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Jérémie / Jésus, si lointains et si proches ! – Prédication du 3 février 2019 – Aix-les-Bains 12 février 2019

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 15 h 07 min

Jérémie 4, 1-19 ; 1 Corinthiens 12, 31 – 13, 13 ; Luc 4, 21-30

Jérémie nous fait le coup du prophète qui cherche des excuses pour ne pas se mettre en route… Le plus connu, c’est Jonas qui lui ne cherche même pas d’excuse, mais part en courant à l’opposé de sa mission.

Dans ce passage de Jérémie, nous ne voyons pas le prophète négocier, mais nous comprenons bien qu’il s’est fortement interrogé sur sa légitimité. Et nous pouvons bien imaginer la scène : « mais enfin, Seigneur, tu te rends compte, je suis bien trop jeune pour porter ta parole! Les anciens vont se moquer de moi, ils vont me mépriser… Franchement, tu ne veux pas essayer de trouver quelqu’un d’autre, un ancien, quelqu’un qui est connu et qui a déjà un peu d’autorité dans le peuple… parce que moi, ce n’est vraiment pas une bonne idée! »

Et il faut l’avouer : être prophète, ce n’est pas une activité de tout repos. C’est le meilleur moyen pour se faire des ennemis, pour être rejeté  aussi.

Mais le Seigneur valide son choix : c’est Jérémie qui parlera en son nom : « « Ainsi je mets mes paroles dans ta bouche. Sache que je te donne aujourd’hui autorité sur les nations et sur les royaumes, pour déraciner et renverser, pour ruiner et démolir, pour bâtir et planter. »

Le programme est clair pour Jérémie : il y aura plus d’anéantissement que d’élévation : déraciner, renverser, ruiner, démolir, pour 2 petits bâtir et planter… Mais ces 2 simples verbes disent à Jérémie qu’il y a de l’espoir… et même plus : une espérance à vivre!

 

Et Jérémie commence à avoir des visions et à prophétiser…

Ce sera un long ministère que celui de Jérémie : voyez déjà la longueur du livre éponyme : 52 chapitres!

On sait que Jérémie a prophétisé plus de 40 ans à Jérusalem et en Juda… puis il y a eu l’exil, la déportation jusqu’en Egypte et les choses s’obscurcissent, on ne sait pas vraiment combien de temps il continuera à prophétiser, mais l’histoire dit qu’il a été lapidé, loin de sa terre, par ses propres compatriotes qui trouvaient que ses prises de parole cachaient une collaboration avec l’ennemi!

 

Jérémie se trouve trop jeune, et pourtant, il est envoyé annoncé la colère de Dieu à ses coreligionnaires… sa vie sera une vie de solitude : mis à part dès le ventre de sa mère, il n’aura pas de famille et sera rejeté par les siens qui le trouvent trop virulent dans ses propos.

 

En reprenant quelques éléments de la vie de Jérémie, j’ai fait un petit tableau sur un coin de feuille pour constater à l’écrit les ressemblances entre Jérémie et Jésus…

 

  • Je vais tout d’abord revenir sur les débuts de ministère. Comme nous venons de le voir, Jérémie ne se sont pas apte, pas légitime, il est faible et trop jeune… enfin, on pourrait dire qu’il a toutes les tares (selon lui!) pour ne pas devenir prophète… mais pour Dieu, c’est justement tout cela qui va faire de lui le prophète « idéal ».

Jésus… vous allez me dire : Fils de Dieu, il n’a pas à dire oui ou non puisqu’il incarne son ministère, il est! Pourtant, il n’était pas pressé de commencer. Rappelez-vous le récit des noces de Cana… un texte lu il y a peu de temps, le 1er miracle de Jésus, qui n’a failli pas avoir lieu si Marie ne s’en était pas mélée un peu! Vous vous souvenez de la catastrophe lors de ces noces : le vin vient à manquer!! Marie s’en rend compte, demande à Jésus d’intervenir, mais il lui répond cette phrase qui a fait coulé beaucoup d’encre : «  : Femme, qu’avons-nous de commun en cette affaire ? »… Beaucoup prennent cela comme une marque d’irrespect de Jésus envers sa mère… mais il ne s’arrête pas là : «  Mon heure n’est pas encore venue. » N’est-ce pas une tentative pour repousser son entrée dans le ministère ? Pourtant, il se laissera convaincre par sa mère. Mais ce premier signe sera caché, peu de personnes en seront témoins. Comme un essai avant de se lancer vraiment en public!

