Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 
  • Accueil
  • > Prédications
  • > Du temps pour être et pour vivre – Prédication Du 13 janvier 2019 – Aix-Les-Bains

Du temps pour être et pour vivre – Prédication Du 13 janvier 2019 – Aix-Les-Bains 14 janvier 2019

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 8 h 51 min

Esaie 40, 1-11; Tite 2, 11 – 3, 7; Luc 3, 15-22 

 

A peine Jésus est-il né qu’on le retrouve dans le Jourdain à recevoir le baptême! Quelle compression du temps! Aujourd’hui le baptême survenant quelques temps après la naissance est assez commun… mais là, Jésus a 30 ans! Nous avons sauté 30 ans de sa vie, laissé derrière nous l’étable, l’étoile, les bergers, les mages, pour nous retrouver dans l’eau du Jourdain avec un Jésus devenu adulte en face d’un Jean lui-aussi devenu adulte alors que nous l’avions quitté bébé…

Nous aimerions tant savoir ce qu’il s’est passé durant ces années d’enfance, d’adolescence, comment Jésus était en entrant dans l’âge adulte. 

En tout cas, moi, j’aimerai savoir! Il y a des textes qui nous racontent un peu ce que Jésus a pu être enfant, ce sont les Evangiles apocryphes, des textes qui n’ont pas été retenus dans le corpus officiel du Nouveau Testament. Comme l’Evangile de l’enfance de Thomas qui nous fait découvrir un enfant qui utilise ses « pouvoirs » pour ses petits désirs d’enfants : fabriquer des animaux en terre et leur donner le souffle de vie. L’auteur de cet Evangile nous présente franchement un petit chenapan… un enfant de son âge en somme!

 

Ce qui est étonnant c’est que même à l’époque de Jésus, tout le monde semble avoir oublié son passé : son adolescence, son enfance et même sa naissance!

Jean est dans le désert, il crie dans le désert… puis il baptise au Jourdain et surtout il annonce la venue de celui qui est plus grand que lui, auquel il ne pourra pas même délier les sandales. Il annonce la venue du Messie. Mais ne sait-il pas qui est le Messie? Ne se doute-t-il pas que ce dernier est tout simplement son cousin, le fils de Marie : Jésus?

 

Nous sortons du temps de l’Avent, du temps de noël et nous avons entendu toutes les annonces angéliques, nous savons que les protagonistes ont été informés de la grande nouvelle. Il suffit de reprendre les annonces faites à Zacharie, à Joseph, à Marie.

Concernant la naissance de Jean : « 15Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni boisson fermentée et il sera rempli de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère. 16Il ramènera beaucoup de fils d’Israël au Seigneur leur Dieu ; 17et il marchera par devant sous le regard de Dieu, avec l’esprit et la puissance d’Elie, pour ramener le cœur des pères vers leurs enfants et conduire les rebelles à penser comme les justes, afin de former pour le Seigneur un peuple préparé. » …

Concernant la naissance de Jésus : « Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; 33il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin… c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu.  » Et encore lorsque l’ange s’adresse aux bergers : « : « Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : 11Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur »

 

Et il suffit d’entendre les uns et les autres prendre la parole : ils savent ce qui se trame, même s’ils ne savent pas vraiment comment tout cela va se passer…

Elisabeth s’adressant à Maire : « Tu es bénie plus que toutes les femmes, béni aussi est le fruit de ton sein ! 43Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? »

 

C’est à croire que tout a été perdu, enfoui durant les 30 années qui viennent de passer. Plus aucun témoin des annonces, aucune transmission n’a eu lieu. A-t-on pensé que tout cela n’était que sornettes?

