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Ouvrage du Seigneur – Prédication Du 9 décembre 2018 – Aix-les-Bains 11 janvier 2019

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 11 h 16 min

Esaie 60, 1-11Lc 3, 1-6

 

Petit à petit, nous avançons sur ce chemin de l’Avent, nous nous rappelons ces textes qui invitent à la conversion des coeurs et des pensées, nous nous souvenons de ces personnages importants qui ont eu des paroles fortes il y a quelques millénaires. Aujourd’hui, comme à chaque 2ème dimanche de l’Avent, c’est Jean, le baptiste, qui est mis à l’honneur.

Alors, nous nous souvenons de ce cousin de Jésus, presque le même âge puisque leurs mères étaient enceintes en même temps. Des cousins… mais nous ne savons rien des relations qu’ils ont pu entretenir avant de devenir trentenaires. Pourtant, la famille est importante dans cette région du monde, les liens sont forts entre cousins, ou famille plus éloignée. Tout comme nous ne savons pas grand chose de l’enfance de Jésus, nous ne savons rien de celle de Jean et donc, rien de leurs relations.

Et nous retrouvons Jean, adulte, dans le désert. Des paroles fortes ont été prononcées au moment de sa conception, au moment de sa naissance… Pourtant, dans ce chapitre 3 de l’Evangile de Luc, c’est comme si nous découvrions à nouveau ce personnage. Il nous faut toute une partie introductive pour comprendre de qui l’évangéliste peut bien parler. Comme si nous avions perdu la trace de Jean durant plus de 30 ans et qu’il fallait se rafraichir la mémoire. Et Luc n’est pas avare en détails!

 

Alors, il nous rappelle la situation géopolitique du moment… et il s’étend sur le sujet, comme si toutes ces indications étaient une preuve de ce qui va advenir : « La quinzième année du gouvernement de Tibère César — alors que Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, Philippe, son frère, tétrarque de l’Iturée et du territoire de la Trachonitide, Lysanias tétrarque de l’Abilène, 2et du temps des grands prêtres Anne et Caïphe »… Que du beau monde : le gratin du gratin, la jet set de Judée et des environs ! Les plus influents, les plus puissants, les plus riches de l’époque sont réunis dans ces quelques versets.

Et qui voit-on apparaitre après ? Jean, fils de Zacharie. Fils de Zacharie et c’est tout! Pourtant, on aurait pu lui donner plus de titre à ce fils de Zacharie : grand devant le Seigneur, rempli d’Esprit Saint, prophète du Très Haut, préparateur des chemins du Seigneur… !

 

Mais rien de plus ne sera dit au sujet de Jean. Jean est seul au désert. Luc ne nous raconte même pas sa tenue sobre, mais pour le moins extravagante : tunique en poil de chameau, ceinture de cuir, nourriture des plus frugales : criquets et miel sauvage.

Depuis quand Jean est au désert : nous ne le savons pas non plus. Si pour Jésus, nous connaissons de son enfance le seul passage du Temple, à 12 ans, alors qu’il est en train d’enseigner aux maitres de la loi… Pour Jean, rien : nous le quittons à sa naissance et le retrouvons a priori une trentaine d’années après dans le désert et recevant une parole de Dieu.

Notez que ce n’est pas la parole qui le pousse au désert, mais c’est en étant au désert qu’il la reçoit… Pourquoi cet ascétisme radical avant même d’être officiellement prophète de Dieu… mystère des textes bibliques qui nous pousse très souvent à essayer de combler les trous… de combler notre curiosité! Je vous laisse donc, chacun, chacune, imaginer l’enfance, l’adolescence de Jean et les raisons de sa présence au désert… et n’hésitez pas à me faire part de vos idées… ce sera de la matière pour le culte du 2ème de l’Avent de l’année prochaine!

Alors, ne partez pas tout de suite dans les confins de votre imagination… J’ai encore quelques petites choses à vous dire sur ce texte biblique.

 

Comme par exemple cette dichotomie entre désert et eau.

Le désert, c’est la sécheresse, la stérilité : rien ne pousse, c’est la mort.

L’eau, c’est l’éclosion, c’est la fécondité : les plantes peuvent pousser, c’est la vie.

Pourtant, tout n’est pas aussi tranché!

 

Reprenons : le désert, c’est tout d’abord un lieu géographique important dans l’histoire d’Israel. Le désert c’est aussi un temps, un passage: on ne reste pas au désert. On y passe du temps comme dans l’exode, on est appelé à en sortir. Le désert c’est aussi une expérience personnelle ou collective: méditation individuelle, temps de silence, vécu collectif. C’est aussi le lieu de l’épreuve et effectivement de la mort. Moise terminera sa vie dans le désert. Elie également s’est rendu au désert pour demander la mort… qu’il n’obtiendra pas.

 

L’eau, oui, c’est le symbole de la vie, la source de toute vie: l’eau qui fait grandir, l’eau qui purifie – mais l’eau peut également être destructive comme avec le déluge de la genèse : la noyade promise à la quasi totalité de l’humanité.

 

L’eau, le désert : Jean fait le lien entre les deux, comme il fait le lien entre le temps d’avant et le temps d’après, il prépare les générations présentes à un passage, à une transition en annonçant un baptême de changement radical pour le pardon des péchés.

