Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Accueil liturgique – Prédication Du 27 Janvier 2019 – Chambéry 28 janvier 2019

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 12 h 29 min

Luc 3, 21-22 ; Luc 4, 14-21

Comme vous le savez au sein de l’Eglise Protestante Unie de France, on ne rebaptise pas… car pour nous, le baptême reçu dans une autre confession du Christianisme est comme on pourrait dire valable, valide… enfin, baptême à part entière, complet. Mais effectivement, parfois, il manque des gestes, des signes pour marquer les étapes d’un chemin de vie. C’est pourquoi notre Eglise a mis en place ces accueils liturgiques pour d’une certaine manière marquer le coup et accueillir autrement que juste inscrire un nom dans un registre.

 Il est vrai que certains se sentent emprisonnés par un baptême célébré alors qu’ils étaient enfants, trop petits pour prendre part à quoi que ce soit. Pourtant, il me semble que le baptême n’emprisonne pas…

Mais revenons à ces 2 passages de l’Evangile de Luc.

Ce 1er texte, nous l’avons entendu il y a quelques temps… le baptême de Jésus. Voici un homme qui est au milieu de la foule et qui fait la démarche d’aller voir un autre homme, pas n’importe quel homme : Jean, connu dans toute la région à cause de sa prédication radicale, une prédication qui dérange et pourtant, selon le texte de l’Evangile, tous les habitants de la région sont venus le voir au désert, sont venus recevoir le baptême de ses mains, un baptême qui les engage tout entier, qui les invite à changer de vie.

 

Jésus vient donc lui aussi recevoir ce baptême, même si, dans l’absolu, il n’en a pas besoin… c’est nous qui avons besoin du baptême de Jésus! Oui, l’humanité a besoin que Jésus s’approche de Jean pour être baptisé d’eau. L’humanité a besoin d’assister au passage de relais entre Jean qui annonce et Jésus qui est, entre l’homme au désert et l’homme au coeur de la vie des hommes et des femmes. L’humanité a besoin de voir se matérialiser l’esprit de Dieu, d’entendre cette voix venant du ciel et qui annonce : « Tu es mon Fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir ».

L’humanité a besoin de preuves, de faits, elle a besoin de comprendre…!

 

Donc, Jésus reçoit le baptême… puis, il est poussé au désert. Ce désert qu’Antoine Nouis aborde dans ce passage du catéchisme protestant que Dominique a choisi de nous partager tout à l’heure.

Jésus a cette expérience personnelle, spirituelle, cette lutte avec Satan, qui ne ressemble pas tant à une lutte lorsqu’il s’agit de Jésus puisqu’il a toujours les bonnes réponses, les bonnes réparties face à ce tentateur…

Mais franchement, on peut le trouver courageux ce tentateur, il s’attaque au fils de Dieu… Certes, il n’était peut-être pas présente au moment du baptême, au moment où cette forme de colombe descend sur Jésus et où la voix qui vient du ciel prend la parole… Mais il doit être au courant!

Il essaie de l’attirer du côté obscur, mais Jésus est ancré dans la lumière, il ne peut basculer. D’ailleurs, le diable rend les armes, il se retire… mais le texte nous indique : pour un temps!

Durant ces 40 jours au désert, Jésus s’est affermi… peut-on dire que Jésus a affermi sa foi? D’ailleurs peut-on dire que Jésus avait la foi? Il était, il incarnait… Mais je laisse cette interrogation faire son chemin en vous…

 

Oui, durant ces 40 jours, Jésus n’a pas flanché, et il en ressort fortifié, il était rempli d’esprit à son entrée dans le désert, il se retrouve poussé par la puissance de l’Esprit à sa sortie du désert. Et il prend l’habitude de se rendre dans les synagogues pour enseigner… Et a priori, son enseignement est apprécié, il rempli les coeurs, il rempli les esprits car il est glorifié par tous!