Toujours est-il que Jésus se présente au milieu de la foule, comme un homme normal qui vient demander le baptême, incognito… mais incognito, il ne le demeurera pas longtemps! Alors qu’il est baptisé, qu’il est en prière, un phénomène extraordinaire a lieu : le ciel s’ouvre, une forme descend sur lui, ressemblant à une colombe et enfin, une voix parle venant du ciel : « : Tu es mon Fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir. »

Ce n’est pas rien!! A priori tous les autres baptêmes ont eu lieu dans le calme, dans l’ordre… d’ailleurs avec Jean à la manoeuvre, il valait mieux être dans les clous! Et là, d’un seul coup, le surnaturel intervient, visant un homme. Mais qui est témoin de tout cela? Le texte nous dit que tout le peuple se rassemble et reçoit le baptême… on peut bien évidemment imaginer que tout le peuple n’est pas venu en même temps… mais qu’était tout de même présent un certain nombre de personnes… Et pourtant, qui se souviendra de cet événement?… A priori personne! Il ne nous est relaté nulle part dans les Evangiles une rencontre entre Jésus et un témoin de la scène qui aurait pu lui dire : « je sais qui tu es, tu es celui qui a été baptisé par Jean, sur qui une colombe est descendu alors que le ciel s’ouvrait et une voix t’a désigné comme étant le fils bien aimé! ». Non, encore une fois personne n’a ce souvenir.

 

Bien évidemment vous allez me dire, mais cela est raconté par l’évangéliste qui a brodé un peu, qui a rajouté quelques effets spéciaux pour que ça en jette! Certes, mais l’évangéliste aurait pu être cohérent et faire intervenir des témoins de tous ces événements particuliers, extraordinaires afin qu’ils confirment l’identité de Jésus.

 

A moins que le message ait été le suivant : le ministère de Jésus commence toujours à nouveau. Jésus entre dans la vie des gens toujours de manière nouvelle, éclairante. Chacun a besoin d’une relation personnelle à Jésus et les histoires passées ne sont pas intéressantes pour la vie de chacun. Ces histoires ne servent qu’à raconter l’histoire, mais en rien à vivre la vie!

 

Jean prêche un baptême de conversion radicale, Jésus permet de vivre cette conversion. Paul dans son Epitre à Tite nous donne quelques indications sur les conséquences du baptême d’eau et d’Esprit et de l’appartenance au peuple de Dieu.

Et je voudrais revenir avec vous sur cette phrase de Paul : « Vivre dans le temps présent d’une manière pondérée, juste et pieuse… » ou encore : d’une manière raisonnable, juste et fidèle ; pondéré, raisonnable ou encore dans la réserve, selon la sagesse, selon les traductions. En reprenant les textes grecs, cela donne : avec modération, avec justice et avec piété.

 

Alors, être juste (dikaios) : dans ce cas-là, il s’agit d’être en règle avec la loi… C’est pourquoi on retrouve d’anciens textes qui nous disent que les premiers chrétiens étaient de très bons citoyens, s’acquittant de leurs impôts et ne se mettant jamais hors la loi.. Etre juste, c’est également respecter une autre loi, d’autres commandements, ceux que l’on trouve dans le Nouveau Testament, avec en première place, le grand commandement d’amour, et qui nous permettent normalement d’être de meilleurs citoyens, même si, dans les faits, nous pouvons mieux faire.

 

Etre pieux (eusebos) : c’est à la fois être attaché aux croyances, aux devoirs et aux pratiques de la religion, et également laisser son esprit être touché, inspiré par l’Esprit, vivre par lui.

 

Etre pieux, être juste, c’est a priori assez objectif : on peut dire que pour cela, il suffit de suivre la loi, de mettre en pratique les commandements… Dans l’absolu, c’est relativement simple à réaliser. En théorie, cela doit pouvoir être réalisé… en théorie… Et comme on dit : « un jour j’irai vivre en Théorie, car en Théorie tout se passe bien! »

 

Mais être pondéré, raisonnable, dans la réserve, vivre avec sagesse, pour ma part, je trouve cela nettement plus subjectif. D’ailleurs, le concept biblique de la sagesse de nous aide pas plus : rappelez-vous que la sagesse de Dieu est considérée comme folie par les hommes. Mais la folie de Dieu est plus sage que les humains… pas facile de s’y retrouver.