Est-ce que les personnes qui se rendaient auprès de Jean au Jourdain avaient la moindre conscience de ce qu’ils entendaient? Pensaient-ils qu’aller se tremper un peu dans l’eau était une façon de se mettre en règle avec Dieu… et qu’au final ça ne demandait pas plus d’effort que cela… : un petit plongeon et hop une purification instantanée!

 

C’était peut-être plus ou moins le cas puisque Jean, dans les versets suivants s’en prend virulemment à la foule qui se présente à lui, qui a répondu à son appel : « : Vipères, qui vous a montré comment fuir la colère à venir ? 8Produisez donc des fruits dignes du changement radical, et ne commencez pas à vous dire : « Nous avons Abraham pour père ! » Car je vous dis que de ces pierres Dieu peut susciter des enfants à Abraham. 9Maintenant déjà la hache est prête à attaquer les arbres à la racine : tout arbre donc qui ne produit pas de beau fruit est coupé et jeté au feu. »

 

Certainement cette foule, n’avait vraiment pas conscience de ce à quoi elle s’engageait en prenant la voie du changement radical! C’est à une véritable prise de conscience que Jean appelle, car on ne peut changer que si l’on a conscience de ce que l’on est, de ce que l’on fait réellement.

Jean dit donc à ses auditeurs : arrêtez-vous un peu et réfléchissez à vos actes, à vos rites : que veulent-ils dire pour vous? Sont-ils des automatismes sans aucune réflexion? Ou vous impliquent-ils réellement?

 

Aujourd’hui, Jean nous pose la même question : vous voulez changer?, ok, alors, faisons le point : vous en êtes où?

Aujourd’hui, peut-être nous inviterait-il à plus de cohérence entre nos pensées, nos paroles et nos actes… même si tout cela n’est pas facile! Car cela concerne tous les domaines de notre vie !

Notre foi, bien évidemment : on voudrait que nos enfants, nos petits-enfants suivent eux aussi les commandements donnés par Jésus… mais nous sommes dans l’incapacité de leur transmettre quoi que ce soit, par peur de gêner, par timidité, parce que la laïcité nous en empêche… enfin, les raisons sont nombreuses, même si elles ont parfois bon dos!

Nous voudrions que nos enfants, nos petits enfants vivent un Noël, comme on en vivait avant… Combien de fois entendons-nous des grands-parents dire que les enfants sont gâtés à Noël, que eux, ne recevaient qu’une orange comme cadeau… et pourtant sont les premiers à se précipiter dans les magasins pour acheter le plus gros, le cher cher des cadeaux à leurs petits enfants!

Hier avait lieu la marche pour le climat… des gens qui se lèvent pour que changent les mentalités à ce sujet… et qui pourtant prennent l’avion, possèdent des smartphones plus que polluants et éthiquement méprisable…

 

Oui, nous sommes perdus, nous cherchons à être cohérents, mais cultivons ces petits coins sombres car nous ne savons plus faire autrement. Mais ce n’est pas pour autant que Dieu se détourne de nous, qu’il ne nous aime pas… Il nous connait avec nos failles… et il connait également nos forces et nous fait confiance dans notre capacité de changement.

Je ne fais aucunement la morale à qui que ce soit, si vous saviez le nombre d’incohérences que je cultive, même si petit à petit, en en prenant conscience, j’essaie de les éliminer… mais elles nous collent à la peau.

 

Il est peut-être là aujourd’hui ce changement radical appelé par Jean : cette prise de conscience que l’on ne peut plus continuer ainsi, à courir après un toujours plus, un toujours mieux, un toujours plus rapide, un toujours plus efficace, un toujours plus nouveau…

Ce n’est pas facile, mais je me dis que lorsque Jean a crié dans le désert, dans la foule, il y avait ceux qui étaient là pour tester un nouveau truc, très certainement, mais il y avait également ceux qui étaient prêts à se mettre en route sur un nouveau chemin et que, malgré, leurs réticences, leurs habitudes, ils ont réussi à retourner quelque chose dans leur vie. De même avec Jésus, combien de coeurs a-t-il totalement bouleversé, retourné? Combien ont, en conscience, et dans la foi, vraiment fait cet acte de renoncement à une ancienne vie pour se lancer à corps perdu dans un inconnu qui pourtant ouvrait au meilleur?

 

Oui, on peut demander aux autres de changer, on peut manifester en disant qu’on n’est pas content de ce qui se passe dans notre pays, mais le premier changement, il vient de nous, car on peut imposer à l’autre de changer, de toute façon, nous ne serons jamais satisfaits! On peut pointer du doigt les incohérences des autres, mais occupons-nous déjà des nôtres… c’est l’histoire de la poutre et de la paille… Donc, le changement commence par chacun d’entre nous… oui, mais alors, changer pour quoi?

Peut-être en ce temps de l’avent, changer pour voir en chacun des visages rencontrés des frères et des soeurs dignes d’être aimés… ce n’est pas des plus faciles comme changement…

Peut-être en se disant qu’il est grand temps que chacun prenne ses responsabilités dans ce monde à tous les niveaux : social, politique, écologique… mais aussi familial… Car si il y a un sujet qui peut faire mal au moment de Noël, c’est bien celui-là : les relations familiales, quand l’orgueil est tellement puissant que l’on refuse de faire un geste, un pas vers un frère, une soeur, un enfant que les conflits ont éloigné.

 

Oui, si ce changement radical, commençait par ouvrir le coeur à un membre de la famille mis de côté… ce serait certainement un pas de plus dans l’eau du Jourdain! Amen

 

 

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