 

Et le voila qui revient au pays, à Nazareth. On peut imaginer qu’il a quitté il y a peu son village… juste le temps de rejoindre Jean au bord du Jourdain, de faire un tour au désert, passer par quelques villages au retour pour enseigner dans les synagogues… et le voila de retour… Les habitants doivent tout de même s’interroger sur ce voyage de l’enfant du pays, sur son absence car ils ont des échos, le bouche à oreille a fonctionné… ils savent que Jésus, a été apprécié dans ces synagogues, que tout le monde le glorifie!!

Alors, ils attendent… ils sont réunis dans la synagogue et attendent l’enseignement! Ils ne sont pas nombreux, a priori, à l’époque de Jésus, Nazareth ne compte que quelques familles… autant dire que tout le monde se connait, c’est un petit village… et on connait bien Jésus!

 

Alors, forcement, quand il est de retour, au sein de la synagogue, on lui tend le rouleau du prophète Esaie. Il le déroule et prend ce passage pour la lecture. Rien de particulier pour l’instant… on attend la prédication… Il roule le rouleau, le rend au servant et s’assoit… Il ne va donc rien dire? Pourquoi les nazaréens ne seraient pas au bénéfice de l’enseignement de Jésus?? Peut-être s’était-il dit qu’il allait laisser les anciens apporter une parole, un commentaire, un enseignement…

J’avoue que quand je suis de retour dans mon ancienne paroisse, je veux bien lire un texte biblique, une prière, mais il est hors de question que j’assure la prédication… surtout si on me demande ça au dernier moment… Non, je ne suis pas pasteur de cette Eglise, il y a un pasteur en poste, c’est à lui d’apporter l’enseignement!

Mais Jésus se rend compte qu’on attend quelque chose de sa part… tous les regards sont fixés sur lui : « et alors cet enseignement qui fait mouche dans toutes les synagogues, il est où?? ».

 

Alors, il prend la parole… et dans ce passage, cet enseignement se résume à une phrase : « Aujourd’hui cette Ecriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. »… Ça va, la préparation de la prédication n’a pas du être très longue!!

« Aujourd’hui cette Ecriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. »… Ont-ils compris tout de suite ce qu’il était en train de dire? Ont-ils compris qu’il était en train de parler de lui-même?

 

Le reste du texte nous laisse penser que oui… ils étaient en train de s’interroger sur les paroles prononcées et étaient en train de comprendre ce que cette simple phrase voulait dire!… D’où cette interrogation qui sort du coeur : « N’est-ce pas le fils de Joseph?? »… En d’autres termes : « mais que nous raconte-t-il? Comment peut-il dire qu’il est celui dont Esaie parle…??? On le connait, on l’a vu grandir! Il jouait avec nos enfants! On l’a vu faire des bêtises avec nos garçons! On connait Marie, on connait Joseph… On se rappelle de l’annonce de la grossesse quelque peu génée… Il ne faut pas nous la faire à nous : Jésus, c’est Jésus… et ce n’est certainement pas celui qui est envoyé par Dieu!

 

On peut comprendre leur réaction!… Enfin, pas toute leur réaction car ils souhaitent tout de même le tuer à la fin de ce passage! Et on peut comprendre la réaction de Jésus qui préfère s’éloigner et laisser les nazaréens enfermés dans leur petitesse, leur étroitesse…

 

N’avons-nous pas été surpris par des personnes de notre entourage qui ont pu changer du tout au tout : nous les connaissions franchement peu recommandables et nous les retrouvons rangés, bons pères de famille… pour nous c’est trop beau pour être vrai!

D’ailleurs, nous pouvons constater cette méfiance lorsqu’un ancien délinquant devient un homme honnête… comment peut-on le croire? Nous avons du mal à donner une deuxième chance… Non, pour nous, les autres ne peuvent pas changer, nous les avons ranger dans une case et ils ne peuvent en sortir : le crétin de la classe ne peut pas devenir un brillant ingénieur ; la petite lolita restera dans nos esprits toujours cette petite dragueuse et son mariage et ses 3 enfants seront suspects à nos yeux! le cousin fils unique, fils à papa, égoiste ne peut pas devenir un acteur de la vie sociale de sa ville…, la petite fille boutonneuse, à lunette et timide ne peut pas devenir une brillante médecin! Je suis sûre que vous avez tous des exemples comme celui-ci…

 

Les personnes doivent rester celles qu’elles étaient, comme si c’était trop compliqué pour nous de faire un effort d’adaptation à l’évolution des autres.

