ; Matthieu 5, 13-16

 

Il y a une dizaine de jours, j’étais à Lyon pour le comité de rédaction du journal Réveil. En descendant du train, j’ai été frappée par la couleur du sol: du blanc… non pas de la neige, ni du givre… mais du sel, en quantité astronomique déversé sur les trottoirs. Il y avait eu une alerte aux pluies yerglacantes alors la mairie avait du tirer la sonnette d’alarme et lancer toutes les saleuses dans les rues lyonnaises. Je ne sais pas si les pluies yerglacantes sont tomvées, mais toujours est-il que nous marchions sur une couche épaisse de sel humide… et le sel humide, ça glisse! Autant vous dire qu’en montant à la croix rousse , j’ai croisé un grand nombre de personnes se retenant aux voitures ou aux murs pour ne pas se retrouver par terre. Il y avait tellement de sel que beaucoup avaient choisi d’emprunter la rue et d’abandonner les trottoirs… Au final, la mairie aurait pu faire l’économie de plusieurs tonnes de sel.

Encore une anecdote… dans notre résidence les lumières extérieures ont été remplacées par des spots dignes d’une prison de haute sécurité. La raison?… je ne la connais pas… certainement pour surveiller, caché derrière nos fenêtres que personne ne touche aux sacros saintes voitures,  car ces lumières ne sont pas pour les piétons, espèce en voie de disparition dans notre résidence car elles éblouissent tellement qu’on est obligé de se protéger les yeux et de baisser la tête. Autant dire que si quelqu’un souhaite nous agresser, il peut le faire, on ne verra rien, seuls les voisins à leur fenêtre pourront voir quelque chose.

 

2 petites anecdotes en lien avec notre texte biblique et qui parlent de sel et de lumière. Dans ce passage, Jésus nous parle du trop peu: si le sel ne sale plus assez, il est bon pour la poubelle; si la lumière est cachée, elle ne sert à rien!

Mais qu’en est-il du trop? Jésus n’en parle pas. Pourtant, une soupe trop salée est imbuvable…. un trottoir trop salé peut causé des accidents, une mer trop salée empêche toute vie à l’image de la mer morte que Jésus connaissait. Une lumière trop forte devient aveuglante et empêche de voir. Le sel et la lumière de l’Evangile peuvent-ils être trop? Et ce qui peut nous paraitre trop n’est peut-être aux yeux de Dieu que du juste assez.

La façon de Jésus d’insister sur le pas assez est peut-être une manière de nous dire: ne vous souciez pas du « trop »… le principal est déjà de sortir du « trop peu »

 

Alors, que faut-il faire pour devenir sel de la terre et lumière du monde? Et bien, rien! Parce que Jésus pose ici des faits: vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. Vous pouvez vous cacher, vous enfermer à double tour, vous brillerez tout de même… Mais pour le coup, vous brillerez pour rien.

Vous êtes la lumière, nous sommes la lumière; vous êtes le sel, nous sommes le sel… mais nous n’avons aucun mérite à tirer de cela. Tout nous est donné. La question est donc la suivante: que nous reste-t-il à faire?

 

Précédemment dans l’Evangile de Matthieu se trouvent les fameuses béatitudes. Ces « heureux » parfois considérés comme l’apothéose de la vie chrétienne : soyons affligés et nous serons consolés; ayons faim et soif de justice et nous serons rassasiés; faisons la paix et nous serons appelés fils de Dieu; soyons persécutés et insultés et notre récompense sera grande. Voyez ce chemin de vie qui nous ouvre à toutes les bontés de Dieu pour nous. Les béatitudes sont tournées vers nous, vers notre propre rétribution devant nos actions. Ces nouvelles paroles de Jésus dénotent des béatitudes car elles sont tournées vers les autres. Nous ne sommes pas appelés à briller pour une quelconque rétribution, mais pour ouvrir les autres à Dieu, à sa glorification.

 

C’est donc pour les autres que nous sommes appelés à être sel et lumière. Avez-vous remarqué comme le passage sur le sel est court? Un quart seulement de la péricope: « C’est vous qui êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens. ». Le fait est établi: vous êtes le sel de la terre. Si le sel ne sale plus, il ne sert plus à rien. Mais en vue de quoi être le sel de la terre?