 

  • D’ailleurs dans l’Evangile de Jean qui relate ce miracle, ce passage est tout de suite suivi par celui où Jésus chasse les vendeurs du temple… et que dit-il qui les met en colère : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »… Bien evidemment dans l’Evangile de Jean, Jésus parle de son propre corps… Mais ses contemporains n’en savent rien, ils sont persuadés qu’il s’agit du Temple, alors ils lui répondent : « Il a fallu quarante-six ans pour construire ce sanctuaire, et toi, en trois jours, tu le relèveras ! »… Nous aurions été en capacité de répondre la même chose!

Pourtant dans l’Evangile de Luc, au chapitre 21, il nous parle bien du temple : « Comme quelques-uns parlaient du temple en évoquant les belles pierres et les offrandes dont il était orné, il dit : Les jours viendront où, de ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée. »

 

Mais lorsqu’on s’attaque au Temple, on court de grands risques… Jérémie aussi a annoncer la destruction du Temple « Ainsi parle le SEIGNEUR : Si vous ne m’écoutez pas pour suivre ma loi que j’ai mise devant vous, 5pour écouter les paroles de mes serviteurs, les prophètes, que je vous envoie, que je vous ai envoyés, inlassablement, et que vous n’avez pas écoutés, 6alors je traiterai cette maison comme Silo et je ferai de cette ville un objet de malédiction pour toutes les nations de la terre. » (Jérémie 26)… Autant dire que ça met en rogne les prêtres, le sprophètes et même tout le peuple : « Tu mourras ! 9Pourquoi parles-tu en prophète au nom du SEIGNEUR, en disant : « Cette maison sera comme Silo, cette ville sera réduite en ruines, elle n’aura plus d’habitants ! »

 

Alors, que s’est-il passé à Silo pour que cela effraie à ce point le peuple? Il faut remonter au 12ème siècle avant Jésus-Christ, à l’époque des Juges. A cette époque, Silo est un des lieux de culte les plus importants d’Israel. On y a même déposé l’Arche d’alliance durant plus de 300 ans. Et vers 1000 avant Jésus-Christ, les philistins s’emparent de Silo, délocalisent l’Arche et détruisent le sanctuaire et la ville.

Voila donc ce qui attend Jérusalem selon les paroles que le Seigneur a mises dans la bouche de Jérémie… pas très glorieux, même plutôt angoissant! Et on peut comprendre la colère les habitants de Jérusalem.

 

Pourtant, Jérémie comme Jésus ont eu des paroles annonciatrices de malheur, mais n’ont pas été entendus… et le malheur est arrivé :

En 587 avant JC, les babyloniens envahissent Jérusalem et détruisent la ville, réduisant le Temple en ruines! Et la population est alors déportée.

En 70 de notre ère, les romains mettent à sac la ville de Jérusalem et détruisent le Temple, le second Temple de Jérusalem.

 

  • Jérémie et Jésus annoncent donc la destruction du Temple à 600 ans d’écart et selon alors rejetés par les leurs compatriotes qui refusent que le lieu de la présence de Dieu puisse disparaitre.

Oui, Jérémie et Jésus sont rejetés. Comme je vous le disais, Jérémie a vécu dans une grande solitude… si tant est que l’on puisse parler de solitude lorsque Dieu est présent à ses côtés perpétuellement. Mais d’un point de vue purement humain, oui, il était très seul, isolé.

Et Jésus avait beau avoir 12 disciples à ses côtés, des foules qui le suivaient… On se rend compte que ces mêmes foules étaient très versatiles, comme le montre ce passage de l’Evangile de Luc. Jésus est dans la synagogue, tout le monde lui rend témoignage et il lui suffit de quelques paroles, certes quelque peu polémiques, pour que la situation dégénère et que ses amis, ses cousins… – rappelez-vous, nous sommes à Nazareth, un tout petit village où tout le monde se connait – donc pour que ses proches cherchent à le tuer!! 4ème chapitre de Luc et Jésus s’est déjà mis à dos ses plus proches!

 

  • Encore un point commun entre Jérémie et Jésus : ils ont été rejetés par leurs proches, par les gens de leur nation. Ce qui les poussera à s’ouvrir aux autres nations, aux autres peuples, ceux que l’on considère comme païens.

Cette mission de Jérémie est précisée dès le début de son ministère : « je te donne en ce jour autorité sur les nations et sur les royaumes pour déraciner, pour démolir, pour faire disparaître, pour raser, mais aussi pour bâtir et pour planter. ». Le ministère prophétique de Jérémie ne sera donc pas uniquement destiné aux enfants d’Israel. Le message s’ouvrira pour du bon ou du mauvais, mais il s’ouvrira. La fin du livre de Jérémie concerne toutes les terres avoisinantes.