 

Et d’un autre côté, nous comprenons Jésus qui a vécu une expérience spirituelle, qui s’est découvert celui qu’il devait être, et qui revient au pays investi d’une mission : on pourrait presque dire : il a quitté Nazareth en tant que charpentier, il revient en tant que fils de Dieu, le Messie…

Et cela a déjà du vous arriver également : vous vivez une expérience particulière, oh, pas forcement quelque chose qui va révolutionner votre vie, mais qui va vous marquer… mais cette expérience vous l’avez vécue en dehors de votre famille… Et bien qu’il est difficile de leur faire comprendre que vous n’êtes plus tout à fait le même après!

 

Je me souviens lorsque j’étais pasteur dans la Drôme avoir participé au 1er grand Kiff de notre Eglise qui avait lieu à Grenoble : 3-4 jours intenses avec des jeunes plein de ferveur, des chants dynamiques chantés à plusieurs centaines… et me voici de retour dans le temple de Nyons pour le culte. Nyons est une ville de retraités, et la paroisse était aussi composée de retraités, en rigolant on disait des très retraités puisque la moyenne d’âge des paroissiens le dimanche matin devait avoisinée les 85 ans!

Et bien j’étais en complet décalage entre ce que j’avais vécu et que j’essayais de leur raconter et ce que nous vivions en ce moment même de culte…

 

C’est la même chose lorsque certains vivent des temps de retraite profonde, parfois dans le silence et qu’au bout d’une semaine, on réintègre la famille… Durant cette semaine, on a vécu des choses particulières, on s’est laissé transformé, on a un peu changé… Et ce n’est pas toujours facile pour les autres membres de la famille d’accepter que l’autre que l’on connait tellement réagisse différemment, souvent de manière positive, mais comme s’il fallait à nouveau s’adapter!

 

C’est tout de même bien complexe la pensée humaine : on a du mal à accepter le changement chez l’autre et on ne comprend pas que les autres ne s’adaptent pas à nos évolutions…

Et j’en reviens au baptême… à ce baptême que certains ont reçu enfant et qui se sentent prisonniers car on ne leur a pas demandé leur avis et leur évolution a fait qu’ils se sont écartés de l’Eglise, peut-être même de la foi et ce baptême est pour eux comme un boulet : cette semaine j’ai rencontré un monsieur qui a demandé à son évêque d’être débaptisé pour être en cohérence avec ses convictions… Bon, c’était son chemin de vie, j’avoue que dans ma conception du baptême, ce débaptême n’aurait aucun intérêt puisque lorsqu’on baptise un enfant ou même un adulte on dit que la personne sera peut-être amenée à s’éloigner de l’Eglise, à la renier, mais que ce sera son chemin personnel que nous n’avons pas à juger. Et si un jour, elle décide de revenir au sein de la communauté chrétienne, elle aura toujours sa place.

 

Aujourd’hui, nous avons donc accueilli liturgiquement Dominique, même si elle fréquente notre Eglise depuis longtemps, il était nécessaire que cette étape marquante sur son chemin de vie soit signifiée.

Et je vous invite à vous réjouir avec elle… Et quand j’y pense, les nazaréens ont vraiment raté une occasion de se réjouir et de faire la fête avec Jésus! Si ils avaient compris et accepté la réalité de l’identité de Jésus, sa mission, mais c’est un bonheur incommensurable qui les aurait rempli! Au lieu de ça, ils ont failli tuer un membre de leur village, un cousin, un ami… C’est tant pis pour eux… mais tellement d’autres auront le coeur et le corps guéri par cet homme, tellement d’autres, parfois étrangers, parfois pécheurs, seront remis debout dans leur dignité… et seront remplis de joie !

Je nous souhaite de ne pas rater d’occasion de nous réjouir avec nos frères, avec nos soeurs, pour nos frères ou pour nos soeurs ! Oui, que le Seigneur nous remplisse de joie et d’amour. Amen

 

 

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