Jésus nous donne des indications sur les conséquences de la lumière que nous sommes: que les hommes et les femmes « voient vos belles œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Mais pour le sel? Est-ce pour donner un autre gout à la vie, au monde, leur donner une autre saveur? Est-ce pour rendre « meilleur » le monde?

 

Le sel dans le judaïsme a un effet protecteur, c’est un moyen d’avoir la bénédiction. Il protège de tous les malheurs. Un midrash dit qu’à table il est important d’avoir du sel car il éloigne les esprits mauvais, le satan accusateur.

Mais de façon plus terre à terre, au temps de Jésus, on trempait le pain insipide dans le sel pour lui donner un minimum de gout.

 

Dans son aspect positif, le sel relève le gout, mais dans ce sens figuré il peut également relever la présence de Dieu. Jésus nous dit: vous êtes le sel, vous êtes ceux qui devez révéler Dieu dans le quotidien pour ceux qui ne voient dans certains événements que du hasard et non un signe de Dieu. Vous êtes le doigt qui pointe vers l’origine.

 

La lumière aussi met en avant l’origine de tout: Dieu, notre Père qui est dans les cieux. Mais cette fois-ci, le doigt qui montre l’origine, ce sont nos belles oeuvres. Et là, je suis gênée: nos belles oeuvres… quelles sont mes belles oeuvres? quelles sont vos belles oeuvres? celles qui vont pousser des hommes et des femmes à glorifier Dieu?

 

C’est souvent qu’on me dit : je n’ai pas besoin de dire que je suis chrétien/protestant, les gens le devinent. Mais comment interpréter tout cela? N’est-ce pas une manière de dire: mes belles oeuvres et mes bons comportements sont tels qu’on pourrait voir Christ agir en moi… Le risque pointé régulièrement par Jésus dans les Evangiles n’est pas loin: s’enorgueillir de ses actions et en oublier de remercier, glorifier Dieu pour ce qu’il nous permet d’être.

Alors, petite clarification avec l’ami Martin… Année 2017/Luther oblige. Voila ce qu’il dit à ce sujet:

« Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils soient vos bonnes oeuvres, et qu’ils rendent gloire à votre Père qui est dans le cieux…. Il ne dit pas : « afin qu’ils vous rendent gloire », mais afin que « vos oeuvres servent uniquement à leur amendement, pour qu’ainsi ils glorifient Dieu en vous et en eux-mêmes ». C’est là le bon usage du nom et de l’honneur de Dieu, quand Dieu est ainsi glorifié par l’amendement d’autrui. Et si les hommes entendent nous louer et non louer Dieu en nous, nous ne devons pas le tolérer, mais l’empêcher de toutes nos forces et fuir, comme devant le péché le plus grave entre tous et le rapt de l’honneur divin ». (Oeuvres, Tome 1)

 

Et oui, la lumière ne brille pas pour nous, mais pour les autres, pour tous ceux qui sont dans la maison comme le dit l’Evangile. Et nous ne maitrisons pas cette lumière car elle irradie sur tous indifféremment, tous reçoivent la lumière, mais tous ont-ils le coeurs disponible pour la recevoir?

 

Que retenir: nous sommes lumière, nous sommes sel. Nous annonçons les grandeurs de Dieu, nous donnons une saveur particulière à ce monde…. encore faut-il sortir de nos cachettes; encore faut-il sortir de sous le boisseau; encore faut-il ne pas nous affadir.

 

Cette semaine, une paroissienne m’a donné un petit texte sans avoir pris connaissance du texte de l’Evangile du jour… en lisant la 1ère phrase, je lui ai dit: ce sera la conclusion de la prédication… il ne s’agit pas de sel, mais de sucre… Et cette fois, nous ne sommes pas le sucre!

 

Il arrive qu’on ne trouve pas son thé ou son café très bon. La cause, on la découvre en arrivant au fond de la tasse : le sucre !
Il y était, mais justement il était au fond. Il aurait fallu remuer.
Peut-être que ce qui manque à nos vies est aussi resté au fond.
Notre vie n’a pas la saveur qu’elle pourrait avoir parce que nous n’avons pas l’idée d’aller au fond des choses, ou parce que nous ne le voulons pas.
Le progrès nous comble de ses biens et nous fait vivre dans un confort incroyable. Pourtant notre civilisation a un drôle de goût … Nous faisons la grimace comme pour le thé ou le café sans sucre.
Si on essayait de remuer la vie, doucement, jusqu’à ce que les secrets de Dieu montent un peu dans nos journées …..

 

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