Et vous connaissez les histoires de Jésus face à des étrangers. Il était réticent, pensant n’avoir un message à transmettre qu’à Israel, mais de fait, il s’ouvrira à cause de l’insistance de certains étrangers, à cause également de la surdité d’une partie des enfants d’Israel. Et la parole marquante de Jésus à la fin de l’Evangile de Matthieu destinée aux disciples : « Allez, faites des gens de toutes les nations des disciples, baptisez-les pour le nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint » : toutes les nations, l’ouverture est toute naturelle, il n’y a plus de distinctions entre les peuples… et heureusement, sinon, nous n’aurions pu être au bénéfice de cette belle et bonne nouvelle.

 

Enfin, dernier point de ressemblance entre Jérémie et Jésus : leur mise à mort… Oui, je ne termine pas sur un point très joyeux : Jérémie a été mis à mort, selon la tradition, par ses compatriotes, lapidé car ses paroles ne leur convenaient pas. Il faut les comprendre entendre parler tout le temps de destruction, de condamnation, ce n’est pas forcement des plus réjouissants et surtout, à un moment, il y a saturation… on ne veut plus entendre ces paroles négatives… Mais pour Jérémie aussi c’était difficile que de proclament ces paroles de jugement, car il l’aimait son peuple… mais il ne pouvait dire autre chose, il ne pouvait mentir! Et sa fidélité à Dieu lui a attiré la haine, la haine jusqu’à la mort.

 

Vous connaissez l’histoire de Jésus : les grands prêtres ne supportant plus ce personnage qui remet en cause leur rôle, leurs prérogatives, qui a des paroles de libération envers le peuple, de détachement par rapport au temple, qui annonce même la destruction du temple décident de tout mettre en oeuvre pour qu’il meure!

Ce qui est étonnant c’est que dans les 2 cas, les autorités « civiles » du moment essaient de protéger et de défendre les mis en cause. Pour Jérémie, ce sont les princes qui disent ne rien trouver contre lui; concernant Jésus, on se souvient des paroles de Pilate qui dit n’avoir rien à lui reprocher… Pourtant, les deux subiront tout de même la haine humaine jusqu’à l’extrême.

 

On pourrait dire qu’aujourd’hui, il n’y a plus de prophète, que la parole de Dieu ne nous est plus adressée par des intermédiaires humains désignés comme prophète… Mais comment réagirions-nous si un homme ou une femme se levait pour nous dire : « hier soir, alors que je regardais les infos, Dieu m’a parlé, il m’a dit : je t’envoie annoncer à des frères et à tes soeurs la condamnation imminente pour leurs actes, pour leurs mensonges, pour leur bêtise, pour le non respect de la création que je leur ai laissée… »… Vous réagiriez comment… honnêtement?? Comme moi, vous appelleriez les urgences psychiatriques!

Non, nous ne voulons pas que Dieu nous parle par l’intermédiaire d’autres… par contre, sommes-nous assez à l’écoute de Dieu qui nous parle directement? Mettons-nous vraiment à l’écoute de sa volonté? Ce n’est pas facile, n’est-ce pas? Comment savoir que c’est bien Dieu qui nous parle… Il n’y a pas de clochette céleste, d’anges claironnant à tue tête nous annonçant : « attention, attention, Dieu va prendre la parole, il faut maintenant faire silence… ». Non, ça ne fonctionne pas comme ça…

 

Dieu nous parle, dans le secret de nos coeurs, au coeur de nos vies. Dieu nous parle également encore aujourd’hui dans les mots de la Bible… encore faut-il se mettre à l’écoute et essayer de faire silence en nous pour tenter d’entendre sa parole… écouter sa réponse à nos prières, à nos questions.

Essayons d’être prophète pour nous-mêmes, en nous mettant à l’écoute. Laissons-nous inspirer par son Esprit qui nous guide dans nos vies. Parfois des évidences surgiront devant nous… elles ne seront pas toujours ce que nous aurions choisi ou préféré, mais elles seront là!

Sommes-nous prêts à être bousculés par Dieu?

Sommes-nous prêts à choisir la vie plutôt que la mort, la bénédiction plutôt que la malédiction…?

Le choix semble pourtant évident…

Ouvrons nos coeurs à Dieu, pour qu’ils s’ouvrent encore plus à nos frères et à nos soeurs. Amen.

 

 

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