 

Alors, être sage, qu’est-ce que cela peut signifier ?

Lorsqu’on demande à un enfant d’être sage, il s’agit de notre conception de la sagesse. Lui sera sage à sa façon : c’est-à-dire en faisant ce que nous, nous allons considérer comme bêtise ! Je crois que notre relation à Dieu est parfois ainsi : nous pensons agir sagement et pourtant, nous devons certainement, aux yeux de Dieu, être à côté de la plaque. Sinon, tous les chrétiens seraient du même avis tout le temps, nous n’aurions plus qu’une théologie chrétienne. Et surtout, il n’y aurait plus de division au sein du christianisme : exit les protestants, les catholiques, les orthodoxes : tous unis dans et par la sagesse de Dieu, qui serait devenue la nôtre et qui nous unirait tous d’une même voix pour proclamer une seule et même théologie… ce serait certainement très ennuyeux et nous n’en sommes pas encore là.

 

Nous sommes donc invités à vivre dans le temps présent d’une manière raisonnable, sage… Certes, mais lorsque, par l’entremise du prophète, Dieu nous invite à élever des vallées, abaisser des collines, des montagnes : n’est-ce pas pure folie ? Déjà, ce n’est pas vraiment écologique et pour l’instant, lorsque nous abaissons des collines ou que l’on trace des chemins dans les montagnes, ce n’est pas pour le Seigneur, c’est pour construire des autoroutes… car pas sûr que Dieu ait besoin d’une autoroute !

Ce n’est pas écologique et surtout ça prend du temps et nous, nous avons besoin de temps pour faire les choses et c’est d’ailleurs cela que nous considérons comme raisonnable : prendre le temps de la réflexion, prendre le temps de peser le pour et le contre, prendre le temps d’étudier toutes les possibilités.

 

Mais prendre le temps, c’est parfois un luxe et l’urgence prend le pas sur la réflexion.

D’ailleurs, c’est notre réalité quotidienne : nous sommes toujours pressés dans tous les sens pour agir, réagir, donner notre avis, rédiger un article pour hier, répondre à un mail pour avant hier… Et parfois le temps de la réflexion nécessaire nous manque et nous sommes dans la réaction, l’instinctif.

Est-ce vraiment ce que nous voulons? Pour ma part non. En septembre dernier j’avais écrit un article pour Réveil sur le fait de ralentir un peu en Eglise et j’avais parlé des  slow church : ces Eglises qui misent sur le relationnel, le recueillement à l’opposé des Megachurch qui multiplient les activités, le spectaculaire et le grandiloquent.

 

Des Eglises qui prennent le temps, qui agissent mais pas dans le seul but de faire des choses, mais avec comme objectif le lien, le relationnel entre les membres de l’Eglise dans un premier temps et par la suite l’ouverture aux autres. Prendre le temps, ce n’est pas perdre son temps. Voyez comme Jésus est venu pour être baptisé au Jourdain : il n’en avait strictement aucun besoin. On pourrait dire qu’il a perdu son temps en faisant cette démarche, mais non, il a fait gagner du temps à l’humanité qui avait besoin d’un signe pour se mettre en route comme ce passage de relai entre Jean et Jésus, entre celui qui annonce et celui qui incarne, qui est tout simplement.

Jésus a pris le temps de s’arrêter au Jourdain pour nous, prenons-nous le temps de nous arrêter dans notre vie pour lui? Lui n’a pas besoin que l’on s’arrête pour lui, mais nous, nous en avons besoin!

En ce début d’année, au temps des bonnes résolutions, je vous propose un essentiel, un nécessaire : la pause dans la présence de Dieu pour que nous vivions pleinement le temps qui nous est offert. Amen.

 

 

Commenter

 
 

Youssef ALLOUCHA |
Hassan al Banna |
école islamique |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Procuresdbate
| Greencoffee
| sac lancel